Icône représentant un article video.

Près de chez nous

Le premier opéra créé en Belgique

A Bruxelles, le 24 février 1650, on célèbre les noces de Philippe IV, roi d’Espagne et de Marie-Anne d’Autriche. Pour l’occasion est commandé un spectacle somptueux, le premier opéra créé chez nous...

Revenons un peu en arrière. Avec la mort de Philippe II en 1598 s’achevait un règne marqué par la révolte, la guerre et le sang, mais également par la division des 17 provinces. Au nord, les 7 provinces se sont unies et proclamées en une république indépendante, au sud les 10 provinces restantes, ce que l’on assimile à la Belgique, sont restées dans le giron espagnol.

Malgré les conflits successifs qui marquent ce siècle de malheurs, la vie culturelle et artistique est toujours vivace. En peinture, c’est le siècle des Rubens et des Van Dyck. En musique, alors qu’au XV et XVI siècle, l’Europe et l’Italie particulièrement, plaçait au firmament des compositeurs Hainuyers, Namurois, Brabançons ou Anversois, nos territoires laisse à présent place à l’hégémonie italienne, un renversement qui n’est pas sans conséquence…

En 1648, l’Archiduc Léopold-Guillaume de Habsbourg, gouverneur des Pays-Bas Espagnols, engage plusieurs musiciens italiens, parmi lesquels un certain Gioseppe ou Gioseffo Zamponi. Il engage également la même année le chorégraphe Giovan Battista Balbi, qui avait été actif à la cour de France pour le jeune Louis XIV et le scénographe Giovan Battista Angelini. Le rapport à la cour de France n’est d’ailleurs peut-être pas anodin, puisque l’année précédente, avec une équipe d’artistes italiens, Mazarin avait fait monter à Paris l’Orfeo de Luigi Rossi.

Avec ces artistes de renom, l’équipe de Léopold-Guillaume est au complet et semble se mettre rapidement à la préparation du spectacle. Car celui-ci est ambitieux, une "comédie chantée" comme on peut le lire dans la presse de l’époque entrecoupée d’un ballet intitulé Le ballet du monde. La comédie chantée composée par Zamponi est un véritable opéra dans la lignée de ce que l’on trouve à Venise, son titre : Ulisse all'Isola di Circe ou en français Ulysse dans l’île de Circé.

Ainsi, le dernier jeudi carnaval 1650, le 24 février, est donné à la réjouissance publique sur le sujet de l’heureux mariage de Leurs Majestés, peut-on lire, le premier opéra des Pays-Bas espagnols. L’opéra aura du succès et un certain retentissement, si bien qu’en 1655, quand Christine de Suède arrive à Bruxelles par Anvers elle demande à Léopold de faire remonter l’œuvre pour pouvoir assister à ce genre de spectacle qui est encore l’apanage de quelques grandes villes. Sur sa réaction, on peut lire dans la presse : "la comédie chantée […] a été si agréable à la reine de Suède, qu’ayant désiré la voir encore une fois, elle fut derechef représentée dimanche au soir".

Malheureusement pour nous, le mouvement initié par Léopold-Guillaume ne sera pas suivi par ses successeurs et il faudra attendre plus de 20 ans pour voir renaître le phénix. Quant à l’œuvre de Zamponi, elle fut longtemps une note dans les livres d’histoire, avant de reprendre son par le disque en 2014.

Pour aller plus loin :

Wanhon de Olivera, Beaussant & Lejeune, Notes musicologiques pour "Gioseffo Zamponi : Ulisse All’Isola de Circe", Capella Mediterranea, Ensemble Clematis, Chœur de chambre de Namur & Leonardo Garcia Alacon. CD. Ricercar. 2014

Thieffry, Sandrine. "L’archiduc Léopold-Guillaume à Bruxelles (1647-1656) : le bon usage du mécénat musical en temps de guerre". Revue belge de Musicologie / Belgisch Tijdschrift voor Muziekwetenschap 56 (2002) : 159‑75.

Inscrivez-vous aux newsletters de la RTBF

Info, sport, émissions, cinéma...Découvrez l'offre complète des newsletters de nos thématiques et restez informés de nos contenus

Articles recommandés pour vous