Football

Le foot bruxellois en verve : la preuve aussi par le Crossing (D3 acff)

Georges Leekens (deuxième joueur à partir de la droite en haut) a porté le maillot du Crossing en D1 de 1970 à 1972.

© Facebook Crossing Schaerbeek

15 déc. 2021 à 10:11Temps de lecture6 min
Par Philippe Bughin

Invaincu depuis neuf rencontres de championnat, le Crossing de Schaerbeek vient d’opérer une remontée spectaculaire au général de la D3 acff série A. Croquera-t-il bientôt la deuxième tranche ?

L'ancien logo remis au goût du jour a été repris cette année.

Derrière Anderlecht, l’Union Saint Gilloise et le RWDM chez les pros, le football bruxellois est aussi représenté au niveau national, chez les Amateurs cette fois par Ganshoren et Jette en D2 acff, Stockel et le Crossing de Schaerbeek, en D3 acff série A.

Evoquer le Crossing, c’est déjà rêver d’une époque que les moins de cinquante ans et un peu plus n’ont pas trop entendu parler.

Voici un bon demi-siècle pourtant, les footballeurs au maillot rayé vert et blanc ont aussi fréquenté la D1 avec des noms comme Georges Leekens, Francisco, Emilio et Manu Ferrera, les Frères Bakkali, Roger Claessen, le milieu de terrain hongrois Karoly Kremer, le gardien Jos Smolders ou encore le buteur Guido Mallants, devenu agent de joueurs par la suite.

 

Erdal Sevik est un président très ambitieux.

Aujourd’hui, lorsqu’on interroge l’entraîneur ou les principaux dirigeants du Crossing de Schaerbeek (D3 acff série A), c’est encore un autre nom qui leur vient immédiatement à l’esprit :

Le finaliste de la coupe du monde 1962, par ailleurs Ballon d’or cette année-là, l’international tchèque Josef Masopust a bel et bien été milieu de terrain, buteur à ses heures du Crossing de Molenbeek, puis de Schaerbeek à la fin des années soixante !

L’épopée actuelle de l’Union St Gilloise voire la nouvelle vie du RWDM chez les pros font rêver, mais pour le président Erdal Sevik, né et établi à Schaerbeek, propriétaire de cafés, d’un salon de coiffure et bientôt un magasin d’articles sportifs, le seul objectif sportif qui a un sens pour son Crossing de fin 2021, c’est celui d’atteindre la D1 amateur d’ici 2027.

"Après avoir été joueur à la Rusas, Waterloo ou Sterrebeek, je suis devenu le président du Racing de Schaerbeek, raconte l’homme fort du Crossing. Nous sommes passés de la P3 à la P1 très rapidement, mais la gestion sur place et, partant l’entente entre les administrateurs n’a jamais vraiment été au zénith. J’ai donc répondu positivement à l’appel du président de Waterloo, Pierre Pirotte pour venir l’assister au pied de la Butte du Lion. Entretemps, en 2012, la Rusas avait fusionné avec Evere, une P1 pour former le Crossing Schaerbeek Evere, avant le Crossing de Schaerbeek tout court. Thierry Forton, qui est président de l’école des jeunes là-bas m’a sollicité en décembre 2013. Le mois d’après, j’entamais, en sa compagnie la construction du Crossing dans sa configuration présente."

Voici deux saisons, celle que nous appellerons la première saison Covid, arrêtée aux deux tiers du calendrier, le Crossing a eu droit à une promotion en D3 acff, étant au moment de l’arrêt du championnat leader de la P1 brabançonne.

Gagner a pris du temps parce que chacun s’occupait trop de sa petite personne

Figure clé au Crossing, Thierry Forton est aussi un grand fandu RWDM et des Diables.

A la mi-décembre 2021, l’équipe de Philippe Wayenbergh, l’entraîneur passé par Huldenberg et Hoeilaart, aux commandes du Crossing depuis quatre saisons trône en tête de la tranche 2, tout en se tenant en embuscade au général, à six longueurs des leaders, l’Union Namur et Binche.

Depuis le 8 octobre et une belle victoire au RCS Brainois, les pensionnaires du Parc Josaphat, à l’Avenue du suffrage universel n’ont plus connu la défaite. La remontada au classement a été spectaculaire puisque sur les douze premiers points mis en jeu, le Crossing n’en avait glané que trois, à la faveur de nuls à Tertre-Hautrage, contre Tamines et à Aische.

Le dirigeant Thierry Forton et l’entraîneur Philippe Wayenbergh se rejoignent quand ils parlent de poisse parmi les facteurs expliquant le mauvais début de saison. Le Crossing se créait beaucoup d’occasions mais ne marquait pas. Les piquets rentrants d’aujourd’hui étaient des piquets sortants, lors des premiers matches.

