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Le coup de gueule du procureur du Roi de Mons : "On court vers des erreurs et des catastrophes"

Reports de procès: la justice aux abois

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13 déc. 2019 à 11:10 - mise à jour 13 déc. 2019 à 11:10Temps de lecture2 min
Par Denis Vanderbrugge avec Charlotte Legrand

La justice vit des heures délicates. C’est particulièrement le cas dans le Hainaut où il manque six magistrats à la cour d’appel en cette fin d’année. Conséquence directe : deux procès d’assises ont dû être annulés.

Dans ce contexte difficile, Christian Henry, procureur du Roi de Mons, met les pieds dans le plat. Le manque de moyens de la justice, il le vit quotidiennement. "Chaque membre du personnel du parquet et du tribunal a un agenda surchargé. Lorsqu’on doit leur demander un remplacement en dernière minute pour une audience ou un service de garde, c’est une charge supplémentaire qui est, à certains moments, insupportable, explique-t-il. Avant quand il y avait un problème de personnel, on pouvait dire : ça ira mieux demain, des gens vont être engagés. Depuis 5 à 7 ans, on ne sait plus donner l’illusion que ça ira mieux demain à nos collègues. Et s’il n’y a pas un réel effort de réinvestissement dans la justice, ça n’ira pas mieux."

Des difficultés dans le recrutement

Pour le procureur du Roi de Mons, les procès d’assises annulés en cette fin d’année sont loin d’être des exceptions. "On a régulièrement des audiences suspendues parce qu’un magistrat est malade ou parce qu’il est overbooké, ou simplement parce qu’il a été nommé à d’autres fonctions et qu’on n'a personne pour le remplacer. Lorsqu’on fonctionne à 90% des effectifs, c’est compliqué. Ça l’est encore plus à 75%. On nous dit que la Justice doit participer à l’effort d’économies, comme les autres services de l’Etat. Mais si on retire 2% de la masse salariale chaque année, on bout de la quatrième année on court vers des erreurs et des catastrophes."

Les gens ne veulent pas s’embarquer sur un vieux rafiot qui est occupé à couler

Pour le procureur du Roi de Mons, il y a un autre problème de taille. Le monde judiciaire est dans un tel état de délabrement qu’il n’attire plus de nouvelles recrues. "On ne frappe plus à la porte, pour plusieurs raisons. D'une part, la juridiction n’est plus considérée. La société critique la justice et une institution critiquée n’attire plus forcément. En outre, le statut de magistrat a été dévalorisé ces dernières années. La pension est calculée sur 45 ans, au lieu de 30 auparavant! Cela décourage des personnes qui seraient d'excellents candidats! Les gens ne veulent pas s’embarquer sur un vieux rafiot qui est occupé à couler", conclut-il. 

Conséquence de tout cela, et c'est un des points les plus importants à ses yeux, des affaires ne sont plus jugées dans des délais raisonnables. "Je prends un exemple: les accidents de roulage. Quand il y a eu un accident grave, avec des victimes, ma volonté est que dans les 12 mois qui suivent cet accident, l'affaire ait été traitée et soit jugée, ou prête à être jugée. Quand on ne sait pas faire cela - et cela arrive, faute de magistrat -  le justiciable se pose des questions sur l'utilité de la justice. C'est normal! Il se demande que fait la police? Que fait la justice? Pour avoir une justice qui fonctionne, une justice capable d'empathie, il faut des moyens"

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