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Le Maître de musique : un triomphe du cinéma belge

Le Maître de musique : un triomphe du cinéma belge
10 déc. 2021 à 11:514 min
Par RTBF La Première

Sorti sur les écrans le 21 mars 1988, le film Le Maître de Musique fait immédiatement sensation. Les salles ne désemplissent pas. Le film est un très grand succès populaire. Jamais auparavant une fiction belge de cinéma n’avait emporté une telle adhésion, publique et critique. Et pourtant, avant de connaître un véritable triomphe, ce long métrage a dû franchir bien des obstacles.

Le Fantôme de la Radio vous raconte en détail, en archives, et en deux épisodes, la trajectoire pour le moins singulière du Maître de Musique, depuis son statut de projet maudit jusqu’à sa sélection pour les Oscars.

Pendant 5 ans, rien n’est épargné à Gérard Corbiau qui lutte contre vents et marées pour monter son projet auquel personne ne croit : " Un film d’époque sur l’art lyrique ? Avec de la musique classique ? Et un chanteur d’opéra pour tenir le premier rôle ? Mais vous n’y pensez pas, ça ne marchera jamais ! " prophétisent les gens du métier, un rien méprisant.

Malgré cette farouche opposition, le réalisateur s’accroche. Au bout d’un parcours semé d’embûches, Corbiau réussit à tourner Le Maître de Musique, une production 100% belge, financée en grande partie par la RTBF.

Produire un film de cinéma, c’est alors une grande première pour la Radio-Télévision de service public qui, il faut bien le dire, a délié les cordons de sa bourse sans grand enthousiasme. Au Boulevard Reyers, on avançait plutôt à reculons devant cette entreprise jugée hasardeuse et trop risquée. Au dernier moment, on a finalement dit " oui " après beaucoup de " non "… et sans vraiment y croire. Sorti sur les écrans le 21 mars 1988, ce long métrage sur l’histoire d’un chanteur d’opéra qui abandonne la scène, pour transmettre son savoir à de jeunes élèves, fait immédiatement sensation. Le Maître de Musique est un très grand succès populaire.

Qui est Gérard Corbiau ?

Avant de devenir cinéaste, Gérard Corbiau est d’abord un homme de télévision. A la fin des années 60, il est engagé comme réalisateur à la RTBF où il travaille pour le Journal télévisé puis au service des reportages, où il côtoie les journalistes Josy Dubié, André Dartevelle, Pierre Manuel et Raoul Goulard. Des années passionnantes et formatrices.

Au début des années 80, Gérard Corbiau quitte le reportage pour le service Musique. C’est là que commence l’histoire du Maître de Musique…

L’idée du Maître de Musique germe dans l’esprit de Luc Jabon, scénariste et réalisateur, qui la soumet à Gérard Corbiau. Ensemble, les deux hommes commencent à développer le scénario.

Une entreprise semée d’embûches

Très compliqué quand tout le monde dit non. En Belgique, les espoirs de financement fondent comme neige au soleil. A Paris, le producteur Daniel Toscan Duplantier refuse de s’engager. A la RTBF, on ne peut pas dire que le projet recueille un soutien franc et massif. Le projet semble dès lors très/extrêmement compromis. Jusqu’au jour où la Communauté française s’en mêle…

José van Dam et Anne Roussel dans Le Maître de musique

Gérard Corbiau entrevoit enfin le bout du tunnel. Il va pouvoir tourner son film, après 5 ans de tractations, d’espoirs et de déceptions. Parmi les tâches les plus importantes, il y a le choix des comédiens. José van Dam sera Joachim Dallayrac.

Elément central du film, la musique fait aussi l’objet d’une attention très particulière, lors de la préparation du film. Elle est interprétée en grande partie par l’Orchestre symphonique de la RTBF, qui n’a pas encore été démantelé à l’époque. Les enregistrements ont lieu plusieurs mois avant le tournage, en présence notamment de José van Dam. Là encore, des difficultés apparaissent.

La production dispose d’un budget restreint. Ce qui implique notamment que le film doit se tourner impérativement en Belgique, dans des lieux pas trop éloignés les uns des autres. Les possibilités de décor qui s’offrent à Gérard Corbiau sont dès lors assez limitées. Le tournage débute au printemps 1987 et dure 8 semaines, ce qui est peu pour un film d’époque, tourné en extérieur, et en costumes.

La suite de cette histoire sera beaucoup plus heureuse, presque inattendue : le succès, la reconnaissance, la joie et les récompenses.

Ecoutez le 1er épisode de cette émission d’Eric Loze, avec le concours de la SONUMA

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Le Maître de Musique

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Une success story !

Le Maître de musique est un film dans lequel les regards, les gestes et les silences comptent tout autant que la parole. Si José Van Dam chante lui-même les airs d’opéra et les lieders de son personnage, Joachim Daleyrac, ce n’est pas le cas des comédiens Anne Roussel, Philippe Volter et Marc Schreiber dont les chants sont interprétés par deux artistes lyriques, Dinah Bryant et Jérôme Pruett.

Le Maître de Musique reste à l’affiche pendant plusieurs mois en Belgique, aussi bien à Bruxelles que dans les autres régions du pays. Il accumule plus de 100.000 entrées rien que pour l’année 1988. Un record absolu pour un long métrage belge.

Le film séduit de nombreux distributeurs étrangers, grâce notamment à sa projection en marge du festival de Cannes qui est aussi un immense marché du cinéma international. C’est ainsi que le Maître de Musique sort dans plus de 60 pays parmi lesquels la France, les Pays Bas, l’Allemagne, l’Espagne, Israël, le Japon, Hong Kong, l’Afrique du Sud, le Canada ou encore les Etats-Unis.

La RTBF, la Communauté française et la société K2 One de Dominique Janne, ont déposé sur la table à l’époque, 72 millions de francs belges, l’équivalent actuel de 3 millions d’euros, pour produire le film. Autant dire qu’avec un tel succès, le retour sur investissement a été garanti, entre 5 à 10 fois la mise de départ.
 

Ecoutez le 2e épisode de cette émission d’Eric Loze, avec le concours de la SONUMA

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Le Maître de Musique - partie 2

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Les séquences d’archives entendues dans Le Fantôme de la Radio sont extraites des émissions suivantes :

Le Monde du Cinéma, de Selim Sasson
Info Musique de Michel Bero
Rencontre avec Dolorès Oscari et avec D
aniel Stevens
Point de Mire de Gérard Valet

Merci infiniment à Gérard Corbiau d’avoir livré avec tant de franchise ses souvenirs au Fantôme de la Radio, 33 ans après la sortie de son film.


 

Et en bonus, un extrait du film

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