"Mon noyau est large. Il était de mon devoir de multiplier les changements, les essais pour trouver le bon équilibre, enchaîne l’entraîneur, dont la fonction posa très brièvement question au soir d’une cinglante défaite 1-5 face à Mons. Gagner a pris du temps parce que chacun s’occupait trop de sa petite personne. Il n’y avait pas assez d’envie de passer au-dessus de l’adversaire. A force de changer trop les joueurs en peu de temps, cela coinçait aussi. Le staff a aussi dû se remettre en question car les joueurs recevaient trop d’infos et ne s’y retrouvaient plus. Nous sommes repartis d’une organisation plus simple. Je suis heureux d’avoir vu la sauce se lier car contraindre le groupe à trois entraînements en semaine sans qu’il y ait de résultats au bout du compte ne pouvait pas durer éternellement".

"On est sortis de cette mauvaise passe au bout d’une bonne discussion, terminée par un bon souper pris ensemble", insiste, de son côté le président Erdal Sevik.

N’avions-nous pas transféré trop de copains des copains ?

L'avant centre Mirko Gajanovic, 34 ans a retrouvé ses sensations de buteur ces dernières semaines

"Le déclic est survenu un dimanche après midi au RCS Brainois début octobre, embraye Thierry Forton. Notre gardien Sébastien Van den Eynde a stoppé un penalty, et puis les joueurs ont montré beaucoup de caractère pour aller chercher la victoire. D’un coup, nous, les dirigeants aussi, nous étions libérés d’un poids. Trop de questions nous étaient passées par la tête ; N’avions-nous pas transféré trop de copains des copains qui connaissaient un tel avant de prendre les bons joueurs aux bonnes places ? Le retour en forme de Rodrigue Mbenti, notre box to box a fait beaucoup de bien. Mirko Gajanovic, notre attaquant s’est remis à marquer, le flanc Bryan Lokilo, repris à Durbuy cet été percute enfin de mieux en mieux sur son flanc, le jeune Steven Op’T Eynde s’impose à présent comme un très solide défenseur central. Les plus jeunes ne sont pas en reste. Thierno Diallo, venu de notre école des jeunes ou un Célestin Mic Tshibay qui empile les buts chez les Espoirs montrent aussi à l’occasion que nous avons également des ressources en interne. Tôt ou tard, notre ancien capitaine Olivier Verdeyen, 35 ans, ancien joueur de Lebbeke, Meldert et Ternat retrouvera aussi tous ses moyens après une fracture d’un petit os, encourue face à Stockel. Il a rejoué une heure avec les Espoirs le week-end dernier. Il sait insuffler la gnac sur le terrain et dans les vestiaires. On aura encore bien besoin de lui."

Dimanche dernier, lors de la venue du leader Namur, le Crossing de Schaerbeek a marqué des points devant près de 900 supporters, dont de nombreux jeunes – ils sont plus de 550 affiliés – mis en vitrine à l’occasion du choc au sommet de la D3 acff série A. Si les visités, qui retrouvaient dans le camp d’en face le déroutant Frédéric Rosmolen convoité lors du marché de l’été 2021 ont remporté le duel des titans, c’est d’abord parce que leur jeu haut, orienté vers l’offensive a payé à des moments clés : juste avant et après la pause.

"Nous avons marqué à de très bons moments et nous n’avons pas non plus donné beaucoup d’occasions à cette belle équipe de Namur, analyse Philippe Wayenberg. Il a fallu aussi gagner l’âpre bataille du milieu de terrain. En définitive, personne n’a discuté notre victoire. Nous sommes seuls en tête de la deuxième tranche à présent, mais dans cette série, une défaite est très vite arrivée, les équipes se tenant tellement de près. En négociant bien notre dernier match de l’année à Tertre-Hautrage, puis en gommant le 3-0 pris en début de championnat à Tournai, on pourra se dire qu’on est tout près d’un tour final. C’est excitant d’avoir cette perspective en tête."

Le Brussels Foot European Cup dans le viseur

De son côté, la direction du Crossing, qui partage les installations du Parc Josaphat louées à la Commune avec le FC Schaerbeek, et ce, sans que les deux entités ne soient vraiment attirées l’une par l’autre formule déjà des vœux pour que son grand tournoi international des U8, U9 et U10 (le Brussels Foot European Cup) ait, cette fois bel et bien lieu à Pâques 2022.

"70% des formations que l’on retrouve de saison en saison en Champion’s League viennent ici avec leurs jeunes, reprend fièrement Thierry Forton. Après deux éditions annulées, nos finances ont vraiment besoin de cette organisation qui draine deux mille personnes par jour en temps normal."

Avec ses deux synthétiques et ses deux tribunes, l’une assise et l’autre debout pouvant abriter jusqu’à cinq mille personnes, le Crossing entend profiter au mieux d’un outil qui séduit la jeunesse de l’endroit.

"A côté de notre grand tournoi et la saison de l’équipe A dont on attend encore beaucoup, il y a quelques autres petits projets dans nos cartons pour faire vivre notre grande famille multiculturelle. Mais il est encore trop tôt pour en parler", conclut l’oncle des frères Gursever, lesquels ont fait ou font toujours les beaux jours du foot namurois.

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