RTBFPasser au contenu

Le journal du web

Le Journal du web - Alep, propagande et contre-propagande

Le Journal du web - Alep, propagande et contre-propagande
15 déc. 2016 à 10:21 - mise à jour 15 déc. 2016 à 10:213 min
Par Damien Roulette

Les informations qui nous parviennent d'Alep sont évidemment sujettes à caution et provoquent de nombreux débats en ligne. Une vidéo en est devenue l’illustration : on peut y voir une journaliste canadienne, Eva Bartlett, répondant aux questions d'un journaliste norvégien:

ONU : une journaliste démonte en deux minutes la rhétorique des médias traditionnels sur la Syrie

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Cette vidéo est donc intitulée "Une journaliste démonte en deux minutes la rhétorique des médias traditionnels sur la Syrie". Il s'agit en fait de l'extrait d'une conférence organisée par la délégation syrienne à l'ONU que vous pouvez trouver sur le site de RT,  ex-Russia Today.

RT est une chaîne russe d'information en continu financée par Moscou, une chaine d'information qualifiée d'instrument de propagande pro-Kremlin par Washington notamment. Ce qui est remis en cause ici, ce sont les sources d'informations et la crédibilité des médias de l' "establishment". Comprenez, les "médias occidentaux, à la solde des pouvoirs européens et américains".

 

Le cas irakien

 

Si cette vidéo connaît un certain succès, c'est bien parce que les citoyens belges, européens, américains, russes, etc. cherchent à comprendre et à savoir ce qu'il se passe à Alep. Les citoyens font donc preuve de raisonnement critique et heureusement, serait-on tenté de dire. Plusieurs études montrent, en effet, que la méfiance vis-à-vis du monde politique et vis-à-vis des journalistes ne fait que grandir. Par ailleurs, les informations en provenance du Proche et du Moyen-Orient sont toujours sujettes à caution. Leur interprétation relève toujours d'un certain agenda politique, surtout en temps de guerre. L'exemple le plus frappant dans le cas de la Syrie (un exemple qui revient souvent dans les arguments de méfiance vis-à-vis des médias occidentaux), c'est l'invasion de l'Irak en 2003. Une invasion basée sur un rapport de l'administration Bush faisant état de l'existence d'armes de destruction massive en Irak. La suite de l'histoire avait prouvé que ce rapport était faux et construit de toute pièce par Washington.

 

Que nous dit cette vidéo?

 

Dans cette vidéo, la journaliste canadienne explique notamment qu'il n'y a pas d'organisation internationale sur place. Il faut donc regarder sur quelles bases les journalistes travaillent pour couvrir l'évolution de la situation à Alep.

Il y a d'abord les témoignages directs des habitants. Des photos, des vidéos, des commentaires circulent sur Twitter. La crédibilité de ceux-ci a été mises en question mais, in fine, l'authenticité de plusieurs de ces comptes Twitter a été confirmée.

La grande difficulté dans le cas de la Syrie, c'est qu' il n'y a que de très rares journalistes sur place. Dès 2011, le régime de Bachar el-Assad a interdit aux journalistes de travailler légalement dans le pays. Il est donc très difficile d'avoir des sources d'informations indépendantes.

Et puis, il y a les organisations humanitaires présentes sur place. Si ces organisations travaillent, elles le font avec l'accord soit du régime syrien, soit de l'un ou l'autre groupe rebelle. Il y a par exemple les " Casques blancs", listés parmi les vainqueurs potentiels du Prix Nobel de la Paix en 2016. Autre exemple, des médecins qui travaillent en collaboration avec Médecins du monde et qui témoignent de leur quotidien.

Il faut raison critique garder

L'analyse d'un conflit (et a fortiori dans le cas de la Syrie) n'est pas noire ou blanche. S'il faut tenir à l'oeil l'agenda politique,  il est également bon de se méfier des discours qui brandissent l'étendard de la contre-propagande.

Sur son blog, Eva Bartlett explique qu'elle s'est rendue à Alep en novembre avec 13 autres journalistes lors d'une visite organisée par les autorités syriennes. 

La méfiance reste donc le maître mot et il est fort probable que journalistes et citoyens en apprendront beaucoup sur les quartiers d'Alep-Est dans les jours, les semaines, les mois qui viennent. Nous saurons alors si le travail journalistique a été indépendant ou non.

Damien ROULETTE

Loading...

Le Journal du Web de Damien Roulette

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Articles recommandés pour vous