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"Le monsieur du métro" de Marie-Josée Neuville, le premier "Balance ton porc" de la chanson française

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09 sept. 2022 à 04:26Temps de lecture3 min
Par Sébastien Ministru

À l’occasion de la Journée internationale des droits de la femme, voici une curiosité dans le " Paroles, Paroles " de Sébastien Ministru !

Une chanteuse complètement oubliée qui chante une chanson complètement tombée dans l’oubli. Marie-Josée Neuville – qu’on appelait la collégienne de la chanson –  dans " Le monsieur du métro ". Un tube tombé en désuétude qui démarre ainsi : " Parmi la foule automatique. Dans le métro il me tenait. D'affreux propos pornographiques. Auxquels rien je ne comprenais. En expertise digitale. Une main chercheuse et discrète. Sur ma colonne vertébrale. Tapotait une musiquette. "

Cette chanson parle donc du harcèlement dans l’espace public. Il s’agit donc de la mésaventure d’une jeune fille qui se fait agresser verbalement (" il me tenait d’affreux propos pornographiques ") et qui se fait tripoter dans le métro (" une main chercheuse et discrète sur ma colonne vertébrale ").

 

Cette chanson, au texte assez franc et au vocabulaire affirmé, a été enregistrée en 1956 et est devenu un grand succès polémique en 1957. Cette chanson est la preuve que la prise en considération de la problématique du harcèlement n’est pas un effet post-Weinstein mais elle est déjà présente dans la chanson française en 1956.

La fille nous raconte, en 1956, qu’elle se fait embêter et toucher par un homme dans le métro et voilà comment elle décrit sa réaction : " Je savais qu'en cette occurrence. Le mieux était de ne rien dire. Ma mère ayant eu la prudence. En son temps de m'en avertir. " À l’époque : on ne dit rien, on laisse faire – d’autant que faire de la prévention anti-satire entre dans l’éducation des jeunes filles. Le conseil des femmes à leur fille : si ça arrive, on se tait, on subit, on attend que ça passe et après on n’en parle plus. Traduction : les hommes sont ainsi. Re-traduction : c’est ainsi qu’on alimente le sentiment de domination masculine.   
 

Voici la suite du récit de Marie-Josée Neuville face à cet homme qui croit avoir le droit d’importuner. On est toujours dans la rame de métro : " Un souffle puissant d'asthmatique. Et malodorant par surcroît. M'obligeait à une gymnastique. Pour m'éloigner du maladroit. À me voir frétiller de la sorte. Une dame en courroux s'écria. "Pour la bagatelle de la porte. Elles sont championnes à cet âge-là". " Coup classique dans le cas des violences faites aux femmes, la victime devient coupable. Si la fille se fait emmerder, c’est de sa faute

" Pour la bagatelle de la porte, elles sont championnes à cet âge-là " : la bagatelle, dans le langage familier, c’est l’acte sexuel… En fait, la dame – en courroux – est en train de dire que la jeune fille est une allumeuse et que, quand on se fait remarquer (faire de la gymnastique devant tout le monde, frétiller en public), on ne doit pas s’étonner de se faire agresser. Et la dame dit une chose importante : " elles sont championnes à cet âge-là. " Cet âge-là, c’est celui de Marie-Josée Neuville qui a 18 ans quand elle chante " Le monsieur du métro " et, parce qu’elle ose aborder ce sujet dans une bouche que la société veut innocente, elle fait scandale. La chanson est censurée et interdite de diffusion à la radio.

Orelsan et Damso ont une grand-mère en la matière !

 

La chanson fait scandale parce que le personnage prend le parti de se défendre contre le pervers : En me retournant sans douceur. Pour insulter le téméraire. Je m'aperçus avec stupeur. Qu'il était presque octogénaire (…) Mais au diable les convenances. Que m'enseignait ma maman (…) J'apostrophai le vieux butor. Avant de franchir la portière. Souvenez-vous d'Hugo Victor. Relisez "L'art d'être grand-père". "

À la vulgarité du geste de l’homme, la jeune fille répond par l’intelligence de la culture : " Souvenez-vous d'Hugo Victor. Relisez "L'art d'être grand-père". " En référence à un recueil de poèmes de Victor Hugo paru en 1877. Elle lui dit : regardez-vous dans la glace, regardez à quoi vous ressemblez. Elle le remet à sa place en lui rappelant son âge mais surtout en nous disant qu’un poème, c’est un miroir. C’est toujours un miroir.

" Le monsieur du métro ", c’est le premier " Balance ton porc " de la chanson française !

 

Écoutez " Le monsieur du métro " de Marie-Josée Neuville :

 

"Le monsieur du métro" de Marie-Josée Neuville

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