RTBFPasser au contenu

Monde

Le HDP : un parti d'opposition turc mis sous pression

Le HDP : un parti d'opposition turc mis sous pression
01 nov. 2015 à 16:18 - mise à jour 01 nov. 2015 à 16:183 min
Par Aurélie Didier, envoyée spéciale à Istanbul

Qui sont les membres du HDP, le parti démocratique des peuples? Une épine dans le pied du parti islamo-conservateur AKP ! Ce parti d'opposition veut représenter la diversité et les minorités turques : Kurdes, féministes, gays, Arméniens ou encore jeunes progressistes. Mais le HDP est aussi régulièrement mis sous pression et affirme défendre la liberté d'expression face au président turc Recep Tayyip Erdogan. Découverte de ce nouveau parti à travers les portraits croisés d'une candidate écologiste et de jeunes militants universitaires.

La sécurité est renforcée et les fouilles sont devenues systématiques lors des événements organisés par le HDP. Les membres de ce parti d'opposition se sentent menacés. Leurs idées dérangent certains en Turquie.

Beyza Üstün, candidate et députée HDP, est invitée pour un dernier meeting dans un faubourg à Istanbul avant les élections. C'est une professeur d'université, écologiste et féministe. "le président Erdogan dit que les femmes doivent d'abord être mariées, et elles doivent avant tout élever beaucoup d'enfants. Il a des idées de dictateur. Ce mode de pensée dictatoriale vient d'une mentalité machisme. Ici, nous sommes des femmes, et notre parti défend les femmes".

Ce parti veut rassembler toutes les minorités en Turquie. Et cela fonctionne.

Le HDP est entré pour la première fois au parlement aux élections de juin dernier. Il a fait perdre la majorité absolue à l'AKP, le parti islamo-conservateur qui était au pouvoir depuis 13 ans.

Mais le HDP est mis sous pression. Il a été plusieurs fois visé par des attaques violentes et meurtrières, comme lors d'une marche pour la paix à Ankara le 10 octobre dernier. Plus de 100 personnes sont décédées lors d'un double attentat, la grande majorité des participants étaient des sympathisants du HDP. La députée Beyza Üstün refuse de céder à la panique: "Je n'ai pas peur. Nous voulons construire une vie meilleure dans notre pays, la liberté est très importante pour moi."

"Écouter de la musique kurde, c'est une activité criminelle"

Elle ne veut pas avoir peur. Mais elle est en colère en participant à une autre conférence dans le centre d'Istanbul. Les organisateurs de l'événement affirment que 200 étudiants ont été emprisonnés depuis le mois de mai. Leur faute, avoir insulté le président turc, entre-autre. L'un d'eux , Hakan Demir, a envoyé une lettre depuis la prison à son ami Derya Baris, étudiant en langue et littérature turque à lUniversité du Bosphore à Istanbul. Il lit quelques extraits devant l'audience : "Ils ont un dossier contre moi, ma musique, mes livres. Mais ce sont des soit-disants preuves."

Plusieurs amis du jeune étudiant emprisonné étaient présents à la conférence et militent pour le HDP. A la sortie, ils se dirigent vers le quartier de l'Université du Bosphore. Tous affirment que le parti au pouvoir en Turquie est plus en plus autoritaire. leur ami en a fait les frais. Dans le bus, leur dialogue est révélateur de la confusion qui règne au sujet de la liberté d'expression :

"-En Turquie, lire des livres politiques, écouter de la musique kurde ou folklorique, c'est une activité criminelle.

- Non non, ce n'est pas un crime selon la loi!

- C'est un crime selon le gouvernement...

Un homme intervient: Oui c'est cela"

Le HDP, le parti de toutes les minorités

Ces jeunes veulent en finir avec les idées de l'AKP et du président Erdogan. Dans leur quartier général, un café proche de l'université, ils rassemblent les tracts à distribuer. Pour Asli Azarpa, étudiante en didactique, le HDP est une vrai alternative."En Turquie, c'est la première fois qu'il y a une femme co-présidente dans un parti. Nous avons deux co-présidents. En fait le HDP, ce n'est pas seulement le parti des Kurdes, c'est le parti de toutes les minorités. Arméniens, Kurdes, féministes ou encore homosexuels."

Ils sont tous volontaires pour la distribution des tracts en rue et se séparent en petits groupes. Mais deux d'entre-eux, Derya et Deniz, se retrouvent seuls dans quartier, et la situation s'envenime. Des militants nationalistes les menacent et leur ordonnent de quitter le quartier. Les deux jeunes militants du HDP hésitent, puis Derya explique à son camarade qu'elle préfère ne pas envenimer la situation : "Je ne veux pas avoir de problème alors qu'on est si proches des élections." Ils quittent le quartier. Ces jeunes militants savent qu'ils doivent éviter certains districts d'Istanbul car la menace d'agression est réelle.

Le parti HDP: qui sont les opposants à Erdogan?

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Articles recommandés pour vous