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Le chantier du RER : des travaux enfin sur les rails

Le chantier du RER a tardé à commencer et n’est pas près de se terminer. Stéphanie Lepage a interrogé le ministre fédéral en charge de la mobilité et de la SNCB, Georges Gilkinet, dans le cadre de la séquence "Droit de Suite" de Matin Première.

Le réseau express régional bruxellois (RER) est annoncé pour la première fois en 1999 pour une mise en service… En 2008. Le RER dont l’ambition était dès le départ de faire passer de deux à quatre bandes une série de lignes, afin de permettre des connexions rapides et fréquentes entre Bruxelles et les principales villes situées au nord et sud de la capitale.

22 ans après, toujours pas le bout du tunnel

Certaines parties du chantier ont été bouclées, notamment en Flandre et à Bruxelles, mais les lignes wallonnes ont pris un retard considérable. La ligne 161 Bruxelles-Ottignies-Louvain-la-Neuve et la ligne 124 Bruxelles-Nivelles ont été bloquées des années faute de budget. Mais "l’échec du RER" repose aussi sur un éparpillement des responsabilités, les retards administratifs des pouvoirs locaux et des recours venus de riverains ou de communes. Bref, un beau fiasco.

Conséquence pour les navetteurs, l’offre ferroviaire reste peu attractive et la voiture est toujours le moyen de transport privilégié. Gianni Tabbone est usager de train depuis toujours et porte-parole de Navetteurs.be, site d’information et de services pour les utilisateurs de la SNCB. Il voit dans le RER une arlésienne qui frustre les navetteurs, surtout wallons :

Cela fait des années qu’on en entend parler mais on ne voit rien venir. Le navetteur wallon est un peu frustré parce que les infrastructures en Flandre sont terminées. De plus, avec les chantiers en cours, les temps de trajet sont allongés et de grosses interruptions sont encore prévues. Des désagréments subis depuis de nombreuses années par certains navetteurs qui ont l’impression de ne jamais en voir le bout.

Le chantier du RER est un "tableau impressionniste"

Le ministre fédéral (Ecolo) en charge de la mobilité et de la SNCB, Georges Gilkinet, voit la concrétisation de ce projet par petites touches : "Il faut plutôt voir le projet RER comme un tableau impressionniste qui se réalise par touche. Les investissements ferroviaires demandent des moyens et du temps. Par exemple, l’intégration tarifaire dans la zone bruxelloise est arrivée 20 ans après les premières déclarations. Mais certaines parties du RER, qu’on appelle le réseau S, existent déjà, et c’est vrai qu’on a deux lignes en retard. Notamment la ligne 124 vers Nivelles où la commune de Linkebeek et la Région flamande n’ont pas joué le jeu. Mais l’offre est renforcée par rapport à ce qu’elle était en 99."

1 milliard d’euros de budget

Le budget prévu pour l’accomplissement des travaux est d’un milliard d’euros. Le ministre précise que le projet en route n’apparaîtra pas d’un coup en une fois, c’est un travail continu : "Ce que je demande à Infrabel et à la SNCB, c’est de profiter de chaque plan de transport au mois de décembre pour améliorer touche par touche le paysage ferroviaire. On ne va pas couper le ruban un jour en disant : le RER est là. Il va être là petit à petit et on en voit déjà des effets. J’aurais voulu que le projet aboutisse avant que je n’arrive mais on a vu depuis 20 ans que la SNCB a trop souvent été une variable d’ajustement budgétaire."

Une fin prévue en 2028

Georges Gilkinet tempère toutefois les avancées et rappelle qu’il va falloir que les navetteurs se montrent patients car "la fin des travaux est prévue pour 2028, soit deux législatures." Avec concrètement la promesse d’une grosse évolution des services : "L’idée est d’avoir tous les quarts d’heure un train vers Bruxelles ou de Bruxelles vers la périphérie pour que les habitants puissent abandonner leur voiture et diminuer la pression automobile sur Bruxelles."

Mais faire des travaux nécessite des aménagements, des voies bloquées et des trajets déviés. Le ministre précise qu’ils vont s’accélérer mais que c’est un mal nécessaire pour avancer.

Des parkings "peu attractifs"

Le porte-parole de Navetteurs.be, Gianni Tabbone, reste critique sur la politique des parkings de délestage qui ne sont pas gratuits :

Autour de Bruxelles, les parkings sont tous payants. Les voyageurs qui doivent payer en plus le parking sont alors refroidis par le train et préfèrent conserver leur voiture seule pour se déplacer.


Georges Gilkinet se défend en relativisant le coup de ces stationnements de navetteurs : "La SNCB fait des parkings au prix coûtant qui n’est pas si élevé que cela. Par contre la politique du gratuit est toujours payée par quelqu’un. Je préfère mettre les moyens pour terminer les travaux plutôt qu’avoir des parkings complètement gratuits."

Selon le ministre, un élargissement de la zone d’intégration tarifaire avec le RER est possible. Le but étant que les usagers paient de la même façon voire d’une seule fois l’ensemble des services de transport disponible. Pour lui, c’est "l’avenir".

Blocage politique pour les derniers permis ?

"Des procédures sont en place avec la Région flamande qui délivre le permis, déplore Georges Gilkinet. Je regrette qu’un bourgmestre francophone (et libéral) comme Damien Thiéry à Linkebeek nous empêche d’avancer. Nous avons tous intérêt à renforcer la mobilité, et notamment celle des trains qui pour moi, sont les transports de l’avenir."

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