Le financement des imams et des mosquées en 3 questions

Qui finance les imams et les mosquées en Belgique?

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Par Radia Sadani

Jean-François Husson, vous êtes chercheur, spécialiste des questions cultuelles, et fondateur de l’Observatoire des Relations Administratives entre les Cultes, la laïcité organisée et l’Etat (ORACLE). Qui finance les imams et les mosquées ?

"Il existe plusieurs sources de financement. La première, qui va financer les imams et les ministres du culte en général, c'est le SPF justice (donc l’État fédéral). Et la deuxième grande source, ce sont les provinces ou à Bruxelles, la région, qui vont financer le déficit des mosquées, mais uniquement des mosquées reconnues. Donc, une mosquée qui n'est pas reconnue n'aura aucun financement. Et à côté de cela, mais c'est d'une importance budgétaire moindre, il y a d'autres départements qui vont financer par exemple les conseillers islamiques dans les prisons, les émissions de radio et de télévision même si ce n'est pas encore concrétisé du côté francophone et vous avez aussi la Communauté française ou les autres communautés qui vont financer les professeurs de religion islamique."

Quelles sont les dates-clés ?

"Il faut bien distinguer reconnaissance et financement. La reconnaissance s'est opérée relativement vite puisque ça remonte à 1974 après une première initiative parlementaire de 1970. Et puis tout un dispositif a été mis en place, des arrêtés d'exécution ont été adoptés par exemple, en 1978, pour financer les mosquées. Mais tout ça est resté lettre morte jusque dans les années 2000 parce qu'il y eut beaucoup de problèmes pour créer un organe représentatif ce qui est aujourd'hui l'Exécutif des Musulmans de Belgique (EMB). Or le système belge ne peut fonctionner que si les pouvoirs publics ont un interlocuteur. C'est ce qui fait que les premiers euros versés l'ont été pour le fonctionnement de l'EMB en 1994. Ensuite sont venus des moyens plus importants, dès 2006 pour la prise en charge des premiers traitements des ministres du culte (les imams). En terme de montants, près de 300 000 euros sont dévolus à l'EMB, et quelques 3 millions d'euros aux traitements. Ce sont les montants inscrits au budget mais pas nécessairement consommés."

Combien de mosquées sont aujourd'hui reconnues en Belgique ?

"L'Exécutif des Musulmans de Belgique recense un peu moins de 300 mosquées sur notre territoire. Toutes ne bénéficient pas d'une reconnaissance officielle. Une petite quarantaine est reconnue en Wallonie, 14 en région bruxelloise et au dernier comptage 24 en Flandre. Précisons que ce nombre évolue mais pas en Wallonie. Les provinces sont réticentes à cause de l'impact budgétaire que cette reconnaissance génère. Par contre, du côté flamand et bruxellois, de nouveaux dossiers continuent à arriver. Mais toutes les mosquées ne souhaitent pas la reconnaissance de l’État. Pourquoi ? Une mosquée reconnue a bien sûr droit à un financement. Mais cela implique aussi différentes formes de contrôle au travers de ce qu'on appelle la tutelle. Et donc il y a des actes administratifs mais aussi les comptes et les budgets qui vont faire l'objet d'un droit de regard de la part des pouvoirs publics belges qu'ils soient locaux, provinciaux ou régionaux selon les cas. Alors dans certains cas ce sont les fidèles qui contribuent directement au financement de la mosquée (comme on le voit par exemple pour des paroisses évangéliques). Mais dans d'autres cas, ce sont des États étrangers qui contribuent au soutien financier de communautés islamiques locales. Le danger à ce moment là c'est l'influence du donateur sur le choix de l'imam, sur la ligne théologique, sur les discours tenus. Au Luxembourg on parle de l'influence du Qatar. Chez nous, derrière la mosquée du Cinquantenaire par exemple, c'est la Ligue islamique mondiale, donc en gros l'Arabie Saoudite."

Radia Sadani

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