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Le "jubensha", ce Cluedo grandeur nature qui inquiète les autorités chinoises

Le "jubensha", ce Cluedo grandeur nature qui inquiète les autorités chinoises.
20 juil. 2022 à 12:00Temps de lecture2 min
Par RTBF avec AFP

Se transformer, le temps d'une soirée, en enquêteurs. Voici la promesse des "jubensha", ces jeux d'évasion qui font fureur en Chine. S'ils sont très populaires auprès de la jeunesse du pays, ils font de plus en plus les frais de la censure de Pékin. Décryptage.

Le "meurtre scripté" emballe la jeunesse chinoise

Réunir quelques collègues ou amis pour résoudre des énigmes : voici à quoi ressemblent les soirées de nombreux millennials chinois. Ils se glissent momentanément dans la peau de Sherlock Holmes ou de Hercule Poirot lors de parties de "jubensha" ("meurtre scripté" en chinois).

Ces jeux de rôle en forme d'enquête pour meurtre ont vu le jour en 2016 dans l'Empire du Milieu.

Ils s'inspirent des "murder parties" que l'on retrouve dans les romans d'Arthur Conan Doyle et d'Agatha Christie mais aussi de "Who's the Murderer". Cette émission de divertissement est particulièrement populaire auprès des jeunes téléspectateurs chinois selon Dao Insights. Chaque épisode suit un groupe de célébrités qui tente de résoudre un meurtre mystérieux en rassemblant des indices.

Les "jubensha" suivent le même principe, tout comme les "escape games". Toutefois, les aficionados de ces jeux de rôle chinois n'hésitent pas à s'habiller ou même à parler comme le personnage dont ils ont pris l'identité dans le cadre de l'enquête. Ils sont de plus en plus nombreux à tenter l'expérience, quoi qu'il leur en coûte. Le cabinet d'analyse iiMedia Research estime que les fans de "jubensha" ont consacré 2,7 milliards de dollars à ce jeu en 2021. 

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Bientôt censuré ?

Les autorités chinoises voient toutefois d'un mauvais œil cet engouement pour les jeux d'enquête. Elles s'inquiètent au sujet des scénarios de "jubensha" qui échappent, jusqu'à présent, à toute forme de censure. Ils pourraient"exposer la jeunesse du pays à des contenus obscènes et violents et même porter atteinte à leur santé". Une étudiante de 22 ans aurait ainsi été hospitalisée après avoir joué une partie de "jubensha", comme le rapporte The Economist en citant un média d'État chinois. Le scénario du jeu l'aurait tant terrorisée qu'elle souffrirait désormais d'une hémorragie cérébrale.

Beaucoup d'internautes chinois craignent, à raison, pour l'avenir du "jubensha" après cette affaire.

Cela fait plusieurs mois que Pékin a entrepris de recadrer sévèrement l'industrie du divertissement, accusée de corrompre la jeunesse du pays.

Les jeux vidéo en ont fait les frais. Le régulateur de l'audiovisuel, de l'édition et de la radiodiffusion a annoncé en août 2021 qu'il allait limiter le gaming pour les mineurs à trois heures par semaine. Tencent, NetEase et d'autres développeurs de jeux vidéo ont également été sommés de mieux vérifier et filtrer les jeux en ligne en interdisant strictement les contenus incluant des scènes de pornographie et des images sanglantes.

Les autorités chinoises ont dorénavant le "jubensha" dans le viseur. Shanghai est ainsi devenue en janvier la première ville du pays à réglementer les scénarios de ces jeux de rôle afin d'interdire ceux qui font la promotion du sexe, de la violence et qui "menacent la sécurité nationale". Plus récemment, le gouvernement central a déclaré que les Chinois de moins de 18 ans ne pourront plus se rendre dans les salles de "jubensha" sauf le week-end et les jours fériés. Il y a fort à parier qu'il en faudra plus pour affaiblir l'intérêt que porte la jeunesse du pays à ce divertissement.

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