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Une politologue grecque: "Pas de possibilité d'éjecter la Grèce de la zone euro"

Le "non" grec: "C'est un signe du déficit démocratique en Europe"
06 juil. 2015 à 06:31 - mise à jour 06 juil. 2015 à 08:41Temps de lecture2 min
Par Wahoub Fayoumi

"Les résultats montrent qu'une grande partie de la population grecque est dans la difficulté". Interrogée par Bertrand Henne ce lundi, la politologue Filippa Chatzistavrou explique : "Les résultats massivement positifs pour le 'non' au plan européen pour la Grèce doit se voir comme un symptôme évident de la paupérisation de la société grecque: elle devient de plus en plus sévère, et les gens disent 'on n'en peut plus on ne peut pas continuer comme ça'".

"Le cri d'alarme d'une société qui n'en peut plus"

Une question de fierté nationale? Pas seulement, affirme-t-elle. Il s'agit d'"un cri d'alarme d'une société qui n'a plus d’espoir, et aussi d'un message qui s'adresse à nos élites politiques et économiques"; une caste d'élites qui, d'après une grande partie de la population, "a pris en otage la population" depuis la fin de la dictature.

Le journaliste grec George Kouvaras ajoute : pour Tsipras, c'est un triomphe. "Tsipras a été élu avec 35% des voix aux élections législatives de janvier. Aujourd'hui, il est le Premier ministre de 61% de la population".

"C'est une victoire d'abord démocratique. C'est inédit dans l’histoire de la Grèce. Avant, c’était un coup d’Etat de la finance, c'était un révolver sur la tête des Grecs". La pression venait de toute part, explique aussi George Kouvaras, "la plupart des leaders européens menaçaient en disant que voter pour le 'non' équivalait à un Grexit. On disait qu'il fallait renverser ce gouvernement. Ce qu'a affirmé à cet égard Mr Schultz (Président du parlement européen, qui avait souhaité la mise en place d'un gouvernement de technocrates, ndlr)"

Ce n'est pas un non à l'Europe, insiste Filippa Chatzistavrou. "On a essayé instrumentaliser ce referendum, et la question posée par Tsipras n'était pas à la hauteur: cela laissait entendre que derrière la question formulée il y a avait la question pour ou contre l'UE".

Il ne faut pas mélanger cela avec l'appartenance à l'Union européenne, qui est un appartenance complète, politique et juridique

Mais la spécialiste explique: les tergiversations sur une sortie de la zone euro témoignent, selon elle, d'une manipulation. "Être membre de la zone euro est de l'ordre de la coopération sectorielle : selon le droit européen, il n'y pas de possibilité que l'UE fasse éjecter un pays de la zone euro. La seule façon de sortir de la zone euro est que le pays en question le décide. Et ce qui est clair, c'est que le gouvernement Tsipras ne veut pas sortit de la zone euro".

"Il ne faut pas mélanger cela avec l'appartenance à l'Union européenne, qui est un appartenance complète, politique et juridique. Mélanger cela c'est dangereux, mais c'est leur arme et ils vont l'utiliser. Mais même s'il est erroné, les Européens vont certainement utiliser cet argument".

"Il n'y a pas de démocratie européenne"

Ce vote permet de souligner de façon clair le manque de démocratie en Europe, affirme surtout la politologue.

Dire qu'il y a 18 autres démocraties en face est un peu abusif, explique Filippa Chatzistavrou: "Ce n'est pas un déficit démocratique mais carrément une absence de démocratie dans l'Union européenne. Il s'agit d'un système qui est basé sur intergouvernementalisme asymétrique, c'est à dire que les États décident, que le parlement européen n'a qu'un rôle consultatif sur les questions de la gestion de la crise et de gestion économique, et que dans le Conseil européen il y a des États qui ont de l'emprise sur certaine décisions".