Belgique

Le port d'Anvers-Bruges, une fusion de raison entre deux anciens rivaux acharnés

29 avr. 2022 à 14:57 - mise à jour 30 avr. 2022 à 11:36Temps de lecture3 min
Par Koen Mortelmans

La fusion des ports d'Anvers et de Zeebrugge est désormais un fait. L'accord a été signé. Les ports poursuivront leur destinée commune sous l'appellation Port of Antwerp-Bruges.

Ensemble, ils représentent le plus grand port d'exportation européen et le plus grand port de transbordement de véhicules en Europe. Le port fusionné abrite également le deuxième cluster pétrochimique le plus important du monde après Houston (Texas).

Le président du conseil d'administration unifié est l'échevine anversoise du port Annick De Ridder (N-VA), le vice-président est le bourgmestre de Bruges Dirk De fauw (CD&V). Fait notable: la majorité nationaliste flamande du collège échevinal d'Anvers n'a soulevé aucune objection contre le choix de langue pour le nouveau nom "Port of Antwerp-Bruges"

Rivaux

Il y a quarante ans, les ports d'Anvers et Zeebrugge étaient des rivaux acharnés, d'autant plus qu'ils se disputaient tous deux les investissements publics dans les infrastructures portuaires. Depuis, cette rivalité s'est fortement atténuée, principalement parce que Zeebrugge a commencé à se spécialiser dans des niches telles que le transbordement de voitures neuves ou celui du gaz naturel. Entre-temps, le port d'Anvers a progressivement atteint les limites territoriales de son potentiel de croissance. Déjà une grande partie de la zone portuaire ne se trouve plus dans les limites communales d'Anvers, mais même en dehors des limites provinciales.

Le Waaslandhaven est ainsi situé sur le territoire de la commune de Beveren-Waas, en Flandre orientale. Là, il y a encore de l'espace pour de nouvelles activités portuaires, mais ailleurs les ambitions d'expansion portuaire se heurtent aux frontières avec les réserves naturelles, les communes fortement résidentielles et les Pays-Bas.

C'est pourquoi Anvers mène depuis longtemps une politique de partenariats avec d'autres locations fluviales, comme Zeebrugge, mais aussi avec le port fluvial de Genk, le long du canal Albert dans le Limbourg et avec le port de Liège.

Gand, le port maritime flamand le plus proche d'Anvers, a toutefois opté pour une fusion avec les ports néerlandais de Terneuzen et Vlissingen. Ensemble, ils forment les ports de la mer du Nord. Un choix pas si surprenant, car Gand n'est accessible que par le complexe d'écluses de Terneuzen.

Différence d'échelle

L'aspect le plus sensible dans le projet de fusion entre Anvers et Zeebrugge était la différence d'échelle. Chaque année, le port d'Anvers traite environ trois fois plus de fret que les trois autres ports maritimes flamands (Zeebrugge, Gand et Ostende) réunis. Zeebrugge est le numéro deux, mais Anvers est toujours cinq fois plus grand en volume traité. Pour les Brugeois, il s'agissait donc d'obtenir les garanties nécessaires dans l'accord de fusion pour ne pas être écrasés.

Anvers est aux prises avec les chiffres trimestriels les plus récents pour motiver la fusion. Le trafic total de fret au premier trimestre 2022 s'est élevé à 58,3 millions de tonnes, soit une baisse de 1,5% par rapport à la même période l'an dernier. Pour le trafic de conteneurs pris isolément, il s'agit même d'une diminution de 11,6%.

Selon l'autorité portuaire, cette baisse résulte en partie de problèmes de capacité et confirme ainsi l'urgence d'une capacité supplémentaire en conteneurs. Par exemple, la taille élevée des 'import callsizes' - le nombre de conteneurs déchargés par navire - complique les défis opérationnels en cours dans les terminaux à conteneurs, bien que la guerre entre la Russie et l'Ukraine a également joué un rôle.

Selon Annick De Ridder, une capacité supplémentaire de conteneurs est indispensable pour assurer la position d'Anvers comme port mondial.

Acier et biocarburants

Le fret général classique a augmenté de 49,1% par rapport au faible premier trimestre 2021. L'acier, le groupe de marchandises le plus important dans ce segment, résiste bien. Les sanctions qui ont interdit les importations d'acier en provenance de Russie et de Biélorussie depuis la mi-mars n'ont eu qu'un effet limité sur le débit, car l'UE a redistribué les quotas d'importation d'acier de Russie et de Biélorussie entre d'autres pays exportateurs d'acier.

Le débit de produits chimiques (+ 16,6%) est resté soutenu. Au sein de ce segment, la plus frappante a été le doublement de la quantité de biocarburants.

Zeebrugge a progressé de 15,2% sur la même période, avec le gaz naturel liquéfié (+41,5%) en tête. Cela est principalement dû à la plus grande taille des pétroliers. Le débit de conteneurs a augmenté de 4,2 %.

Malgré le Brexit, le Royaume-Uni reste le partenaire commercial le plus important (+10,9%) pour Zeebrugge. En raison du Brexit, l'intérêt de l'Irlande (+31%) continue également d'augmenter fortement.

"Les défis permanents de la chaîne logistique se reflètent dans les chiffres," déclare Jacques Vandermeiren, PDG du port. "Ils confirment qu'avec la fusion, nous sommes plus forts pour l'avenir et pouvons renforcer notre position dans la chaîne logistique internationale."

 

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