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Chroniques

Le parlement peut-il réussir le débat sur la vaccination obligatoire ?

Le parlement peut-il réussir le débat sur la vaccination obligatoire ?

Le parlement commence aujourd’hui ses auditions à propos de la vaccination obligatoire. C’est l’occasion pour lui d’enfin se montrer à la hauteur dans cette crise sanitaire, où il a été relégué au second rang.

Au-delà du sujet, l’opportunité même du débat est discutée. Il y a ceux qui jugent que le parlement arrive comme les carabiniers d’Offenbach. Avec Omicron on pourrait être dans ce moment de basculement entre l’épidémie et l’endémie, c’est-à-dire la fin de la phase de crise, et que donc la question de l’obligation vaccinale va se dégonfler au cours des prochains mois. En résumé, ce débat à un an de retard. Et si le parlement s’en empare aujourd’hui c’est simplement que les partis de la majorité étaient divisés et ont botté en touche.

Cette analyse tient la route, elle est solide. Mais on peut aussi voir les choses d’une autre façon. D’abord il est indiscutable et personne n’est dupe, la Belgique ne s’est pas miraculeusement convertie à la démocratie sanitaire, le parlement a été relégué dans cette crise. Ce débat arrive très tard. Très tard mais pas trop tard.

Si Omicron signe le début de l’endémie, c’est-à-dire une phase ou l’on vit avec le virus sous contrôle sans qu’il pose de problèmes sanitaires importants, il reste à éclaircir le rôle que les vaccins doivent jouer dans les prochains mois pour garder le virus sous contrôle et l’opportunité alors de rendre un vaccin obligatoire. Il faudra aussi évoquer la possibilité de connaître un nouveau pic épidémique. A part certains gourous, personne ne sait vraiment comment ça va tourner dans les prochaines années.

Il est très tard, mais en même temps si ce débat avait eu lieu il y a un an, beaucoup et peut-être les mêmes auraient dit qu’il venait trop tôt parce qu’on n’avait pas assez de recul.

Un débat de qualité

Si l’opportunité du débat peut être défendue, la question est de savoir si le parlement va pouvoir organiser un débat de qualité. Inutile de vous faire une longue démonstration, la qualité du débat se dégrade au cours des mois, la tension monte dans la société, la manifestation de ce dimanche l’a encore prouvé.

C’est justement le moment où la démocratie représentative peut retrouver sa fonction quasiment archaïque, offrir une représentation, un spectacle politique où les conflits, les intérêts, les sensibilités qui sont à l’œuvre dans la société se retrouvent relayées. Mais bien sûr ce qui va faire la spécificité du parlement, c’est que cette représentation va se faire avec des élus représentant légitimes de la population, en fonction de certaines règles, en fonction d’un certain processus, et dans un temps beaucoup plus long que ce qui règne sur un plateau TV, ou dans un échange twitter.

Ces règles et la qualité morale des membres du parlement peuvent théoriquement permettre de structurer un débat, lui donner une direction, permettre la sélection des meilleurs arguments, ceux qui sont le mieux fondés, ceux qui sont mieux étayés et ce au nom du bien public. Le débat (qui est une confrontation) se transforme alors en délibération (un chemin pour trouver une solution commune).

Idéalisme

Oui cette vision délibérative est idéaliste. Mais l’aventure démocratique est par nature idéaliste à l’image des lumières qui l’ont portée au 17e et 18e siècle. La délibération aura évidemment du mal à s’imposer sur la simple confrontation. On le voit déjà avec la nomination des experts. Des groupes de pressions sont à l’œuvre avec une agressivité rarement atteinte selon les témoignages de certains élus. Des opérations de mails bombing, parfois des insultes, des menaces de la part d’autoproclamés "défenseurs de la liberté". Heureusement de nombreux défenseurs des droits récusent ces méthodes.

Autre problème, on parle beaucoup de l’expert youtubeur nommé par le Vlaams Belang. Geert Vanden Bossche est un vétérinaire qui juge que les vaccins vont déclencher je cite “une catastrophe mondiale”. Il va s’exprimer aujourd’hui et de l’avis de l’immense majorité des scientifiques il n’est pas crédible pour un sou. Certains disent que ça déshonore le parlement.

On peut en effet s’en désoler. Mais c’est la règle. Le Vlaams belang avait droit de proposer des experts. Le même Vlaams Belang qui compare le CST à l’étoile jaune en commission représente une partie de la population. Cette nomination est donc à l’image de la dégradation massive du débat public entretenue, entre autres, par des groupuscules d’extrême droite.

Il reste aux autres experts à être plus crédibles et faire triompher leurs arguments. Il reste aux élus à démontrer leurs qualités morales pour que la représentation permette de canaliser les conflits à l’œuvre dans la société. Il faut que les élus démontrent que le parlement est autre chose qu’un marché des intérêts, mais un forum ou s’échange des arguments à propos des principes de justice qui doivent prévaloir à une politique de vaccination. Soyons honnêtes, c’est très loin d’être gagné. Mais le parlement n’a d’autre choix que d’essayer.


 

Les coulisses du pouvoir

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