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Le droit de manifester en danger, selon Amnesty : "On observe une montée dans l’échelle de la répression"

22 nov. 2022 à 10:26Temps de lecture2 min
Par Marine Lambrecht sur base d'une interview de Sophie Léonard

"Protestons", c’est le slogan très bref et évocateur de la nouvelle campagne d’Amnesty International. L’organisation appelle à la mobilisation face à la menace qui pèse sur le droit de protester à travers le monde. Philippe Hensmans, directeur de la section belge francophone d’Amnesty International, était l’invité de Sophie Léonard ce mardi matin pour évoquer cette campagne. D’après Amnesty, on n’a jamais autant manifesté dans le monde. Ce droit fragile est menacé, même en démocratie, face au durcissement de la réponse des autorités dans de tels événements.

D’après les chiffres d’Amnesty International avancés par Philippe Hensmans, le nombre de manifestations à travers le monde a été multiplié par quatre entre 2006 et 2020. "C’est énorme. Ça montre qu’il y a beaucoup de sujets sur lesquels les citoyens du monde ont des choses à dire", commente-t-il. En parallèle, la réaction des autorités a tendance à se durcir. Et ce durcissement peut prendre plusieurs formes, en fonction des pays. Les démocraties ne sont d’ailleurs pas épargnées. Le directeur d’Amnesty cite l’exemple de la France, "qui interdit à certaines personnes d’aller manifester sur base de critères très flous".

Manifester, un droit fondamental

Ce droit est mis à rude épreuve, et pourtant, c’est un droit fondamental. "Le droit de manifester rejoint à la fois le droit à la liberté d’expression et la liberté d’association.", explique Philippe Hensmans. "Ce sont deux des droits fondamentaux qui sont déjà définis dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et qui sont repris par un paquet de traités, de pactes internationaux, etc. Les gouvernements se sont engagés à respecter". Le droit de manifester est protégé pour une raison. "C’est fondamental parce que beaucoup des changements que nous avons connus sont venus grâce à des mouvements comme ça", poursuit-il. "Pourtant, des citoyens en payent le prix chaque jour."

Les manifestations sanglantes en Iran

Depuis mi-septembre, l’Iran est le théâtre de manifestations, réprimées très violemment par les autorités. Au moins 426 personnes ont été tuées et plusieurs milliers de manifestants ont été arrêtés. Une violence dénoncée par Amnesty. "Il y a d’abord les arrestations de masse, simplement pour avoir osé manifester contre le régime de façon pacifique pour la plupart des gens qui manifestaient, mais aussi parce que la police et l’armée se permettent de tirer à balles réelles sur les manifestants", détaille Philippe Hensmans. Selon lui, "ça montre encore une fois cette montée dans l’échelle de la répression où on fait appel à l’armée pour essayer de contrôler les manifestations".

Tous les manifestants ne sont pas traités de la même manière

"Si vous n’avez pas la même couleur que la majorité de la population, il y a beaucoup de chances que vous risquiez un passage à tabac dans une manifestation lorsqu’elle est réprimée de façon violente." Tous les manifestants ne sont pas traités de la même manière. Certaines personnes ont plus de risque d’être visées, par la police ou par des personnes hostiles aux revendications défendues. "Les personnes LGBTQIA + peuvent être aussi victimes d’attaques de contre-manifestants par exemple, sans être protégées par la police", précise-t-il. "Ce qu’on oublie, c’est que le rôle de l’État est de garantir la liberté d’expression et aussi de garantir à des personnes le droit de se retrouver dans la rue et de s’exprimer sans être menacées par d’autres".

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