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Environnement

Réchauffement climatique : les animaux ont plus de difficultés à communiquer via les odeurs

Les pucerons ne sentent plus venir la menace d’un prédateur et ne peuvent plus avertir leurs congénères à cause du changement climatique !
18 mai 2022 à 04:00 - mise à jour 18 mai 2022 à 11:46Temps de lecture3 min
Par Thierry Vangulick

Nous les Humains, c’est la vue, la parole, l’ouïe ou le toucher qui nous aide à communiquer entre nous et avec le monde extérieur. Mais pour beaucoup d’espèces animales, c’est l’odorat qui est le principal langage. Beaucoup d’insectes ou d’animaux marins communiquent grâce à des molécules odorantes qui leur transmettent des informations sur leur environnement et sur les menaces qui les entourent. "Les odeurs sont leurs propres mots", explique François Verheggen, professeur de zoologie à l’Université de Liège. Sa passion et son principal sujet d’étude : les pucerons ! Et c’est comme entomologiste qu’il a été amené à participer à une étude internationale sur les perturbations de la communication chimique entre les organismes vivants. Perturbations provoquées par les dérèglements climatiques.

Des chercheurs de l’université de Hull en Ecosse, de Plymouth en Angleterre, d’une université allemande et de l’Université de Liège ont publié une étude qui met en évidence les effets potentiellement dramatiques du réchauffement climatique sur les modes de communication par l’odeur de certaines espèces.

Les pucerons rendus muets

Exemple : les pucerons de François Verheggen, qui raconte : "Ils n’ont qu’un seul moyen de défense contre leurs prédateurs, leur nez ! En l’occurrence, ce n’est pas un nez mais des antennes qui détectent de loin l’odeur d’une coccinelle par exemple."

L’expert a notamment pu remarquer, dans un exemple concret, que les communications entres ces insectes pouvait être perturbées : "Normalement, quand ils entendent arriver leur ennemi juré, ils lancent un cri d’alarme sous forme de molécules qui sont dispersées dans l’environnement. Les autres pucerons perçoivent cet avertissement et se laissent tomber des plantes sur lesquelles ils se trouvent et se mettent à courir dans tous les sens pour échapper à la coccinelle. Ça marche plus ou moins bien mais cela les protège quand même."

Néanmoins, ce mécanisme de protection semble moins efficace avec le réchauffement climatique. La force du signal d’alarme diminue à cause de l’augmentation globale de la chaleur. Celle-ci provoque une plus large et plus rapide dispersion des odeurs et donc une perception moins efficace : "Nous avons constaté durant l’étude que ce cri d’avertissement est moins perceptible, la 'sirène d’alarme' marche moins fort. Les pucerons ne perçoivent plus le danger à temps et se font dévorer." précise François Verheggen.

Déséquilibre de la chaîne alimentaire

Cette observation ne s’arrête cependant pas aux pucerons, d’autres espèces animales sont également touchées : "Les autres chercheurs qui ont participé à cette étude font le même genre de constat pour les animaux marins. Les moules émettent désormais des odeurs plus fortes dans l’eau, ce qui les rend plus repérables pour leurs prédateurs comme l’écrevisse ou le crabe. Et ce phénomène serait dû à l’acidification de l’eau, liée à la pollution marine."

Les moules sont aussi impactées par ce phénomène.
Les moules sont aussi impactées par ce phénomène. Belga

L’étude met aussi en relief, le risque de voir toute la chaîne alimentaire et les équilibres écologiques complètement perturbés explique François Verheggen : " Il n’y a pas encore de mesure de l’impact que ce genre d’évolution va engendrer pour le monde animal. Les scientifiques commencent seulement à prendre conscience de ces phénomènes et de leurs conséquences possibles."

"Imaginez : " poursuit François Verheggen, "l’abeille se nourrit en se repérant grâce à l’odeur des fleurs, se défend contre ses ennemis parce qu’ils ne sentent pas comme elle. Si son système olfactif est perturbé, elle risque tout simplement de disparaître. Et il n’y a pas de raison que cette évolution ne concerne pas la plupart des insectes pollinisateurs, voire beaucoup d’autres espèces animales. Et le chercheur de conclure : "Le risque est énorme… !"

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