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"Le cinéma ne peut pas se limiter à être suggestif" : le père de Ihsane Jarfi a donné carte blanche au réalisateur de "Animals"

Hasan Jarfi lors du procès concernant le meurtre homophobe et violent de son fils Ishane.
09 mars 2022 à 15:23Temps de lecture2 min
Par Mallaury Lehnertz (avec une interview de Fabian Magri)

"Animals" du réalisateur bruxellois Nabil Ben Yadir sort en salle ce mercredi. Ce film est inspiré d’un drame qui a secoué toute la Belgique, et même au-delà : le crime homophobe de Ihsane Jarfi il y a 10 ans.

Ce mercredi matin, Hasan Jarfi, le père de Ihsane, était l’invité de Fabian Magri sur Vivacité Liège. Hassan a donné carte-blanche au réalisateur Nabil Ben Yadir lorsque celui-ci lui a demandé l’autorisation pour faire ce film. "S’il m’avait dit non, je ne l’aurais jamais fait", Yadir a-t-il même dit au micro de la RTBF.

Est-ce que vous avez été d’accord tout de suite ?

Hasan Jarfi : "Oui, je n’ai pas réfléchi une seule seconde parce que j’avais rencontré Nabil, déjà au tribunal, à la cour d’assises. Il avait assisté à certaines audiences du procès. Et il était là en train de prendre des notes. Et il m’avait dit qu’il avait l’intention de faire un film sur l’affaire de Ihsane . Je lui ai dit qu’il avait carte blanche parce que je voyais en lui le grand frère qui est venu secourir Ihsane. Nabil est un homme imposant avec une voix grave. Je ne crois pas qu’il vient pour venger, mais en tout cas, il vient pour défendre la cause de Ihsane. Et, évidemment, moi, je ne pouvais pas réfléchir à cela".

Est-ce que le message passe mieux auprès des jeunes quand le monde culturel s’empare d’une tragédie comme celle de Ihsane ?

Hasan Jarfi : "Bien entendu. D’abord, la mission du monde culturel est de s’emparer de ce genre de fait parce que son objectif et son but n’est pas de divertir les gens, mais, au contraire, de les conscientiser, de les éduquer, de les responsabiliser devant des faits qui se passent, malheureusement, dans notre société et qui sont de ce type-là, c’est-à-dire d’arriver à un homicide, d’arriver à tuer des personnes. Il faudrait que notre éducation soit encadrée. Et l’école n’est pas suffisamment armée et outillée pour le faire. Elle n’a pas tous les moyens. Donc il reste le monde culturel qui est un monde éducatif aussi, au-delà de sa mission culturelle".

Il y a des reconstitutions du film qui sont extrêmement violentes, difficilement soutenables. Est-ce que vous pensez que cette violence absolument sans filtre est nécessaire pour faire réfléchir ?

Hasan Jarfi : "Je le pense parce que quand j’étais au tribunal, j’avais vu une boite avec des objets de preuves, dans laquelle il y avait le pantalon de Ihsane. Plein de sang. C’est suggestif pour moi, mais je n’ai pas besoin de voir la réalité pour comprendre ce qu’il s’est passé. Par contre, le cinéma ne peut pas se limiter à être suggestif dans ce genre de situation. S’il ne transpose pas toute la violence qui a été vécue par Ihsane et comment on en est arrivé là pour montrer l’horreur, il ne pourrait pas se contenter d’être suggestif, de simplement dire qu’il a été tué et laisser les gens deviner ce qu’il s’est passé. Non. Ils se doivent de transporter toute cette réalité violente quelle qu’elle soit et d’y être confronté. C’est comme cela qu’on peut rencontrer son objectif".

Pour (ré)écouter en intégralité l’interview de Hasan Jarfi au micro de Vivacité Liège, il suffit de vous connecter sur Auvio et de cliquer sur le lien en haut de l'article.

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