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Belgique

Le "jobs deal" : du boulot, et de l'argent pour l'Etat (théoriquement)

Le "jobs deal" : du boulot, et de l'argent pour l'Etat (théoriquement)
24 juil. 2018 à 18:59 - mise à jour 24 juil. 2018 à 18:593 min
Par Himad Messoudi

On doit l’avouer : ce mardi matin, lors de la conférence de presse de présentation de "l’accord de l’été", on a haussé un sourcil en constatant l’absence d’éléments chiffrés sur la façon dont le gouvernement fédéral s’est entendu pour trouver 2,6 milliards d’euros, de quoi tenir la trajectoire qui doit permettre de retrouver l’équilibre en 2020 (et arriver à 0,6% de déficit en 2019). La ministre compétente, Sophie Wilmès, s’est livrée à un bilan de son action (et de celle de son prédécesseur, Hervé Jamar), car l’épure 2019 est le dernier exercice budget de la libérale. 

Un seul chiffre concernant le budget a été présenté à la presse : le "soutien à l’assainissement budgétaire" du "jobs deal" : 505,4 millions d’euros en 2019. Ce montant représente 21% de l’effort à fournir, un chiffre très significatif. Alors, comment l’équipe suédoise espère y arriver ? La réponse tient en 28 mesures… et un petit calcul.

Un chômeur en moins, 40.000 euros en plus

Le "jobs deal", c’est donc 28 mesures, visant à combler une partie des fameux "emplois en pénurie". Certaines mesures sont "gratuites", elles ne coûtent rien au gouvernement, mais devraient permettre à des chômeurs de trouver de l’emploi, comme la volonté d’apporter de la "sécurité juridique pour des actions positives que mène un employeur" envers certains publics "à risque", comme les plus de 55 ans, les jeunes, les personnes peu scolarisés, ou encore les chômeurs issues de minorités ethniques. Ou encore, ce droit à l’outplacement pour les travailleurs dont le contrat se termine pour raison médicale. Cet outplacement coûte 1800€, et est à la charge des fonds sectoriels. 

D’autres mesures coûtent* à l’Etat : "l’immunisation fiscale forfaitaire pour de nouvelles primes octroyées aux régions pour les demandeurs d’emplois en formation/stage dans un métier en pénurie", de quoi apporter un solide coup de pouce financier à celui ou celle qui retrouve un emploi. En cas de formation qualifiante ou de stage dans un métier défini en pénurie, un gel de la dégressivité des allocations de chômage est également au programme : là aussi, c’est un coût pour l’Etat. Citons, comme autre exemple, une réduction du coût du travail (entre 6% et 18%) en cas d’engagement d’un jeune âgé de 18 à 21 ans. 

Mais n’imaginez pas que pour chaque mesure, un tableau existe avec ce que cela pourrait coûter au budget, ce que cela pourrait rapporter, pour ainsi arriver aux 505,4 millions de "soutien à l’assainissement budgétaire". Non, à bonne source, nous avons appris que le gouvernement s’est intéressé au coût représenté par un chômeur, et à l’argent que rapporterait un retour au travail. Et pour ce faire, l’équipe Michel s’est basée sur une étude du Bureau du Plan datant de 2004 intitulée "Coût budgétaire d’un chômeur de 1987 à 2002", à lire sur le site du BfP. On y apprend qu’en tenant compte du versement des allocations de chômage, du manque à gagner en cotisations sociales personnelles, patronales, en impôts directs et indirects, le "coût" d’un chômeur représentait, en 2002, 25.682€. Rajoutez-ci l’indexation, on arrive autour de 40.000€. 

Partant des 134.570 postes dans des emplois actuellement en pénurie, le gouvernement prévoit, de façon prudente, qu'environ 10% de ces emplois seront comblés par l'action combinée des 28 mesures. La suédoise table sur la création de 12.500 emplois sur l'année 2019, 12.500 emplois en pénurie occupés par un chômeur. 12.500 multipliés par 40.000 donne 500 millions, les fameux 500 millions escomptés pour combler le déficit en 2019. Des jobs, et de l'argent pour l'Etat. En théorie. Les Régions, et encore plus les Actiris, Forem et VDAB auront une part de responsabilité importante dans le maintien des finances publiques de l'Entité I, à savoir le fédéral. Ah, ce fédéralisme belge...

 

*Selon le gouvernement, la dégressivité accélérée des allocations de chômage n'est pas considérée comme une économie ou une dépense car la somme supplémentaire reçue par les chômeurs pendant les six premiers mois est compensée par l'accélération de la dégressivité dans la deuxième période, avant de tomber au plancher, qui ne change pas par rapport à la situation actuelle.

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