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Un jour dans l'histoire

Le lait : entre remède miracle et empoisonneur d’enfants

03 août 2022 à 05:30Temps de lecture3 min
Par RTBF La Première

De la Renaissance, qui sacralise le breuvage nourricier, à sa production intensive au vingtième siècle, des nourrices soupçonnées de tous les maux à la propagande d’après-guerre, voici une histoire du lait, avec Didier Nourrisson.

Didier Nourrisson est professeur émérite d’histoire contemporaine de l’Université Claude Bernard Lyon I. Il est l’auteur de l’ouvrage Du lait et des hommes – Histoire d’un breuvage nourricier de la Renaissance à nos jours, aux Editions Vendémiaire. 

Beurre, camembert, pâte dure, molle, lait de vache, de chèvre, mais aussi maternel ou en poudre… Les produits laitiers, du biberon à l’assiette, sont un pilier de notre civilisation. Avec ce livre, Didier Nourrisson montre que le lait est en nous depuis l’origine du monde, depuis la naissance des hommes.

La Renaissance : allaitement et nourrices

La Renaissance va sacraliser le lait comme origine de la vie, à travers la figure de Marie allaitante, pour rapprocher le Dieu de l’homme. Il devient plus présent dès lors qu’il tète le sein de sa mère.

La scène de la maternité devient alors un classique de l’histoire de l’art et le désir d’allaiter devient la norme chez les jeunes mères.

Quand on manque de lait, on a recours à diverses pratiques : on se rend à la grotte virginale, on frotte son sein sur la statue de la Vierge, on implore Notre-Dame du Bon Lait. On évite certains aliments comme l’ail, on consomme plutôt du fenouil ou de la bière pour améliorer la lactation.

Le recours à la nourrice s’inscrit dans un véritable système de nourrices mercenaires, qui connaîtra son intensité au 19e siècle, lors de la Révolution industrielle, entre les bourgeoises qui ne veulent pas ou ne peuvent pas allaiter et les ouvrières qui n’ont pas le temps ou la possibilité de le faire.

Il y a les nourrices qui vivent chez leurs patrons, pendant des mois ou parfois des années, pour assurer l’allaitement, et qui viennent parfois de très loin. Et il y a les nourrices qui reçoivent l’enfant chez elles tout en nourrissant le leur, avec la conséquence que leur propre bébé est souvent moins bien alimenté.

De la chèvre à la vache

Au Moyen Âge, c’est le lait de chèvre ou de brebis qui sert à la consommation. La vache est plus rare, parce qu’elle est beaucoup plus chère à acquérir et à nourrir. Par ailleurs, elle sert à autre chose : à la traction animale ou encore pour sa peau ou pour sa viande.

A la Renaissance, la vache va bousculer les habitudes alimentaires. On en voit de plus en plus en Bretagne, en Normandie, dans les pâturages d’altitude. Cette vague de lait va avoir une heureuse conséquence : le développement d’une extraordinaire variété de fromages.

Le buveur du lait reste toutefois associé à la rusticité, face à l’élégance du buveur de vin.

La révolution industrielle va bouleverser les habitudes de consommation. Les qualités nutritionnelles du lait sont mises en avant. Tout le monde consomme du lait. Il va rythmer le quotidien alimentaire des gens : du lait au petit-déjeuner, avec le café ou le chocolat, aux sauces et aux fromages lors des repas.

Problèmes sanitaires

Le lait tourne très vite et les problèmes de transport et de conditionnement sont permanents, d’autant plus que le lait est transporté de plus en plus loin. Jusque dans les années 1950, le lait est livré dans des bidons, reconditionné dans des bouteilles, et tout cela cause de sérieux problèmes d’hygiène.

Des épidémies au lait vont se développer, avec une mortalité parfois très élevée. Le lait frelaté est un grave problème en particulier dans les années 1900, lorsqu’on ajoute au lait de l’eau parfois non potable.

Pour la santé des bébés, on va être de plus en plus attentif à la qualité du lait mais aussi des biberons. Le biberon de la grande société Robert (à l’origine du terme les 'roberts' pour désigner les seins) était fabriqué autour d’un tube, qui favorisait le développement de bactéries nocives. On a parlé de biberon tueur et il a été interdit après la première guerre mondiale.

La vague blanche

Dans la 2e partie du 20e siècle, l’économie du lait change, un nouveau système de production se met en place. On parle de vague blanche, avec l’irruption du lait dans toutes les sociétés, dans les mentalités, dans la culture générale.

La publicité pour le lait est partout, y compris via la propagande de l’Etat, dans une collaboration intime entre le privé et le public, avec des entreprises comme Nestlé, Lactalis, Danone et bien d’autres. Le développement des grandes surfaces dans les années 1960, dans toute l’Europe, fait exploser la vente du lait sous toutes ses formes.

Aujourd’hui, on navigue entre les laits industriels et les laits qui se veulent plus respectueux de l’homme, de l’animal, de la nature.

Le lait est devenu un enjeu politique et sociétal. Le féminisme n’est pas toujours d’accord avec la valorisation de l’allaitement maternel. Il faut savoir que plus des deux tiers des femmes allaitent leur enfant pendant en moyenne 3 mois.
 

Ecoutez les explications de Didier Nourrisson

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