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Chroniques

Le décumul cumule les attaques

Le décumul cumule les attaques
24 juin 2011 à 10:412 min
Par Les plumes du coq

Vous vous souvenez de la campagne électorale de 2009 ? Mais si, celle durant laquelle le terme "bonne gouvernance" était mis à toutes les sauces. On allait voir ce qu’on allait voir, la Wallonie allait devenir l'Eldorado du plus blanc que blanc.

Ecolo a particulièrement insisté là-dessus : on plante un Olivier à Namur, mais on l’arrose avec la plus pure des eaux. Et ce renouveau politique serait consacré par un véritable talisman : le décumul des mandats.

Et il faut avouer que l’affaire a été rapidement pliée. En une grosse année, la tripartite a fait voter son décret qui prévoit l’ouverture de la chasse aux cumulards en 2014. Interdiction désormais d'occuper à la fois un siège de député régional et un fauteuil de bourgmestre, d’échevin ou de président de CPAS.

Ecolo isolé

Dur à avaler pour une grande partie des élus wallons, qui ont la furieuse impression de se tirer une balle dans chaque pied. Et un député qui râle, c’est parfois rigolo. Alors ils s’y sont tous mis, minorité et majorité. Avec ce décret, Ecolo aurait en fait reçu son "nonosse" (Dimitri Fourny, cdH), sa "sucette" (Véronique Cornet, MR) ou son "hochet" (Jean-Paul Wahl, MR). Accueil glacial pour une "connerie" (Claude Eerdekens, PS), une "monstruosité juridique" (Jean-Paul Wahl, MR).

Certains diront que ce n’est que de la gesticulation politicarde. Mais le sujet n'a pas agité que les bancs parlementaires. Les politologues Pierre Verjans et Pierre Vercauteren, les constitutionnalistes Christian Behrendt et Marc Uyttendaele, l’avocat Jean Bourtembourg, le Conseil d’Etat: ils ont tous relevé au mieux des imperfections dans le texte, au pire des très grosses lacunes.

Le dernier épisode n’a donc surpris personne : deux recours en annulation viennent d’arriver simultanément sur la table de la Cour constitutionnelle. L’un émane de l’opposition MR, logique. L’autre vient d’un simple citoyen.

Il s’appelle John Joos, il prétend agir en son nom (incroyable hasard du calendrier...), et il s’est fait connaitre en tant que porte-parole des victimes de l'incendie de la Cité des Mésanges, à Mons. En 2003, 7 personnes avaient perdu la vie dans les flammes d'une tour d’habitations sociales. Et selon lui, ce drame a mis au jour des dysfonctionnements dans la gestion de la société de logements publics locale. Principalement dans le chef de responsables trop accaparés par leurs multiples autres mandats.

Ce requérant est donc favorable à la limitation des mandats, mais il estime que le décret est mal ficelé. Notamment parce qu’il permettra encore à un quart des députés de cumuler.

Retour à la case départ

Franchement, on imagine pas la Cour dire : "Messieurs, vous êtes tous des buses. Ce décret est au contraire un modèle du genre à montrer dans toutes les écoles d’administration publique du monde".

Il est hautement plus probable que la Cour va recaler le Gouvernement wallon, qui est d'ailleurs bien conscient d'avoir remis une copie imparfaite. Et dans quelques mois, les débats reprendront autour de la version bis de ce nonosse sur lequel il reste décidément bien des choses à ronger.

Rudy Hermans

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