Le cyborg est-il l'avenir de l'homme?

Un homme fait une démonstration avec un exosquelette robotisé sur la pavillon du Japon à l'Exposition Universelle de Shanghaï le 18 mai 2010

© Philippe Lopez

22 nov. 2014 à 11:51 - mise à jour 22 nov. 2014 à 12:33Temps de lecture3 min
Par AFP

Interface homme-machine, stimulation crânienne, prothèse mémorielle: nous ne sommes pas dans un roman de Aldous Huxley, mais au premier colloque international du transhumanisme à Paris où neuroscientifiques, bioéthiciens, philosophes, anthropologues et sociologues discutent progrès technologique et avenir de l'humanité.

Le transhumanisme est un courant de pensée mal connu, créé au début des années 80 par des futurologues en Californie pour défendre l'idée que l'homme peut être amélioré à l'aide des technologies.

La lutte contre le vieillissement est au coeur de ce courant intellectuel qui réunit 5.000 personnes à travers le monde, dont la moitié aux Etats-Unis, selon sa principale association, Humanity+, mais guère plus de 200 personnes dans l'hexagone selon sa branche française, ATF (Association française du transhumanisme).

Des nanorobots dans le corps pour manger et "jouir des plaisirs de la vie sans en subir les conséquences", l'idée plaît bien à Marina Maestrutti, sociologue à l'Université de Paris 1 invitée au colloque.

Sans être transhumaniste, la chercheuse s'intéresse à ce courant, dont les représentants travaillent et sont financés par des sociétés comme Google, Facebook et la NASA.

"C'est très bien que ceux qui ont beaucoup d'argent, écoutent ce qu'on dit depuis des années", se félicite quant à lui Aubrey De Grey, transhumaniste et directeur scientifique de la Science Research Foundation, un laboratoire spécialisé dans la lutte contre le vieillissement qui a reçu six millions de dollars (5 millions d'euros) du fondateur du géant du paiement en ligne américain PayPal.

"L'homme est déjà un cyborg"

Le biologiste spécialisé dans la médecine régénérative espère trouver un traitement qui permettrait un rajeunissement de 20 ans des quinquagénaires d'ici une vingtaine d'années.

Vivre plus vieux, en meilleure santé et être capable de meilleures performances, c'est l'un des vieux rêves de l'homme, mais il fait peur pour toutes sortes de raisons socio-économiques, politiques, éthiques et philosophiques, et également parce que les pratiques ne sont pas toujours régulées.

"Aujourd'hui, on pratique la biotechnologie dans les garages exactement comme Wosniak (cofondateur d'Apple) faisait de l'informatique chez lui", rappelle Guillaume Dumas, neuroscientifique à l'institut Pasteur.

Le chercheur s'interroge par ailleurs sur l'usage de la stimulation du cerveau par des ondes magnétiques désignée comme "l'Open rTMS" ou encore sur celui des psychostimulants dans l'armée américaine pour améliorer les performances des soldats sur le théâtre d'opérations et réparer les fonctions cognitives des blessés.

La peur du "cyborg" provient cependant d'un malentendu, selon l'ex-directeur exécutif de Humanity+, l'Américain James Hugues. Les gens ont peur "parce que c'est lié au cerveau et à l'intelligence... et parce qu'ils ne se rendent pas compte que l'homme est en réalité déjà un cyborg", assure ce bioéthicien de formation.

"On a commencé à implanter des électrodes dans la cochlée (organe de l'oreille interne) dans les années 60 pour la surdité et des pacemakers dans le cerveau depuis les années 90 pour la dépression", souligne-t-il.

Dans quelques années, les prothèses dans le cerveau seront de plus en plus sophistiquées, prédit-il.

"Les gens acceptent les jambes bioniques pour les amputés, mais ils s'inquiètent de la perte des caractéristiques humaines chez l'homme. On va pourtant avoir recours à ces technologies non seulement pour être en meilleure santé et vivre plus longtemps mais aussi pour devenir plus humain, plus intelligent, plus sain et plus heureux" assure James Hugues.

Tout le monde ne partage pas cet enthousiasme pour l'avenir "technologique" de l'espèce humaine.

"Moi, je n'ai pas du tout envie qu'on nous force à vivre jusqu'à 140 ans. Il faut qu'on s'impose des limites!", s'exclame Cyril Bodolec.


AFP

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