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Belgique

Le Covid Safe Ticket dans le secteur culturel : un frein supplémentaire pour certains, une opportunité pour d’autres

Le Covid Safe Ticket dans le secteur culturel : un frein supplémentaire pour certains, une opportunité pour d’autres
23 sept. 2021 à 17:504 min
Par Kamel Azzouz

Si certaines voix se sont élevées dans le secteur culturel francophone contre le Covid Safe Ticket jugé discriminatoires, d’autres acteurs et institutions considèrent que c’est la moins mauvaise des solutions pour reprendre une activité "normale".

Dans une lettre adressée aux autorités publiques, des acteurs culturels ont exprimé leur refus d’appliquer l’obligation du Covid Safe Ticket à partir du 1er octobre. Ils considèrent cette règle non seulement discriminatoire, contraire à leurs valeurs, mais également sans garantie de transmission du virus : "Nous rappelons que des études internationales et maintenant belges attestant que les lieux culturels ne sont pas des lieux de contamination (pour rappel, des événements tests à 100% de jauge avec masque ont été réalisés et ont démontré la non-dangerosité de nos activités)."

Ces différents acteurs culturels souhaitent utiliser le "CIRM" (masque, distanciation, salle ventilée, etc.) et réclament l’annulation de l’obligation du Covid Safe Ticket (CST). Selon les signataires, Il doit rester un outil optionnel.

Nous ne pouvons pas nous permettre financièrement de ne pas appliquer le CST parce que nous dépendons de la billetterie.

Pour plusieurs raisons, d’autres institutions ne s’opposent pas aussi catégoriquement au CST. Tous les acteurs s’accordent à dire que le retour du public se fait lentement mais sûrement. Au théâtre de la Toison d’OR, la décision a été prise d’appliquer le CST au 1er octobre. A l’heure actuelle, les artistes se représentent devant un public masqué, et devant une salle à moitié vide distanciation sociale oblige.

Nathalie Uffner, la directrice artistique du théâtre bruxellois, reconnaît qu’il existe des incertitudes quant à la réaction du public même si un test s’est avéré très positif : "Pour l’instant c’est encore plein d’inconnues. Il y a deux semaines, on a testé le Covid Safe Ticket en soirée lors du spectacle de Fanny Ruwet. On lui a demandé si elle était d’accord d’appliquer le CST. Et elle nous a répondu favorablement. Finalement, 182 personnes sur 220 étaient dans la salle. Seules 34 personnes nous ont dit que s’il y a le CST, on ne vient pas. Pour nous, c’est donc tout à fait envisageable et jouable."

Si Nathalie Uffner comprend que certaines voix expriment leurs doutes ou leurs refus, la directrice du théâtre souligne que la réalité financière d’une institution n’est pas la réalité d’une autre : "Normalement, nous pouvons accueillir cent personnes dans la salle. Si on utilise le Covid Safe Ticket, on pourra accueillir à nouveau cent personnes. Est-ce que les gens vont être là ? Je ne sais pas. On est encore dans le flou. Mais nous, nous ne pouvons pas nous permettre financièrement de ne pas appliquer le CST parce que nous dépendons de la billetterie. Nous n’avons pas assez de subventions et de sous que pour se permettre de se dire, si la salle n’est pas pleine alors ce n’est pas grave. C’est ce que d’autres peuvent se dire, nous, on ne peut pas. Je veux retravailler et redonner du boulot aux gens. C’est tout ce qui m’importe."

On a eu quelques personnes très virulentes contre le CST, mais c’était très marginal.

Au théâtre de Liège, on dresse le même constat quant au retour progressif du public. On évalue la perte liée à environ 25%, en comparaison à une saison "normale". Autre constat, les réservations se font plus tard que d’habitude, et les last minutes sont de plus en plus courants. Soulignons que depuis le 3 septembre, l’institution liégeoise applique le CST. Serge Rangoni, le directeur du théâtre de Liège, nous livre ses premières conclusions : "Si le premier pas est parfois difficile, le public revient petit à petit ! Il faut aller le chercher, le rassurer et établir le contact avec lui. Mais il revient. On a eu quelques personnes très virulentes contre le CST, mais c’était très marginal. On sent bien qu’il y a une adhésion assez forte à ces mesures-là. Il y a une question particulière, à propos des jeunes et des groupes scolaires les écoles pour lesquels le CST est un vrai problème. On a dû multiplier des représentations adressées spécifiquement aux écoles afin d’appliquer le CIRM. C’est la difficulté qu’on rencontre aujourd’hui."

Serge Rangoni, pour qui le CST est plus une opportunité qu’un frein, défend en revanche l’idée de définir des mesures sur un plus long terme : "On peut comprendre certains acteurs du secteur culturel, comme une partie du public, qui sont contre le CST. On peut dire que c’est dommage d’en arriver là. Mais est ce qu’on a une meilleure solution pour remplir à nouveau les salles ? D’autant plus qu’on a le sentiment qu’on est parti pour plusieurs mois, peut-être plusieurs années avec des mesures. Mais le pire c’est de changer des mesures toutes les semaines. Ça, c’est insupportable et ça ne génère pas un climat de confiance. Chaque changement de mesures est une angoisse supplémentaire. Cela n’aide pas les gens à ressortir de chez eux, et d’aller au spectacle. C’est évident."

L’artiste n’en peut plus de jouer devant des salles à moitié vides et avec un public masqué.

Pour Pierre Thys, le directeur du Théâtre National, le Covid Safe Ticket n’est pas un frein supplémentaire mais une opportunité tant pour les artistes que pour le public : "Il n’est nullement question d’idéologie. Je pense que c’est la solution la moins mauvaise nous permettant de redonner une activité totale au secteur, et à tous les métiers du théâtre et de la danse. Pour avoir discuté ces dernières semaines avec de nombreux artistes, c’est que l’artiste n’en peut plus de jouer devant des salles à moitié vides et avec un public masqué. L’essence même de notre métier est ce rapport immédiat entre l’artiste et son public qui est bafoué depuis trop longtemps. En tant que directeur de théâtre, il faut mettre un frein à cela et il faut redonner plein de vie à l’activité et à tous les métiers."

Si une partie du monde culturel a exprimé son inquiétude quant à la mise en place du Covid Safe Ticket, force est de constater que pour d’autres raisons, tout le secteur n’est pas sur la même longueur d’onde.

Sujet JT du 23 septembre 2021 : comment va se dérouler la vérification du Covid Safe Ticket

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