Le modèle migratoire australien: transposable chez nous?

06 juin 2018 à 15:38 - mise à jour 06 juin 2018 à 15:38Temps de lecture3 min
Par Soir Première

Le secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration Théo Francken l’a déjà dit à plusieurs reprises: il aimerait que la Belgique s’inspire du modèle australien en matière d’immigration. L’Australie est connue pour sa politique dure et restrictive, mais quelle est-elle exactement ? Soir Première l’a analysée, et a posé la question: une telle politique est-elle envisageable en Belgique ?

L'Australie est par son histoire une terre d'immigration, puisque c'est sur cette ile lointaine qu'on exilait dans le temps les bagnards. Mais c’est surtout après la seconde guerre mondiale que l'immigration a explosé, avec plus de 7 millions d de nouveaux arrivants. A ce moment-là, pour entrer dans les critères de sélection il fallait être en bonne santé, avoir moins de 45 ans, et être de race blanche.

Aujourd’hui, plus de 60 ans plus tard, l'Australie compte 24 millions d'habitants. Et un australien sur quatre est né à l'étranger.

Un changement à partir des années 70, qui se confirme en 2001

A partir des 70, la politique commence à se durcir, et il devient de plus en plus difficile de s'installer en Australie. Mais ce sont les attentats du 11 septembre 2001 qui vont véritablement donner la possibilité au gouvernement australien de serrer la vis. Dès lors, des mesures précises sont prises. Il est encore possible d’obtenir un visa de travail, mais il faut que votre profil corresponde à un besoin de main d'œuvre sur place. Il faut donc prouver qu’on est engagé dans une entreprise, qu’on lance son propre business. Il faut aussi maitriser parfaitement l'anglais.

L’immigration clandestine devenue une priorité

En 2013, un gouvernement conservateur arrive au pouvoir. A partir de ce moment, ce sont plus spécifiquement les migrants qui sont visés. La lutte contre l'immigration clandestine devient le fer de lance des autorités, qui opte pour une politique dure vis-à-vis des demandeurs d’asile. Des mesures interdites en Europe, comme le refoulement des bateaux de migrants en mer, sont autorisées, et même encouragée. Ils sont maintenus au large des côtes par des bateaux militaires, et sont orientés vers des centres de rétentions qui sont installées sur des iles en dehors du territoire australien, notamment sur l’ile de Manus de Nauru en Papouasie Nouvelle-Guinée. Un système qui a créé la polémique, car les conditions de vie y sont très dures, ce qui a causé plusieurs mutineries en 2015. Finalement, le gouvernement a payé 29 millions d'euros au Cambodge pour que celui-ci prenne en charge les réfugiés de l'ile de Nauru.

Des pratiques qui font scandale

Le système australien n’a pas échappé aux critiques internationales. Les Nations Unies l’ont épinglé, tout comme Amnesty International. L’un des membres de l’organisation souligne d’ailleurs que plusieurs scandales ont éclaboussé le gouvernement, notamment en 2015. En effet, des passeurs avaient révélé qu'ils avaient reçu de l'argent du gouvernement pour retourner, avec leurs bateaux chargés de réfugiés, vers l'Indonésie. Le premier ministre a toujours nié.

Ce qui est certain, c’est que les moyens de propagande pour dissuader les migrants d’atteindre l’Australie ont tourné à plein régime. Le gouvernement a dépensé des fortunes, on parle de 20 millions d'euros, dans des campagnes publicitaires-choc pour dissuader les candidats à l'immigration.

Une politique envisageable en Europe ?

Pourrait-on, comme le souhaite Théo Francken, s’inspirer du modèle restrictif australien en Europe et en Belgique ? Ce serait difficile à envisager pour le sociologue des migrations Andrew Crosby : "D’un point de vue strictement technique, ce ne serait pas possible. La Belgique n’est pas une ile. On a des frontières terrestres qu’on ne peut pas tout le temps contrôler. Deuxièmement, en Europe, nous avons aussi un système international de protection des droits de l’Homme, qui malgré ses défauts, est l’un des plus développés dans le monde. L’Australie n’a pas une juridiction supranationale comme nous l’avons avec la Cour européenne des droits de l’Homme".

Pour réécouter l’intégralité de cette séquence :

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