RTBFPasser au contenu

Autres

Le champion du monde ukrainien Yaroslav Amosov, de la cage de MMA au champ de bataille en taille réelle

Yaroslav Amosov, au temps de l’insouciance

Quatre jours avant le début de l’invasion russe en Ukraine, un grand bonhomme musclé et tatoué était rentré au pays, de retour d’un camp d’entraînement en Thaïlande. Cet homme, c’est Yaroslav Amosov. L’un des sportifs les plus appréciés des Ukrainiens. Champion du monde de MMA et spécialiste de sambo (art martial russe également pratiqué par Vladimir Poutine), celui que l’on surnomme "Dynamo" devait combattre ce vendredi 13 mai pour défendre son titre mondial Bellator des poids welters, à Londres. Mais son horizon, actuellement, ce sont plutôt les ruines de sa ville natale, Irpin, près de Kiev. Amosov a mis sa carrière entre parenthèses pour défendre son pays et aider la population locale.

Amosov, un des meilleurs athlètes MMA de sa génération, détient la plus longue série actuelle de combats sans défaite (26-0). Avant que sa vie ne bascule, il était à la poursuite du record (29-0) du Russe Khabib Nurmagomedov… Mais à la fin du mois de février, quand les troupes russes sont entrées en Ukraine, il n’a pas hésité.

Yaroslav Amosov a d’abord mis sa compagne et son jeune fils de six mois en sécurité, à la frontière, avant de revenir à Irpin, une ville qui a payé un lourd tribut à la guerre. Comme d’autres grands sportifs ukrainiens, il a pris ses responsabilités et s’est mis au service de son pays, malgré son inexpérience avec les armes. Un briefing rapide, alors que les combats avaient déjà commencé, et la star de Bellator (l’un des circuits mondiaux MMA, à côté de l’UFC) a dû affronter l’horreur. "C’était très difficile, les premiers jours", confie-t-il à CNN qui a pu décrocher son interview alors que la situation semble s’être un peu calmée désormais à Irpin. "Les gens couraient, quittaient leurs maisons, ne savaient pas quoi faire. J’ai vu un soldat courir avec un enfant couvert de sang dans les bras. Mais ce n’était pas le sang de l’enfant, c’était celui de son père. Sa mère courait aussi."

Le quotidien d’Amosov est ponctué par ces moments très difficiles, notamment lorsqu’il fournit de l’aide aux civils. "Voir des gens éclater en sanglots parce qu’on leur tend un morceau de pain, c’est très douloureux à voir, très douloureux à vivre", raconte encore celui qui est pourtant habitué à prendre des coups sous le feu des projecteurs. "Pour l’instant, il fait calme ici mais je sais ce qui se passe dans d’autres villes. C’est difficile de rire entre amis, difficile d’être de bonne humeur parce qu’on a vécu ces situations, ces bombardements et ces tirs."

S’il tient le coup, Yaroslav Amosov explique qu’il le doit avant tout à la gentillesse et au courage de ses compatriotes. Il explique que même ceux qui n’ont rien tentent d’aider les soldats, parfois juste avec une barre de chocolat. "Je suis fier d’avoir des compatriotes comme ça et de vivre dans un pays comme le nôtre", appuie le combattant, qui n’a pas hésité à interpeller ses fans russes dans une vidéo pour leur expliquer que ce qu’ils voyaient à la télévision n’était pas la vérité.

Son sport a parfois fait un retour cruel dans sa vie. Ainsi, quand le champion du monde a appris par des amis qu’un jeune fan, pratiquant lui aussi les arts martiaux, se trouvait dans un hôpital, il n’a pas hésité à le contacter et à aller lui rendre visite. En arrivant, "Dynamo" n’a pu que constater, horrifié, que le jeune homme de 20 ans avait été amputé de ses deux jambes après les combats.

Toujours au micro de CNN, Amosov s’interroge : "Je ne comprends pas comment on peut se battre si cruellement, sans aucune règle. J’ai presque l’impression que ce n’est juste pas humain. Comment pouvez-vous agir comme ça ? Combien de personnes sont mortes ? Combien ont été blessées ? Combien ont perdu leur maison ? Et ils parlent de sauver ? Ce n’est pas sauver. C’est détruire."

Loading...

Dans un moment plus "joyeux", Amosov avait réussi il y a quelques semaines à récupérer sa ceinture mondiale, restée dans l’immeuble détruit de sa mère. Dans une vidéo postée sur ses réseaux sociaux et devenue virale, on le voit sur une échelle, déballer un sac en plastique dans lequel se trouve la fameuse ceinture. "Je la gagne une deuxième fois", semble s’amuser Amosov, avant de poser sur une photo en compagnie de son groupe militaire. "Ma mère l’avait bien cachée, elle a survécu aux bombardements. Et en plus c’est le moment où les soldats russes ont commencé à se retirer de notre zone de l’Ukraine".

Yaroslav Amosov essaie de regarder de l’avant. Il a recommencé à s’entraîner et a annoncé qu’il allait être attentif à la compétition londonienne à laquelle il aurait dû participer. "Je m’entretiens. Je veux revenir", déclare-t-il. Et même s’il ne sait pas quand ce sera, le champion a hâte de retourner dans la cage. Ses deux pensées pour le futur ? "Que notre pays retrouve sa vie d’avant et que je puisse défendre ma ceinture."

Loading...

Sur le même sujet

12 mars 2022 à 20:09
2 min
22 janv. 2021 à 15:25
2 min

Articles recommandés pour vous