Jam

Le meilleur du rock indé selon The Bug Club

The Bug Club, nouvelle révélation du rock indépendant.

© Adam Whitmore

Au rayon rock, The Bug Club est assurément l'une des révélations de l'année. Venu du Pays de Galles avec des plats à emporter pour toutes les fines bouches, le trio régale avec des recettes chipées chez The Strokes, The Moldy Peaches ou le Velvet Underground. En expédition dans la campagne britannique, JAM. est parti à la rencontre d’un des groupes les plus alléchants du moment.

Enclavé par les contés du Dorset, du Somerset et celui d’Oxfordshire, un ancien terrain de chasse de la famille royale sert d’écrin à End Of The Road, l’un des meilleurs festivals anglais. C’est ici, fin de l’été, que JAM. croise la route de The Bug Club.

Loading...

Un château, des vieux, des chiens

Assis sur un banc, la bassiste Tilly Harris, le guitariste Sam Willmett et le batteur Dan Matthew observent le drôle de cirque improvisé par une famille de paons. Entre un éventail de plumes multicolores et quelques coups de bec, la formation expose son parcours en plein air. "J’ai rencontré Tilly sur les bancs de l'école à l'âge de quatorze ans", retrace Sam Willmett. "Dan est arrivé plus tard dans ma vie, quand je suis parti étudier la musique à Bristol. Lors de nos premières répétitions, il y avait aussi mes deux frères jumeaux." Trois guitares de front, la formation émerge, en 2016, dans l’arrière-salle d’un bar de Caldicot, bourgade galloise surmontée d'un château médiéval. "C'est le seul endroit un peu fréquenté de notre ville", précise Tilly Harris. "Pour le reste, il y a une pompe à essence et un vieux moulin à vent. Tout le monde connaît tout le monde, des vieux promènent leurs chiens. À part ça, il ne se passe jamais rien. Le seul truc un peu fou à faire, c'est d’aller à l'école...Mais personnellement, c'est le dernier endroit où j'avais envie de me trouver. Former un groupe de rock, c'était d'abord l'occasion d'échapper à la banalité du quotidien." Exit les frangins. La proposition se resserre autour du trio qui, à l’été 2018, se fend d’une sortie en bateau. À son bord, The Bug Club entonne une ballade à deux voix : une carte de visite au charme immédiat...

Loading...

Encyclopédie du rock

Véritable locomotive du groupe, Sam Willmett aménage couplets et refrains pour entamer des dialogues imparables avec Tilly Harris. Chanteur, mais surtout excellent guitariste, le musicien a de qui tenir. "Chez moi, tout le monde joue de la gratte : mon grand-père, mon père, mes cousins, mes frères aussi. Si tu te loupes sur un accord, tu risques l’exclusion de la famille", rigole-t-il. "J’ai grandi en écoutant les albums du Velvet Underground, mais aussi des disques de blues, notamment ceux des guitaristes Mike Bloomfield et Roy Buchanan. Ce que j'aime bien avec un mec comme Mike Bloomfield, c'est sa capacité à servir des excellentes chansons. Il n’était jamais dans la démonstration. C'est notamment lui qui jouait avec Bob Dylan sur les tubes de l'album "Highway 61 Revisited" ("Like a Rolling Stone", "Tombstone Blues", etc.) Je déteste les virtuoses." Âgés de 28 ans, Sam et Tilly possèdent une connaissance encyclopédique du rock. "C’est en partie grâce à la discothèque de nos parents", indique la bassiste. "Et puis, il y a des figures marquantes. Moi, humainement, je me sens très attachée à la personnalité de Patti Smith, par exemple. À mes yeux, malgré son âge, ça reste la meilleure !"

Loading...

Une question importante

Privé de concert durant toute la crise sanitaire, The Bug Club s'enferme dans un studio du côté de Cardiff. "Cet endroit appartient à Tom Rees, le chanteur du groupe Buzzard Buzzard Buzzard", explique Sam Willmett. "Dès qu’il était possible de se réunir, on se retrouvait tous les trois là-bas pour enregistrer. Tom nous a aidé à produire les quatre morceaux de "Launching Moondream One", notre premier EP." Plutôt que d'attendre la fin du confinement en se tournant les pouces, The Bug Club compose. Encore et encore. Sorti fin 2021, l'album "Pure Particles" est un petit tour de force. Avec ses chansons sautillantes, une once de mélancolie, des refrains paritaires et quelques plans piratés à bord des plus belles embarcations du rock alternatif (The Strokes, Violent Femmes, Jonathan Richman), le trio gallois empile les mélodies avec une énergie contagieuse. Ultra lo-fi, mais incroyablement excitant, l'enregistrement multiplie les bons morceaux, comme le très Moldy Peaches, "A Love Song", où le trio s’interroge : "Combien de fois peut-on dire "fuck" dans une chanson d’amour ?" Sans vraiment répondre à la question, The Bug Club claque neuf morceaux en vingt minutes chrono. Une excellente performance.

Loading...

Un concert avec Pavement

Signé sur Bingo Records, un petit label de Sheffield, The Bug Club enchaîne aujourd’hui avec "Green Dream In F#", son deuxième album. "Ce titre induit une grande œuvre musicale", s’amuse Sam Willmett. "Mais c'est de nouveau quelque chose de très simple : une collection de quatorze chansons, très rock garage, toutes propulsées par des lignes de basse soutenues." Le disque s'inscrit dans la continuité de "Pure Particles". "Nous sommes repartis avec la même équipe, sans changer les règles du jeu." Une méthode gagnante. The Bug Club vient, en effet, d'accompagner Pavement, à Londres, pour son concert de reformation. "Jouer à guichet fermé avec l'un de nos groupes préférés, dans une salle de 3000 places, ce n'est pas vraiment dans nos habitudes", confie le batteur Dan Matthew. "Mais c'est certainement la meilleure façon de commencer notre première tournée." Un excellent départ pour un groupe que l’on attend désormais de pied ferme, ici, au pays de la frite.

Inscrivez-vous à la newsletter Jam

Recevez chaque semaine toutes les actualités musicales proposées par Jam., la radio "faite par des êtres humains pour des êtres humains"

Sur le même sujet

Articles recommandés pour vous