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Journal du classique

Le chef d’orchestre Ivan Velikanov suspendu en Russie pour avoir joué l’Hymne à la joie

Le chef d’orchestre Ivan Velikanov suspendu en Russie pour avoir joué l’Hymne à la joie
11 mars 2022 à 10:433 min
Par Céline Dekock

Le chef d’orchestre Ivan Velikanov a été suspendu par les autorités russes de la direction des Noces de Figaro à Nijni-Novgorod, ville située au nord-est de Moscou. La raison de cette suspension : au lendemain du premier jour d’invasion de l’Ukraine, le chef a décidé de s’adresser au public et de diriger l’Hymne à la joie de Beethoven.

C’est une information qui est relayée par divers médias internationaux, parmi lesquels le magazine Diapason et nos collègues de France Musique. Le chef d’orchestre Ivan Velikanov a été suspendu de la production des Noces de Figaro qu’il devait diriger au théâtre de Nijni-Novgorod, ville située à 400 kilomètres au nord-est de Moscou.

Beethoven, un symbole de paix

Tout commence le 24 février dernier, premier jour d’invasion de l’Ukraine par les troupes russes. Comme l’explique le chef d’orchestre à France Musique, l’ambiance dans la salle d’opéra était pesante. "J’ai senti que le public, les musiciens, les chanteurs, tout le monde était sous le choc", a expliqué Ivan Velikanov à France Musique. La représentation se déroule dans un silence de plomb et entre deux actes, Ivan Valikanov décide de s’installer au clavecin et de jouer l’hymne à la joie de Beethoven. Un petit geste qui passe totalement inaperçu. C’est pourquoi, le lendemain, le chef d’orchestre russe décide d’adresser un message fort au public.

Avant de commencer la représentation des Noces, Ivan Valikanov s’adresse au public et ose déclarer que les artistes sont contre la guerre. A la suite de son discours, il dirige L’hymne à la joie reprise par les musiciens de l’orchestre. Un message de paix que le chef d’orchestre assume pleinement mais qui n’a pas été unanimement bien reçu par le public, comme Valikanov l’a expliqué à la Deutsche Welle : "les gens ont applaudi, quelqu’un a crié “bravo”. Plus tard, cependant, on m’a dit que certaines dames âgées étaient furieuses." Et quant au choix de l’œuvre interprétée, l’Hymne à la joie de Beethoven, issu de la neuvième symphonie du compositeur, Ivan Valikanov avoue ne pas avoir pensé au fait qu’il s’agissait de l’hymne de l’Union européenne. Pour lui, Beethoven et son hymne à la joie sont "la meilleure musique pour transmettre la notion de paix."

"Je me sentais juste comme une personne qui doit dire la vérité, une vérité évidente à laquelle on ne peut pas s’opposer. Si j’avais su que cela serait perçu comme une action politique, j’aurais peut-être choisi une forme différente. Peut-être l’ai-je aussi fait parce que j’ai senti une humeur lourde et déprimée dans le public la nuit précédente, avec nous jouant du Mozart joyeux et entraînant tandis que des bombes et des roquettes sifflaient dans l’air – peu importe qui les avait tirées."

Ivan Valikanov, à la Deutsche Welle

Ivan Valikanov n’a "jusqu'à présent" reçu aucune menace

Si dans le public et même parmi les musiciens de l’orchestre, les réactions étaient contrastées, les réactions des autorités ne se sont pas fait attendre. Le 1er mars, Ivan Valikanov apprend qu’il est suspendu pour les prochaines représentations des Noces de Figaro. Interrogé par France Musique, le chef d’orchestre explique que cette décision a été poussée par "quelqu’un du gouvernement qui a décidé de m’empêcher de diriger".

Dix jours après sa suspension, Ivan Valikanov rassure, en affirmant qu’il n’a reçu aucune menace : "jusqu’à présent, aucune mesure répressive n’a été prise contre moi personnellement, à l’exception d’une suspension de représentation". Par ailleurs, il a dirigé la première de Falstaff de Salieri au Théâtre du Bolchoï ce jeudi soir.

Interrogé sur les sanctions et la mise au ban des artistes russes sur la scène internationale, Ivan Valikanov répond en ces termes : "je comprends qu’il s’agisse d’une expression de solidarité, mais cette approche n’a pas de sens. Elle est agressive et, surtout, elle touche généralement les mauvaises personnes." Rappelons que depuis le début de la guerre en Ukraine, les réactions d'institutions musicales envers les artistes russes, mais aussi le répertoire musical russe, provoquent l'indignation : des pianistes russes écartés du concours international de piano de Dublin, des œuvres de Tchaïkovski et Moussorgski déprogrammées en Pologne et en Croatie, ou encore des chefs d'orchestre russes remplacés, comme Pavel Sorokin à Londres.  Toujours à la Deutsche Well, Ivan Valikanov a ajoué que "des milliers de personnes ont été arrêtées pour avoir participé à des manifestations et des protestations contre la guerre, qu’elles soient des retraités, des étudiants ou des adolescents. Mais nous ne savons pas ce que les gens au pouvoir feront aux artistes, ce qui ne concerne pas seulement moi, mais bien d’autres, dont des musiciens, des acteurs et des metteurs en scène."

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