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Le défi ukrainien: provoquer un bain de sang ou afficher sa faiblesse

Les activistes du Maïdan le 15 avril 2014 à Kiev

© Sergei Supinsky

18 avr. 2014 à 08:50 - mise à jour 18 avr. 2014 à 18:15Temps de lecture3 min
Par AFP

"Dans cette situation le pouvoir a le choix entre deux mauvaises stratégies: utiliser la force au risque de provoquer le bain de sang" ou afficher sa faiblesse, résume le politologue allemand Andreas Umland, professeur de l'Académie Mohyla à Kiev.

Le gouvernement provisoire issu de la contestation pro-européenne a été formé fin février après la fuite et la destitution du président pro-russe Viktor Ianoukovitch suite aux tueries du Maïdan ayant fait plus de 100 morts.

Kiev pleurait encore ses morts quand les forces russes ont occupé la péninsule ukrainienne de Crimée, rattachée trois semaines plus tard à la Russie sans que l'armée ukrainienne n'y oppose la moindre résistance.

Intégrité territoriale en jeu

Et depuis dix jours, le bassin minier russophone du Donbass dans l'Est de l'Ukraine est en proie à une insurrection armée pro-russe contre laquelle Kiev mène tant bien que mal une "opération antiterroriste" alors que quelque 40 000 soldats russes sont massés à la frontière est de l'Ukraine et que Vladimir Poutine maintient la menace d'une intervention.

L'armée ukrainienne, sous-financée et mal équipée, a essuyé mercredi un camouflet dans l'Est lorsqu'une unité a laissé les insurgés pro-russes s'emparer de six blindés avant de déposer les armes.

"La question la plus aigüe et douloureuse pour le pouvoir est la lutte pour l'intégrité territoriale", souligne le politologue ukrainien Volodymyr Fessenko. "Il existe un risque d'agression russe. Les mouvements séparatistes dans les régions sud-est sont inspirés depuis la Russie", ajoute-t-il.

Détesté par les habitants de l'Est, "le gouvernement du Maïdan" ne contrôle pas les forces de l'ordre locales et ne peut pas compter sur le magnat Serguiï Tarouta, nommé en mars gouverneur de Donetsk avec l'aval de l'homme le plus riche de l'Ukraine et patron informel de la région Rinat Akhmetov, pour mettre un terme aux pulsions séparatistes.

"Ni Akhmetov, ni Tarouta ne contrôlent plus la situation dans la région. Ils agissent de façon très prudente pour ne pas froisser la Russie parce qu'ils comprennent que les troubles séparatistes ne sont pas spontanés et ne savent pas comment la situation va évoluer", souligne l'analyste Vadim Karassev.

Mécontentement du Maïdan

De l'autre côté, à Kiev, les activistes du Maïdan sont mécontents de l'inaction du pouvoir qui n'a ni puni les coupables du bain de sang à Kiev, ni riposté assez fermement à leur goût à la Russie. Plusieurs manifestations contre le pouvoir ont été organisé ces derniers jours devant le Parlement, les protestataires brûlant des pneus comme au plus fort de la contestation anti-Ianoukovitch.

"Les partisans du Maïdan demandent beaucoup de choses et le gouvernement n'est pas en mesure de faire face à toutes ces revendications, qu'il s'agisse de réformes ou de la politique extérieure", souligne Andreas Umland.

"La popularité du pouvoir est en chute libre"

Mené par Arseni Iatseniouk, ex-banquier et ministre des Affaires étrangères apprécié par les Occidentaux, le gouvernement de transition est composée de personnalités qui se sont illustrées pendant la contestation, mais dont certaines manquent d'expérience et ne sont pas à la hauteur des défis.

"La popularité du pouvoir est en chute libre, mais quelle est l'alternative? Soit la droite radicale, soit le Parti des régions (pro-russe, ex-formation de Ianoukovitch)", souligne Vadim Karassev. "Les gens sont mécontents, mais ils soutiennent toujours 'les nôtres'".

S'ajoutent les difficultés économiques énormes du pays qui a dû approuver ces dernières semaines des réformes impopulaires pour renflouer les comptes publics et obtenir l'aide du FMI. Mesures dont les Ukrainiens ordinaires commencent à sentir l'impact.

"Chaque jour, il devient de plus en plus clair qu'il est impossible d'organiser comme il se doit la présidentielle" anticipée prévue le 25 mai, pour laquelle les pro-européens sont les grands favoris, estime M. Umland.

"Priorité au désarmement des groupes fascistes", selon Moscou

Pour Moscou, l'accord international de Genève de jeudi sur la situation en Ukraine doit mettre la priorité au désarmement des groupes "fascistes comme Pravy Sektor", qui ont participé aux protestations de la place Maïdan à Kiev, a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères. Les séparatistes dans l'est de l'Ukraine doivent aussi évacuer les bâtiments qu'ils occupent.Les menaces de nouvelles sanctions de la part de Washington ont par ailleurs irrité Moscou. "Cela donne l'impression que la voie des sanctions dépasse celle de la diplomatie", a ajouté le cabinet de Sergeï Lavrov.

Par ailleurs, la Russie refuse d'être tenue pour seule responsable du respect de l'accord de Genève sur l'Ukraine "comme essaient de le faire croire les Occidentaux", a déclaré vendredi le porte-parole du Kremlin.

"Nos collègues occidentaux s'efforcent de faire porter la responsabilité plutôt de notre côté. Mais il faut le souligner: c'est une responsabilité collective", a-t-il déclaré sur la chaîne Rossia 1.

Belga et AFP

Ukraine: réactions après la réunion de Genève

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