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Et Dieu dans tout ça?

Le philosophe Paul Ricoeur disait : "Quand je ne peux plus m’estimer, je ne peux plus agir, je ne peux plus être dans le dialogue avec autrui"

Le philosophe français Paul Ricoeur
21 sept. 2020 à 09:503 min
Par RTBF La Première
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Qu’est-ce donc que le soin ? Et qu’est-ce que la philosophie a à nous enseigner à ce sujet ? Pendant tout le mois de septembre, dans son Grand Dictionnaire des Philosophies et Religions, Pascal Claude ouvre une mini-série intitulée Prendre soin…, imaginée et réalisée avec la philosophe Claire Marin.

Claire Marin est professeur de philosophie et directrice du Séminaire international d’Etude sur le Soin (SIES), à l’Ecole normale supérieure de la Rue d’Ulm à Paris.
Elle se penche cette semaine sur quelques écrits de Paul Ricoeur.

Paul Ricoeur, c’est cet important philosophe français du 20e siècle, qui s’attache à des questions éthiques. Il a trouvé ses inspirations dans différentes sources, en particulier dans les phénomènes d’interprétation des textes religieux et de psychanalyse. La question du mal est centrale dans sa philosophie.

Il est aussi un passeur, qui va traduire les textes du philosophe allemand Husserl. Il a donc ce double héritage de la philosophie allemande et de la tradition existentialiste française.


La question du soin

C’est vers la fin de sa vie que Paul Ricoeur commence à s’intéresser plus particulièrement à la question du soin. Il a toujours interrogé la question de la relation, du rapport à l’autre, de tout ce qui peut fragiliser cette relation, l’inverser en son contraire, c’est-à-dire la question de l’intersubjectivité.

Il est aussi très soucieux des questions d’activité et de passivité. Dès ses premières oeuvres dans les années 50, on voit apparaître ce binôme conceptuel qui est central chez lui et qui va peu à peu se transformer de l’homme passif et actif, en homme agissant et souffrant.

C’est à partir de la fin des années 90, jusqu’à sa mort en 2005, qu’il va vraiment se saisir de ces questions du soin médical et de l’accompagnement du patient jusqu’à sa mort.


'La souffrance n’est pas la douleur'

Son texte 'La souffrance n’est pas la douleur' a été rédigé à l’occasion d’une conférence qui avait pour titre ‘Le psychiatre face à la souffrance’, et qui soulignait le fait que la vulnérabilité se trouve des deux côtés : il y a celle du patient mais aussi celle de celui qui soigne.

Paul Ricoeur commence par poser une distinction un peu arbitraire entre une douleur physique, localisée dans le corps, et une souffrance qui serait plus générale, qui peut naître de la douleur physique, mais qui peut en être totalement indépendante. La souffrance est vue comme une modalité de l’être, avec tout ce qu’elle rend impossible : la relation à autrui, l’estime de soi, l’action. Il va s’intéresser à comment prendre en charge cette souffrance et y répondre de telle manière que le sujet puisse redevenir sujet.

" Parce quand je ne peux plus m’estimer, je ne peux plus agir, je ne peux plus être dans le dialogue avec autrui. D’une certaine manière je suis en train de perdre ce qui fait ma subjectivité. "


‘Vivant jusqu’à la mort’

Le texte ‘Vivant jusqu’à la mort’a un arrière-fond très autobiographique, puisque Paul Ricoeur le rédige au moment où il accompagne les dernières années de vie de sa femme. Il s’intéresse aux soins palliatifs, à l’accompagnement de fin de vie.

"Il va insister dans ce texte sur ‘le regard de compassion’ qui accompagne celui qui est à la fin de sa vie, l’agonisant, et qui le regarde comme encore vivant, qui le maintient dans la vie, qui va chercher en lui toutes les ressources vitales pour continuer à se vivre comme vivant jusqu’à la mort" explique Claire Marin.

L’accompagnement qu’il évoque est celui des professionnels, des soignants de ce type de parcours de soin. Il parle d’une culture de regard. Il n’est pas si facile de faire abstraction d’une forme de commisération, de pitié, que l’on peut éprouver face à quelqu’un qui est mourant.

Il faut donc maîtriser ses émotions de telle manière à avoir ce regard qui accompagne, qui entoure, qui est un regard de compassion mais qui n’est pas un regard qui risque d’être humiliant pour celui qui en est l’objet.

Ecoutez Claire Marin ici

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