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Cinéma

Le cinéma indien à la recherche de nouveaux horizons à Cannes

L’actrice indienne Deepika Padukone est membre du jury au 75e Festival de Cannes
27 mai 2022 à 10:373 min
Par AFP

L’industrie cinématographique d’Inde, la plus prolifique au monde, a pris ses quartiers au Marché du film à Cannes mais doit encore relever un défi : toucher un public plus international, sans perdre de vue l’énorme vivier de spectateurs indiens

"Nous pensons que le cinéma indien est peut-être à un tournant, qu’il y a eu une forme de renouveau", estime le Français Jérôme Paillard, à la tête du Marché du film, dont l’Inde était cette année l’invité d’honneur.

Les distributeurs se sont intéressés à l’Inde il y a une dizaine d’années avec des succès en hindi comme "The Lunchbox" (2013), avec la star de Bollywood Irrfan Khan. "Et depuis il ne s’est presque rien passé", souligne le dirigeant, même s’il y a "plusieurs projets de films que nous trouvons intéressants".

Une importante délégation, comprenant un ministre, a fait le déplacement sur la Croisette et a eu accès à des distributeurs du monde entier. L’occasion de montrer des films en préparation à la recherche de financements.

L’industrie du cinéma indien produit jusqu’à 2000 films par an, bien plus que n’importe quel autre pays. Fort de ses 1,4 milliard d’habitants, de l’explosion de la classe moyenne, de l’immense réseau de salles et d’une diaspora considérable, le cinéma indien dispose d’un public potentiel qui fait l’envie du monde entier.

Autre atout : c’est un cinéma qui réussit à percer, dans des pays où l’hindi n’est pas parlé, comme la Chine, l’Egypte et le Nigeria.

Mais répondre aux goûts indiens empêche parfois cette industrie d’aller plus loin, souligne Pranad Kapadia, à la tête de Moviegoers Entertainment, entreprise basée en Angleterre et spécialisée dans la distribution de films indiens. "Nous sommes très autonomes", dit-il à l’AFP, en marge du Festival de Cannes.

Un réalisateur veut bien sûr créer une œuvre qui résonne avec tous les publics. Mais en voulant toucher un public en dehors de votre pays, vous prenez le risque de faire fuir votre premier public.

Les cinéastes indépendants en Inde qui pourraient intéresser les festivals de cinéma ont souvent du mal à obtenir un financement des principaux producteurs ou du gouvernement, fait remarquer Jérôme Paillard.

Casser le moule

Ce qui n’a pas toujours été le cas. Dans les années 1950 et 1960, une génération de réalisateurs indiens s’est éloignée des films musicaux traditionnels et a été soutenue par le gouvernement. Le plus applaudi est Satyajit Ray ("Le salon de musique"), couronné à Berlin ou Venise.

Mais à mesure que les superproductions ont gagné en importance ces dernières années, ces films indépendants ont été éclipsés par la production de Bollywood, destinée à un public de masse.

Beaucoup tentent encore de casser le moule, comme "English Vinglish" (2012), qui a séduit en Inde et parmi les expatriés indiens, avant d’être doublé ou sous-titré dans 12 autres langues.

"Il y a des réalisateurs, des conteurs et des sujets qui peuvent voyager", affirme Pranad Kapadia, citant le réalisateur Sanjay Leela Bhansali ("Devdas", présenté à Cannes en 2002) comme quelqu’un qui plaît à la fois au public indien et aux amateurs d’art et essai occidentaux. Son dernier film "Gangubai Kathiawadi" a été présenté en première à la Berlinale en février.

La forte présence de l’Inde au Marché du film, qui referme ses portes mercredi, peut prendre du temps avant de se traduire en partenariats tangibles en dehors des principaux marchés indiens, dans le sud de l’Asie, et dans les États du Golfe, mais elle reste inestimable, affirme Kapadia.

Vous devez être là. Restez sur la piste de danse et c’est ainsi que vous rencontrerez quelqu’un.

L’actrice indienne Pooja Hegde, qui tourne quatre films par an et compte 20 millions de fans sur Instagram, a elle aussi de l’espoir. "Les choses changent. Le cinéma indien s’exporte", dit-elle à l’AFP.

Et la présence de nombreux acteurs indiens à Cannes — dont la superstar Deepika Padukone, membre du jury qui choisira la Palme d’or — fait la promotion de "la marque Inde", souligne-t-elle.

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