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Littérature

"Le K ne se prononce pas", des nouvelles d'ailleurs

"Le K ne se prononce pas", des nouvelles d'ailleurs

Dans son recueil de nouvelles, l'autrice canadienne Souvankham Thammavongsa évoque âprement l'existence des immigrés laotiens.

Comment prononcer le mot “knife” ? Pour celles et ceux qui ont toujours baigné dans la langue de Shakespeare, la réponse est évidente : le k est muet. Mais pour les autres, c'est quelque chose à apprendre. Le savoir est nécessaire pour se fondre dans le monde anglophone et l'ignorer revient à souligner sa différence, à déclarer ouvertement “je ne suis pas né ici”.

Chacun des personnages des nouvelles de Souvankham Thammavongsa fait d'une manière ou d'une autre l'expérience de cette altérité. Joy, la petite fille qui ne sait pas prononcer “couteau”, mais aussi Jai, le chauffeur de bus qui refuse que son prénom soit américanisé, ou cet ouvrier qui ne sait pas que lorsqu'on siffle le mot “thief” sur son passage, c'est pour le traiter de voleur. D'autres s'engouffrent dans la brèche de leur pays d'adoption, en changeant de prénom ou se prenant de passion pour sa musique. Tous portent en eux des traces de leur pays d'origine — le Laos — qu'ils ont fui ou que leurs parents ont fui dans la foulée de la guerre civile. Comment faire pour exister dans un pays qui refuse d'être le nôtre ? Que faire de l'héritage culturel de ses parents quand toute la société  nous pousse à l'abandonner ? Comment rêver dans un pays qui fait de nous des parias ?

Ces questions, l'autrice Souvankham Thammavongsa les connaît intiment, elle qui est née dans un camp de réfugiés en Thaïlande avant d'émigrer au Canada. Avec son recueil de nouvelles “Le K ne se prononce pas”, elle établit un panorama de la diaspora laotienne peu réconfortant. Rêves brisés, pertes de repères et injustices habitent presque tous ses personnages. Avec son écriture aiguisée et lapidaire, il ne lui faut que quelques phrases, voire quelques paragraphes pour saisir l'essence de leurs existences flétries. Le livre est parfois étouffant à force d’accumuler les malheurs pour ses protagonistes, mais il ne sombre jamais dans l'excès de pathos. Dans les actes dérisoires, magnifiques, terribles, lâches, courageux ou absurdes de ses personnages, il y a toujours quelque chose d'authentique, de vrai. Aucune des nouvelles ne prétend être autre chose que de la fiction, mais il y a du vécu à chaque page.

"Le K ne se prononce pas" ("How to Pronounce Knife: Stories") de Souvankham Thammavongsa, traduit de l'anglais par Véronique Lessard, Mémoire d'encrier, 136 pages.

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