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Le cornet à bouquin, histoire d'un instrument ensorcelant

Le cornet à bouquin : cornet muet, cornet à bouquin alto, cornet à bouquin ténor. XVIe et XVIIe siècles
21 déc. 2021 à 16:04Temps de lecture2 min
Par Céline Scheen

La soprano Céline Scheen nous parle de son amour démesuré pour un instrument ensorcelant, au nom particulier, le cornet à bouquin.

Drôle d’instrument que le cornet à bouquin, avec sa forme torsadée et son nom qui évoque les étagères d’une bibliothèque remplies d’ouvrages littéraires. L’origine de ce nom serait à chercher auprès des cornes des animaux qu’évoque la forme de cet instrument ? Il n’en est rien. Le terme de "bouquin" viendrait de l’italien "bocca", qui signifie la bouche.

Mais quel est cet étrange instrument ?

"A cheval" entre deux familles d’instruments, les bois et les cuivres, on le classe plutôt dans celle des cuivres, bien qu’il soit le plus souvent fabriqué en bois recouvert de cuir ou de parchemin teinté en noir.

Si on le classe dans la famille des cuivres, c’est parce que pour produire le son, on fait vibrer les lèvres contre une embouchure ronde, comme celle de la trompette par exemple.

Le timbre, lui, peut être décris comme un mélange d’une trompette douce et veloutée et d’une voix humaine, sensuelle et chaude.

On retrouve cet instrument dans l’iconographie musicale dès le VIIIe siècle.

Cornet muet, cornet à bouquin alto, cornet à bouquin ténor. XVIème et XVIIème siècles

La plupart du temps de forme courbe, il est taillé à 8 pans, et sans pavillon marqué. Le corps est percé de 6 ou 7 trous. Si sa forme la plus répandue est courbe, il existe également des cornets droits, qui, comme leur nom l’indique, ont une forme droite avec une embouchure amovible. Parmi les cornets droits, on distingue également les cornets muets, qui, en plus d’être droits, possèdent une embouchure creusée dans le tube et non détachable.

Les cornets à bouquin droit appartiennent plutôt à la tradition germanique tandis que les cornets courbes se rattachent plutôt à la tradition italienne.

Le cornettiste tient le cornet avec l’embouchure dirigée sur le côté. Son jeu est réputé très difficile et exigeant, et ce sublime instrument est propice à des improvisations des plus expressives et virtuoses.

A l’origine, l’instrument était probablement fabriqué à partir d’une corne animale, mais il va surtout se développer aux XVIe et XVIIe siècles.

Il est adopté par Josquin Des Prés et ses contemporains, et il est présent dans les cantates jusqu’à Jean-Sébastien Bach.

Le cornet se marie si parfaitement avec la voix humaine que les compositeurs de l’époque ne se lassent pas de créer, pour faire émerger tant et plus cette magie.

On l’entend alors à l’église, où il fait merveille, à la Cour ou dans les ensembles civils.

Au XVIIIe siècle, avec l’évolution organologique, l’instrument, pourtant populaire jusqu’alors, commence à disparaître, se faisant voler la vedette par le violon.

Une sonorité profondément humaine

L’étrangeté de cet instrument n’a d’égale que la pénétrante beauté de son timbre envoûtant. Il possède quelque chose de profondément humain. Tel un morceau de bois ramassé dans la forêt, il dégage cette force de l’authenticité. Ce rapport direct à la nature, à l’essentiel.

Le cornet est mystérieux, magique, enchanteur, ensorcelant… Il est merveilleusement expressif, souple comme la voix et d’une douceur veloutée immédiatement reconnaissable.

Le Cornet est semblable à l’éclat d’un rayon de soleil qui paraît dans l’ombre ou dans les ténèbres…

Marin Mersenne dans "Harmonie Universelle"

Le cornet à Bouquin était jadis très vendu et utilisé dans les rues pour faire du bruit durant le très grand carnaval de Paris, le Mardi gras, et la mi-carême.

Lors du Carnaval de Paris en 1907, selon une ordonnance de Police, on interdit la pratique du cornet dans les rues, de peur que le son soit confondu avec le klaxon des transports en commun.

La Passion selon Céline

Le cornet à bouquin

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