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Monde Europe

Le Parlement européen lance sa commission d'enquête sur Pegasus

19 avr. 2022 à 19:41Temps de lecture2 min
Par Belga

Le Parlement européen a lancé mardi sa commission d'enquête consacrée à l'utilisation de Pegasus ou d'autres logiciels espions pour surveiller à leur insu des personnalités politiques, journalistes, activistes et avocats. Le Néerlandais Jeroen Lenaers, du groupe PPE, présidera les travaux. La réunion constitutive de cette commission d'enquête a eu lieu alors que de récentes révélations placent le commissaire européen à la Justice Didier Reynders ainsi que des politiciens catalans ou leurs proches parmi les victimes de cet espionnage.

Le ciblage de journalistes et politiques par des entités étatiques utilisant Pegasus "représente un problème énorme pour la démocratie et l'État de droit", a commenté Jeroen Lenaers, cité par communiqué du Parlement européen. Le travail de la commission d'enquête sera de "collecter des informations sur l'utilisation de Pegasus et de logiciels similaires" et de définir des "recommandations utiles''.

Le Citizen Lab, le "laboratoire" de l'Université de Toronto (Canada) qui a révélé lundi une nouvelle liste de personnes surveillées via logiciels espions, a parlé de "CatalanGate". L'organe a documenté l'"infection" par Pegasus des smartphones d'au moins 51 personnes liées au mouvement indépendantiste catalan, dont des eurodéputés. Parmi ceux-ci, Diana Riba, élue du groupe des Verts/ALE. Elle fait désormais partie des vice-présidents de la commission d'enquête "PEGA". 

Certains Etats européens (Pologne et Hongrie) ont reconnu avoir utilisé le logiciel Pegasus, développé par la société israélienne NSO, mais cet outil sert officiellement à la lutte contre le terrorisme et le crime organisé. Dès l'été dernier, il est cependant apparu, grâce à Amnesty International et Forbidden Stories, que des gouvernements et services secrets à travers le monde entier ont en réalité utilisé le logiciel espion pour cibler des journalistes, activistes, membres de l'opposition, etc.

"Même les démocraties européennes ne sont pas immunisées contre les utilisations abusives de ce genre de logiciels", a constaté mardi l'eurodéputée allemande Hannah Neumann (Verts/ALE), lors d'une conférence de presse précédant le lancement de la commission d'enquête. Les élus ont déjà plusieurs demandes, liste-t-elle. "Tous les acteurs doivent pleinement coopérer" au travail de la commission parlementaire, "dont la Commission et les gouvernements des Etats membres", exige-t-elle. "Nous voulons voir le CEO de NSO le plus rapidement possible".

Parlant de cas de "surveillance à motivation politique", elle indique aussi attendre "un débat sincère" au niveau du Conseil européen, qui rassemble les chefs d'Etat et de gouvernement des 27, et qu'il "condamne" ces utilisations abusives. Au-delà des cas polonais, hongrois, espagnols révélés ces derniers mois, il faut un "débat politique sur les cadres règlementaires dont nous avons besoin", ajoute l'Allemande.

"Les dirigeants européens doivent comprendre qu'il s'agit d'une problématique européenne", a renchéri la Hongroise Anna Donath, du groupe Renew. "Notre gouvernement (hongrois) a tout fait pour ne pas parler du scandale", pour ne pas apporter de réponses officielles aux questions de l'opposition, a-t-elle regretté. Or, "il ne s'agit pas de cybersécurité mais d'une question de démocratie. Il s'agit de droits fondamentaux qui sont ignorés".

La commission devrait présenter son rapport final dans 12 mois.

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