Le premier Code de la route était créé il y a 100 ans en France: en Belgique, un tout nouveau devrait sortir en 2022

27 mai 2021 à 06:12Temps de lecture3 min
Par X.L.

Il y a tout juste 100 ans, en France, le 27 mai 1921, le premier Code de la route voyait le jour. Il faudra plus de temps en Belgique... mais aussi pour que s'instaure le permis de conduire

Chez nous, c’est après la Deuxième Guerre mondiale que la voiture va se démocratiser et peu à peu envahir nos villes. Elle devient un symbole de progrès et même un marqueur social, mais cette nouvelle liberté va coûter cher à beaucoup de gens, puisque dans les années 50, on compte déjà plus de 1000 morts par an. 

Il y avait bien quelques règles pour circuler, rappelait Anne-Isabelle Justens: "Quelques panneaux, quelques feux de signalisation, mais pas de limitation de vitesse, une ceinture de sécurité quasi inexistante et l’alcool au volant très peu limité". 

Ainsi, en 1958, on pouvait conduire avec jusqu’à 1,5 gramme d’alcool par litre de sang, soit une bouteille de vin. Aujourd’hui, on est à 0,5, qui est atteint après deux petits verres seulement.

Mais on arrivait dans les années 60 avec un bilan qui dépasse les 1 700 tués par an, et ce, avec cinq fois moins de voitures qu’aujourd’hui.

Dans les années 60, toujours pas de réel code de la route: quelques tentatives de limitation de vitesse, mais qui sont plus des mesures économiques que sécuritaires, histoire de limiter la consommation d’essence en pleine crise pétrolière. Elles seront de courte durée, car la moindre réglementation est vécue comme une privation de liberté.

C’est seulement vers la fin des années 60 qu’on commence à prendre conscience de la gravité de la situation. À partir de 1969, il faudra passer un examen théorique pour obtenir le permis de conduire, un examen qui devait être assez sommaire d’après Benoît Godart, porte-parole de l’institut Vias, anciennement Institut belge pour la sécurité routière: "Il n’y avait pas de limitation de vitesse, l’alcoolémie était à 1,5 gramme, donc, à mon avis, c’était vraiment les règles basiques : quand il y a un panneau Stop, vous devez vous arrêter, le céder le passage et le feu rouge existaient depuis déjà bien longtemps. C’était vraiment les règles de base, ce n’était pas très poussé".

Quelques campagnes de sensibilisation émergent aussi. L’émission Contacts, devenue presque culte grâce à sa parodie, est lancée sur la RTB en 1970, mais le macabre compteur continue de tourner.

Il faudra atteindre le triste record de 3101 tués en 1973 pour que l’adage " Ma voiture, ma liberté " vacille enfin.

En 1974, les limitations de vitesse sont définitivement instaurées. C’est la première d’une longue liste de mesures qui constituera petit à petit un véritable code de la route en 1975. Il consacre notamment le port de la ceinture obligatoire à l’avant du véhicule.

En 1977, on va ajouter un examen pratique. Pour les ceintures à l’arrière, il faudra quand même attendre 1991. Le nombre de morts va enfin commencer à baisser, et aujourd’hui on en dénombre encore plus de 600 par an.

Le hic, c'est que le code s’alourdit d’année en année. Les règlements et les limitations se succèdent. Certains des articles sont même tout à fait obsolètes, si on en croit Benoît Godart: "Un article du Code de la route dit qu’en dehors des agglomérations, lorsque vous dépassez un conducteur, vous devez klaxonner. Ça, franchement, c’est quelque chose que personne ne va vous conseiller de faire. Le conducteur risque de mal le prendre. On parle aussi de la gendarmerie dans le Code de la route, alors qu’elle a été dissoute en 2000, et elle est encore mentionnée à six endroits dans le Code de la route. Ça montre donc bien que le Code de la route est désuet à ce niveau-là".

Désuet, donc, mais surtout de moins en moins lisible. Les amendements successifs l’ont même rendu indigeste. Un nouveau code de la route est à l’étude et devrait sortir bientôt: "Ces dix dernières années, le Code de la route a été modifié 42 fois. De ce fait, un Belge sur trois ne maîtrise pas les règles les plus récentes. Il y a de tout nouveaux concepts qui ont été introduits — la rue cyclable, la rue scolaire — et ce n’est aujourd’hui plus vraiment un code de la route, c’est une espèce de bric à brac de règles qui sont juste apposées les unes aux autres. Il n’y a plus de structure, il faut donc tout refaire. Le plus gros du travail a quand même été réalisé et on peut peut-être espérer un code de la route avalisé par les régions en 2022".

Une complexité qui ne justifie quand même pas la plupart des accidents. Quand on brûle un feu, qu’on refuse une priorité et qu’on prend le volant sous l’emprise de l’alcool, c’est bien souvent en connaissance de cause.

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