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Le Codeco met à nouveau à l’arrêt une partie du secteur culturel : "Je suis dans une colère noire, je ne comprends pas cette décision"

Comité de concertation : la "colère noire" de ce directeur de théâtre

Michel Kaecelenbogen, directeur du théâtre Le Public

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22 déc. 2021 à 17:56Temps de lecture4 min
Par Adeline Louvigny

Dans les nouvelles mesures décidées par le Codeco de ce 22 décembre, à l’aube des fêtes de fin d’année et d’une potentielle nouvelle vague due au développement du variant Omicron, une partie du secteur de la culture va à nouveau subir un lockdown : les établissements en intérieur tels que les cinémas, théâtre et salles de concerts devront garder portes closes à partir de ce 26 décembre, tandis que l’enseignement, l’horeca et les commerces sont plutôt préservés.

Depuis la fin de l’été, le secteur culturel a vu graduellement des nouvelles mesures s’appliquer : le covid safe ticket, puis le covid safe ticket avec masque lors du démarrage de la quatrième vague, la limitation à 200 personnes dans la salle début décembre, et enfin, la fermeture, ce 26 décembre.


►►► Codeco : de nouvelles mesures plus strictes en vigueur dès ce dimanche


Le secteur culturel est très en colère face à cette décision, alors qu’ils ont déjà dû fermer plusieurs mois, au printemps et l’automne/hiver passé, à cause de la crise sanitaire. "On nous prive de la meilleure période de l'année avec les vacances d'hiver qui représentent 20% du chiffre d'affaires de nos salles", explique Thierry Laermans, secrétaire général de la Fédération des cinémas de Belgique (FCB), qui appelle le gouvernement à absolument prévoir des aides "pour sauver les salles qui ont déjà vécu une année catastrophique".

"C'est de la déconsidération totale et un nouveau coup de massue pour nous", déplore la secrétaire générale de la Fédération des employeurs des Arts de la scène (FEAS), Françoise Havelange. En ligne de mire, l'absence totale de prévisibilité de ces mesures et le manque de prise en compte des réalités des différents lieux culturels: "pourquoi ne propose-t-on pas, comme pour les bulles de deux pour aller faire les magasins, des binômes pour se rendre au théâtre?"

Je ne comprends pas dans quel pays je vis

Michel Kacenelenbogen, directeur du Théâtre Le Public, en région bruxelloise, s’est exprimé en direct sur notre antenne à ce propos, et n’a pas caché sa colère et son désarroi.

"Je suis abasourdi par cette décision, je ne comprends pas dans quel pays je vis. Je ne comprends pas pourquoi [cette décision touche] des lieux sécurisés où il y a de l’extraction, de la purification de l’air, des lieux de culture qui se sont adaptés à cette crise sanitaire parce que les spectateurs, les artistes en ont besoin, parce que la santé mentale est en jeu. Je ne comprends pas cette décision sur tout un secteur, sans mesure, sans tenir compte de la réalité. Je suis tout à fait en empathie avec les milieux hospitaliers, mais beaucoup de gens souffrent de ne pas pouvoir continuer à vivre."

De nombreux événements spéciaux sont en effet organisé par ces établissements

Rappelant les différents "arrêts" de la culture, en mars et octobre 2020, "je suis dans une colère noire par rapport à ce qui vient d’être décidé". Et de considérer une certaine absurdité derrière ce choix des politiques : "J’ai trois salles de théâtre et un restaurant : ça veut dire qu’à partir de dimanche, je peux faire du théâtre dans mon restaurant ? Ou les gens qui viennent dans mon restaurant doivent se taire ?"

Il y a une méconnaissance de la part de ceux qui décident

"Je crois qu’il y a une méconnaissance de la part de ceux qui décident, de la réalité et de la diversité du champ culturel. Il n’est pas question de faire prendre des risques à quelqu’un qui veut venir dans des lieux de culture. Mais la fermer comme sortir d’un champ démocratique. La culture et l’éducation sont un pilier de la démocratie", s’exclame-t-il avec véhémence, en rappelant la montée de l’extrême droite dans plusieurs pays.

"Cette décision n’est pas une décision équilibrée" ajoute-t-il, demandant une meilleure identification des lieux qui sont sécurisés, de ceux qui ne le sont pas, au sein d’un même secteur.

"Je sais qu’être politique n’est pas simple, mais il y a une grande méconnaissance de la réalité" du secteur culturel, insiste-t-il. "Dans un théâtre vous avez des gens masqués qui se taisent, et qui écoutent, à distance, des gens qui parlent sur scène. On va devoir se taire, maintenant, dans les bus, dans les restaurants ?"

Comité de concertation : l'incompréhension du monde de la culture

Françoise Havelange, secrétaire générale de la Fédération des Employeurs des Arts de la Scène

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"Est-ce que c’est une mesure proportionnée ? On n’est pas sûr… "

L’incompréhension semble aussi présente du côté des experts. L'épidémiologiste Yves Coppieters regrette également "d’en être arrivé là", questionnant lui aussi la proportionnalité de ces mesures.

"C’est le principe de l’équilibre que les décideurs politiques ont appliqué. Est-ce que c’est une bonne mesure ? Et bien sûrement pas, c’est une mesure dramatique pour le secteur de la culture. Est-ce que c’est une mesure proportionnée, on n’est pas sûr… Proportionnellement à d’autres lieux de vie où l’on peut se contaminer. Et c’est ça qui est problématique, c’est qu’on ne fait pas confiance à un secteur qui, lorsque les présentations ont lieu dans des grandes salles, où les protocoles de purification de l’air peuvent être appliqués, sont des lieux qui ne sont pas moins dangereux que les magasins ou les transports en commun. Ce sont des choix politiques, je ne vais pas plus les commenter que le fait que ce soit triste qu’on en soit arrivé là."

Steven Van Gucht a quant à lui déclaré que cette fermeture "allait plus loin" que ce que les experts du GEMS avaient conseillé. La fermeture du secteur culturel "n'était pour nous qu'un plan B", en cas de détérioration de la situation épidémiologique.

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