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Le manuel de l'anti-tourisme

Le manuel de l'anti-tourisme
30 juil. 2018 à 14:543 min
Par RTBF La Première

Le tourisme est la première industrie mondiale, même s’il est pratiqué par seulement 3,5 % de la population… Un luxe réservé aux occidentaux qui, depuis l’avènement des congés payés, ont intégré " un devoir d’ailleurs et de loisirs ".

Mais qui n’a pas senti ce malaise, dans une boutique de souvenirs ou sur une plage des Caraïbes couvertes de baigneurs blancs ? Rien ne semble pouvoir arrêter cette conquête démesurée des quatre coins du monde. Pouvons-nous nous évader du tourisme ? Rodolphe Christin, sociologue et auteur du livre "Le guide de l'anti-tourisme" nous invite à retrouver l’essence du voyage : préférer le chemin à la destination, et " disparaître " plutôt qu’apparaître partout.

"L'industrie du tourisme a longtemps bénéficié d'un consensus positif par rapport à ses soi-disant bienfaits. C'était comme si le tourisme n'apportait pas son lot de nuisances" explique Rodolphe Christin. 

En 2017, on recensait 1.3 milliards de touristes, d'ici 2030 il va y avoir une croissance de 3% dans l'industrie du tourisme par an!

Le journaliste Jean-François Pollet explique les impacts d'une telle croissance de l'industrie du tourisme: "Des infrastructures vont devoir être créées, des ponts, des autoroutes qui vont aussi bénéficier aux populations locales. De même que les touristes créent beaucoup d'emplois dans l'horeca et dans l'hôtellerie, des emplois qui bénéficient aux jeunes et aux femmes, donc ça c'est plutôt positif pour les pays du Sud."

Jean-François Pollet met en exergue deux aspects négatifs liés à l'industrie du tourisme. La première difficulté c'est la répartition de l'argent qu'engendre le tourisme. Il n'est pas réparti de manière équitable. Les Tours Opérateurs des pays Occidentaux par exemple, empochent une part plus élevée que les pays du Sud. Cette part ne profite malheureusement pas à l'économie locale. Pire, le Tour Opérateur arrive à faire pression sur les travailleurs locaux pour qu'ils cassent leurs prix afin que les Tours Opérateurs puissent offrir des promotions défiants toute concurrence. 

Le deuxième aspect négatif c'est l'impact environnemental du touriste. "On a pu remarquer que dans le Sud du Mexique, dans le Yucatan qui est une région très aride, les touristes consomment 40 fois plus d'eau que les paysans. Alors que les paysans eux, ont besoin d'eau pour cultiver et arroser leurs champs." Même chose pour les îles Maldives, un paradis touristique menacé de disparition à cause de la pollution engendrée par .... l'industrie touristique!

Une économie fragile

L'économie touristique est extrêmement fragile et instable rappelle Rodolphe Christin et ce, malgré les chiffres de croissance annoncés. En effet, l'industrie du tourisme dépend de flux de population exogène qui se rend dans un pays pour le visiter. Sauf qu'il suffit d'un aléas ou qu'un climat d'insécurité émerge pour que ces flux changent de destination. C'est donc une économie fragile et qui ne va pas du tout en faveur d'une autonomie socio-économique des régions touristiques. L'emploi touristique est également très précaire puisqu'il est souvent saisonnier et mal payé. 

De plus en plus de villes "tourismophobes" en Europe

C'est comme si une épidémie anti-touristes avait contaminé les grandes villes d'Europe: de Barcelone à Venise, en passant par Budapest et Amsterdam, depuis quelques années, la colère gronde au sein des habitants des villes européennes très prisées par les touristes. Se sentant envahis et laissés pour compte hors de leur ville, les habitants protestent contre ce qu'ils appellent "l'invasion de touristes". Ils reprochent le comportement trop souvent irrespectueux des touristes envers les populations locales, mais aussi l'impact des voyageurs sur la hausse des loyers. 

C'est en Espagne que l'on retrouve le berceau de cette contestation. Le pays a accueilli en 2016 plus de 75.6 millions de touristes dont 9 millions uniquement à Barcelone. Plusieurs manifestations ont eu lieu dans les grandes villes Espagnoles: Barcelone, Majorque ont très vite été suivies par d'autres villes européennes. Les manifestants y arboraient des slogans tels que: "Le tourisme tue", "touristes rentrez chez vous!". Les autorités commencent à réagir, à Barcelone par exemple, des centaines de logements loués sans autorisation ont été fermés. La ville a aussi sanctuarisé un périmètre situé entre Les Ramblas et le "Barrio Gothico" afin d'interdire toute nouvelle ouverture d'établissement hôtelier. D'autres démarches similaires fleurissent dans les grande villes touristiques européennes. 

Un tourisme éthique et social, c'est possible pour savoir comment s'y prendre et apprendre d'autres choses sur le "Manuel de l'anti-tourisme", écoutez le podcast ci-dessous.

 

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