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Le GHB, "la drogue du crime parfait"

Le GHB, "la drogue du crime parfait"
21 déc. 2021 à 16:373 min
Par RTBF La Première

Le GHB, ou gamma-hydroxybutyrate, aussi connu comme la drogue du viol, a largement fait l’actualité ces derniers mois. On parle aussi de soumission chimique. Explications avec Pierre Schepens, psychiatre, directeur général médical de Silva Médical.

Quels usages médicaux pour le GHB ?

Au départ, l’usage médical du GHB a été découvert, dans les années 60, par Henri Laborit, chirurgien anesthésiste et chercheur en neurosciences, qui a étudié ses propriétés d’anesthésiant. Le problème est que le produit n’était pas antalgique, il n’agissait pas sur la douleur. Le GHB rentre donc un peu dans le produit qui a permis de développer l’anesthésie, même s’il y a une place très marginale.

Le produit a aussi des usages dans les addictions. On traite les dépendances avec des produits de substitution et le GHB est testé dans certains pays pour les problèmes d’alcool ou de diverses drogues.

Il est également utilisé dans ce syndrome rare de la narcolepsie cataplexie, où les personnes s’endorment en pleine journée, ainsi que dans la fibromyalgie, pour son effet sur le relâchement musculaire.

Au-delà de l’usage médical

Depuis les années 80, on a aussi recours au GHB pour diverses activités récréatives et criminelles.

A petites doses, il permet de se sentir bien, détendu. Il a un effet positif sur la stimulation sexuelle, ce qui constitue l’un de ses dangers. Il est utilisé dans les salles de bodybuilding pour son effet relaxant et pour son action sur l’hormone de croissance.

Mais quand on monte dans les doses, le GHB peut provoquer des crises d’épilepsie, une somnolence qui peut aller jusqu’au coma, voire jusqu’à la mort.

Depuis l’affaire des bistrots à Ixelles, depuis #Balance ton bar, le GHB est revenu sur le devant de la scène.

"C’est presque le crime parfait : il est incolore, inodore, à part un léger goût salé. Donc, on ne va pas le voir, on ne va pas le sentir, on ne va pas en ressentir l’effet directement. Avec une petite fiole liquide, c’est vite fait de le verser dans un verre. On ne sait pas ce qu’il y a dedans, c’est toujours une production illégale. Comme c’est mélangé à de l’alcool, à d’autres drogues ou des médicaments, et comme c’est aussi un dépresseur du cerveau, cela peut devenir dangereux assez rapidement", explique Pierre Schepens.

Une autre difficulté, c’est qu’il suffit d’ajouter au GHB un acide pour qu’il redevienne un produit légal, le GBL, qui est un solvant. Il est donc facile pour les délinquants de leurrer les policiers.

Comment agit le GHB ?

Le GHB agit dans une petite zone du cerveau qui est la zone de la vigilance, de la méfiance. Le système d’alerte défaille, on tombe en état de désinhibition, assorti à une stimulation sexuelle, puis, rapidement, on tombe dans un état de somnolence qui peut aller jusqu’au décès. L’état correspond à une ivresse majeure, même si on n’a presque rien bu.

L’autre effet piégeant du GHB, c’est qu’on se réveille le lendemain matin sans plus se souvenir de rien. C’est ce qu’on appelle l’amnésie automatisme : on accomplit les gestes qu’on connaît et on ne s’en souvient pas ensuite.

Difficile à prouver

Les gens qui pratiquent ces actes criminels utilisent aussi des somnifères pour provoquer ces amnésies automatismes. Ces produits ont une courte durée de vie détectable, et il est donc difficile pour les victimes de prouver quoi que ce soit.

Le GHB est éliminé par les urines en 15 heures, par les voies pulmonaires et par le sang en moins de 8 heures. Après 4 semaines, on peut le détecter via les cheveux, mais c’est un test très complexe, qui coûte cher, on parle de 2000€. Et comme on a aussi en nous du GHB endogène, on risque d’être faussement positif ou négatif.

Donc, le GHB est vraiment la drogue du crime parfait. Ses effets peuvent aussi être recherchés pour faciliter un vol ou un cambriolage. L’usage criminel est hélas multifacettes !

Quand on va porter plainte, même si cela change très lentement suite à la pression médiatique, il y a encore une tendance un peu machiste à considérer que la victime est un peu responsable. D’où l’importance de la réception du témoignage. La plupart des femmes qui parlent aujourd’hui, elles ne parlent pas parce qu’une femme a parlé. Elles parlent parce qu’une femme a parlé et qu’elle a été entendue.

Les conseils de Pierre Schepens

En soirée, il est absolument recommandé de surveiller son verre tout le temps, de le couvrir, de ne pas l’abandonner et y revenir ensuite, d’observer aussi la fabrication du cocktail, de choisir une boisson en bouteille plutôt qu’en verre.

La première démarche à faire, lorsqu’on se réveille dans un état bizarre, sans se souvenir de rien, après une soirée, c’est de se rendre chez son médecin ou aux urgences pour obtenir un constat médical, puis d’aller porter plainte à la police.

Tendances Première : Les Tribus

Pierre Schepens: le GHB

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