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Allemagne: menacé de perdre son immunité, le président Wulff a démissionné

Allemagne: le président Christian Wulff a annoncé sa démission

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17 févr. 2012 à 10:05 - mise à jour 17 févr. 2012 à 10:06Temps de lecture4 min
Par Belga News
La "confiance" de mes citoyens est "affectée" a-t-il expliqué dans une allocution télévisée retransmise en direct depuis le Château Bellevue, le siège de la présidence à Berlin. Il a reconnu des erreurs mais n'a pas présenté d'excuses.

"Pour cette raison, il ne m'est plus possible d'exercer mes fonctions. C'est pour cela que je démissionne", a déclaré solennellement M. Wulff, un conservateur que la chancelière Angela Merkel avait difficilement fait élire à la présidence en juin 2010.

Le parquet de Hanovre (nord) avait réclamé jeudi soir la levée de son immunité après des soupçons de prévarications, et d'avoir obtenus différents avantages auprès d'ami entrepreneurs.

La chancelière Merkel a annulé au dernier moment sa visite en Italie où elle devait rencontrer le Premier ministre Mario Monti, pour faire une déclaration à 11H30 heures locales (12H00 GMT).

M. Wulff, 52 ans, était depuis mi-décembre sous le feu des critiques des médias et de l'opposition, accusé d'avoir profité de sa position à la tête de la Basse-Saxe (2003-2010) pour obtenir des avantages financiers divers et multiples, puis d'avoir tenté d'étouffer ces affaires. Début janvier il avait refusé de démissionner.

Le président démissionnaire dont la fonction est essentiellement honorifique mais qui est une autorité morale, a annoncé que l'intérim sera assuré par le président du Bundesrat (chambre haute du Parlement, qui représente les Etats), Horst Seehofer.

Les parties de coalition de centre-droit de Mme Merkel, Unions chrétiennes (CDU/CSU) et Libéraux (FDP) doivent se retrouver au sommet samedi, avec la chancelière, pour décider des suites de la crise.

Christian Wulff, un conservateur moderne et plus jeune président d'Allemagne

Elégant, souriant, M. Wulff, 52 ans, avait été péniblement élu le 30 juin 2010 président, au troisième et dernier tour de scrutin, où la majorité simple suffisait. Une humiliation pour la chancelière Angela Merkel qui le présentait, car la coalition gouvernementale disposait théoriquement de la majorité à l'assemblée électorale.

Mme Merkel avait déjà eu du mal à trouver un locataire pour le Palais Bellevue, après la démission surprise de Horst Köhler.
En devenant président de la République --une fonction essentiellement honorifique, mais qui jouit d'un grand prestige et peut influencer les mentalités-- M. Wulff avait occupé pour la première fois un poste au niveau national, n'ayant jamais été auparavant ministre fédéral.

Avant l'éclatement de l'affaire, ce président, jugé un peu lisse par certains, entretenait d'excellents rapports avec les médias, se prêtant avec un plaisir apparent à des séances de photos avec sa seconde, blonde et jeune épouse Bettina, mère de leur petit garçon.

Elle était la première femme de président à arborer un tatouage (une sorte de flamme, sur le haut du bras droit), que M. Wulff trouvait "cool".

Ses liens noués avec des entrepreneurs, alors qu'il dirigeait l'Etat régional de Basse-Saxe (nord) entre 2003 et 2010, lui auront été fatals. Depuis mi-décembre, il est sous le feu des critiques des médias allemands qui l'accusent d'avoir profité de ses fonctions pour obtenir des avantages financiers divers, puis d'avoir tenté d'étouffer ces affaires. Il a notamment laissé un message menaçant dans la boîte vocale du rédacteur en chef du puissant tabloïd Bild, qui fut ensuite largement diffusé.

Quelques mois après son arrivée à la présidence, ce catholique pratiquant avait provoqué une levée de boucliers dans les rangs conservateurs en affirmant que l'islam faisait désormais aussi partie de l'Allemagne, lors des célébrations du 20e anniversaire de la Réunification le 3 octobre 2010.

Par le passé, il avait déjà manifesté son ouverture aux Allemands issus de l'immigration, en nommant une ministre d'origine turque dans son gouvernement de Basse-Saxe, une première en Allemagne.

Sur un tout autre front, il avait surpris en critiquant en août dernier le rachat d'obligations de pays en difficulté par la Banque centrale européenne (BCE), alors que la crise de l'euro battait déjà son plein. L'Allemagne étant très attachée au principe d'indépendance des banques centrales, une telle intrusion du président dans les affaires monétaires était inattendue.

Juste avant la visite du pape Benoît XVI en Allemagne en septembre, M. Wulff, lui-même divorcé en 2007 et remarié en 2008, avait affirmé que l'Eglise catholique devrait faire preuve de plus de compréhension pour les divorcés.

Son divorce de sa première épouse, Christiane, avec qui il a une fille, désormais majeure, avait fait grincer des dents dans les rangs conservateurs.

Né le 19 juin 1959 à Osnabrück (nord-ouest), il a dû, adolescent, assumer de lourdes responsabilités: à 14 ans, après le départ de son beau-père --ses parents ayant divorcé à ses deux ans--, il a dû soigner sa mère atteinte de sclérose en plaques et élever sa petite soeur.

Militant à 20 ans de l'Union démocrate-chrétienne (CDU) aujourd'hui présidée par Angela Merkel, il avait seulement 34 ans quand il avait défié aux élections régionales de Basse-Saxe Gerhard Schröder, ténor du parti social-démocrate (SPD) et futur chancelier.

En 2003, il avait fini par arracher le Land à la gauche emmenée par Sigmar Gabriel, l'actuel chef du SPD, et y avait été réélu en 2008.

Belga

Démission du Président allemand

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