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Chroniques

"Le Codeco du divorce": comment on en est arrivé à une décision sanitairement peu utile et non demandée par les experts

Les coulisses du pouvoir

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23 déc. 2021 à 08:35 - mise à jour 23 déc. 2021 à 10:12Temps de lecture3 min
Par Bertand Henne

Le Codeco de Noël a décidé de fermer le monde du spectacle pour faire face à la menace Omicron. La déception dans le monde de la culture est immense. Mais l’incompréhension est quasi généralisée. Ce Codeco est celui du divorce. Divorce avec les experts, divorce avec le monde de la culture, divorce avec une part grandissante de l’opinion.

Divorce avec les experts

D’après nos informations la discussion a été beaucoup moins compliquée que les derniers Codeco. Avec l’arrivée d’Omicron, un certain consensus s’est dégagé autour de la nécessité de faire quelque chose. Oui mais quoi ? Si on ouvre le rapport du Gems, les experts en appellent plutôt à une politique en deux temps. Un premier temps de prudence avec la réduction de contact privé, le télétravail à 100%. Un deuxième temps de réaction forte si la situation devenait défavorable. Le Gems prône un quasi-confinement, la fermeture des salles de spectacles était équilibrée avec la fermeture de l’Horeca, le shopping en solo, l’école en hybride.

Mais le politique n’a pas suivi ce scénario en deux temps. Une nouvelle fois, pour la quatrième fois de suite, le politique s’est essuyé les pieds sur les rapports des experts. On se demande d’ailleurs si ces rapports servent encore à quelque chose. Et on se demande d’ailleurs si ces experts doivent encore continuer ou remettre leur démission collective.

Pour éviter le scénario “quasi-confinement” du Gems les discussions ont donc eu lieu. Les mesures qui ont un impact épidémiologique important sont rapidement évacuées. L’accord était général pour sanctifier l’école, qui devrait redémarrer normalement en janvier. Accord aussi pour ne pas fermer l’Horeca. Accord large pour ne pas décider d’une bulle de contact réduite à la veille du réveillon. Toutes ces mesures sont jugées trop coûteuses économiquement et ou électoralement.

Mais que reste-t-il alors ? Frank Vandenbroucke évoque la fermeture des salles de spectacles et du public des compétitions sportives. Ces mesures ont beaucoup moins de portée épidémiologique, mais elles envoient au moins un signal à la population. Plusieurs partis s’y opposent, l’idée de fermer plus tôt l’horeca pour compenser est lancée, mais s’écrase très vite sur son impopularité présumée.

La fermeture des salles de spectacle est une décision politique arbitraire et assez peu fondée scientifiquement il faut bien le reconnaître. Les experts l’on fait savoir très vite, enfonçant le clou d’un divorce de plus en plus consommé. L’intervention la plus notable est celle de Marius Gilbert, épidémiologiste (non-membre du GEMS) en larme sur La Première il évoque une rupture de confiance totale.

Divorce avec le monde de la culture

Derrière le monde du spectacle, c’est le monde la culture en général qui acte une forme de divorce. Voici ce qu’écrit par exemple l’écrivain Antoine Wauters sur Facebook :

A partir de ce soir, je ne suis plus Belge. Je ne serai plus Belge tant que les artistes, qui travaillent à sauver le sens et la beauté, seront placés dans ce mouroir. Des restaurants bondés, des grandes surfaces bondées, mais un horizon de sens broyé.

Cette colère est assez illustrative de ce qu’on a vu et entendu hier soir. Une colère compréhensible mais qui emporte avec elle deux exagérations. Le monde du spectacle ce n’est pas toute la culture, les musées, les bibliothèques, les librairies, la télévision, la radio restent ouvertes. Et il n’y a pas que le monde du spectacle qui est porteur de sens dans la société.

Mais le secteur du spectacle avait très mal pris d’être parmi le dernier à rouvrir au printemps (le dernier c’était le monde de la nuit pour être précis). Les fermetures prennent aujourd’hui le chemin inverse, après le monde de la nuit, le monde du spectacle est donc l’un des premiers à refermer. A la différence du monde de la nuit, il n’y a pas un large consensus scientifique sur l’efficacité de la mesure. Le monde du spectacle se sent légitimement comme maltraité et abandonné.

Divorce avec les citoyens

A ces deux divorces s’en ajoute un troisième. Le divorce entre partie grandissante de l’opinion et le politique. La population constate dépitée le chaos qui règne entre les politiques, entre les politiques et les experts, entre le politique et le secteur des soins de santé, entre le politique et le monde culturel. Le chaos s’ajoute au chaos et le public se retrouve plongé dans une incompréhension totale. Une incompréhension qui fait plonger Codeco après Codeco une couche supplémentaire de l’opinion dans le divorce avec les autorités. 

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