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Chroniques

Le PTB va-t-il tuer le cordon sanitaire ?

Les coulisses du pouvoir de Bertrand Henne

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Une nouvelle charte de la démocratie va être signée dimanche par 5 partis francophones MR compris. Cette charte réaffirme le cordon sanitaire politique, pas d’alliance et pas de débat avec les partis d’extrême droite ou de même nature. Problème, le PTB ne l’a pas signé et cela risque d’affaiblir durablement le cordon.

Un cordon remis en cause

Pour ceux qui auraient loupé un épisode, rappelons que le retour en force de ce texte dans l’actualité est lié au débat que le président du MR a eu avec le président du Vlaams Belang en Flandre à la VRT il y a deux semaines. Un débat en violation de la charte pour la démocratie signée par le PS, Ecolo, le MR et le cdH en 1993 et renouvelée en 2002 qui prévoit non seulement de ne pas s’allier avec l’extrême droite mais également de ne pas débattre avec.

Une charte dont le président du MR ignorait visiblement l’existence, comme beaucoup de francophones d’ailleurs. Grâce à l’initiative de Georges Louis Bouchez on reparle de cette charte pour la démocratie dans l’actualité. Plus encore, la manœuvre du président libéral a comme conséquence un renforcement du texte à la demande du PS, d’ECOLO et des Engagés. Une demande très pressante, voire carrément menaçante envers les libéraux. Une menace d’exclusion des exécutifs en Wallonie et en fédération.

Un cordon renforcé

Le texte est une adaptation de la charte de 2002 au contexte médiatique nouveau, le numérique, les réseaux sociaux. Ce texte étend donc l’interdiction de débattre et de donner de la visibilité au parti d’extrême droite y compris sur les RS.

Il y a quelques changements au niveau des expressions utilisées. La ou le texte de 2002 parlait systématiquement "d’extrême droite", désormais on utilise l’expression "d’extrême droite ou de même nature". Dans le texte : Le danger que constituent l’extrême droite et ses idées pour notre système démocratique reste présent, de même qu’apparaît le danger potentiel d’autres mouvements ou partis de même nature qui défendent des positions qui violent les principes fondamentaux de la démocratie. Une expression qui couvrirait des partis théocratiques comme Islam par exemple.

Un MR qui n’a (presque) rien obtenu

La question d’intégrer le PTB au périmètre des partis visé par le texte fut l’objet d’un débat très tendu. J’ai obtenu la version proposée par le MR qui aurait souhaité utiliser “danger potentiel d’autre mouvement ou partis extrémistes et populistes.” Cela lui a été refusé par les autres.

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De même le MR avait-il proposé d’étendre le cordon sanitaire aux partis non-signataires de la charte. En l’occurrence suivez mon regard le PTB. Mais cela risquait d’interdire au parti de débattre avec des petits partis démocratiques non-signataires, en particulier dans le cadre d’élections locales, pour ne pas parler des partis flamands démocratiques. Cela lui a été refusé par les autres.

Enfin le MR voulait que le texte prévoie la possibilité d’un débat contradictoire : "si en dépit des efforts des formations visées acquière une position telle qu’elles peuvent propager leur idéologie”. Ceci aurait permis de débattre avec l’extrême droite en Flandre. Cela lui a été refusé par les autres.

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Un cordon déforcé

Le MR n’obtient donc pas l’inclusion du PTB dans le périmètre. Les communistes de leur côté ont refusé de signer la charte. Le PTB dit partager le combat. Mais en tant que parti national il explique qu’il ne peut se permettre de ne pas débattre avec l’extrême droite là où elle est implantée, en Flandre.

Sur ce point Raoul Hedebouw partage totalement la volonté exprimée par Georges Louis Bouchez. Notons que le PTB offre un argument fonctionnel, il n’est pas opposé sur le fond donc. Mais ça ne va pas de soi pour autant.

La question est : est-ce qu’à terme le PTB ne risque pas de tuer le cordon sanitaire ? Le risque n’est pas nul. Car Raoul Heddebouw devenu président, va débattre en Flandre durant la campagne avec le Vlaams Belang et s’asseoir sur le cordon. Cela risque de lui donner une chambre d’écho importante au nord. Chambre d’écho que les représentants francophones s’interdisent.

Cela risque aussi de lui donner une chambre d’écho importante au sud. Beaucoup plus que lorsque le président du PTB était issu du rôle linguistique flamand comme l’était Peter Mertens. Le débat de Georges Louis Bouchez contre Tom Van Grieken est là pour le prouver. Raoul Heddebouw pourrait se tailler un costume inédit de représentant des Belges francophones face au nord du pays et en profiter électoralement. Puisque le PTB est devenu un grand parti, cela risque de pousser les autres présidents francophones à adopter cette stratégie.

Au bout du compte il y a un risque que la stratégie nationale du PTB conduise à réduire le cordon sanitaire francophone politique et médiatique à son plus petit dénominateur commun : le cordon flamand, beaucoup moins strict. Pour les antifascistes, nombreux dans la base militante du PTB, la position communiste est donc loin d’aller de soi. On peut s’étonner d’ailleurs que les critiques ne soient pas plus vives dans le tissu associatif très puissant qui contribue (avec d’autres éléments) à maintenir l’extrême droite hors du champ politique dans le sud du pays.

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