Le Centre Hospitalier Jean Titeca se modernise pour mieux accueillir la souffrance psychiatrique

Les lieux de vie communautaires où soignants et soignés se côtoieront en journée

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24 nov. 2021 à 18:05Temps de lecture2 min
Par Véronique Fievet

A Schaerbeek, le Centre Hospitalier Jean Titeca est l’une des plus importantes institutions psychiatriques bruxelloises avec 250 lits agréés, auxquels il faut ajouter deux Maisons de Soins Psychiatriques et 4 équipes mobiles. Fondé en 1852, le CHJT (on l’appelait alors la Maison de Santé Maeck) inaugurait ce mardi deux nouvelles ailes au sein de ses bâtiments historiques, à Schaerbeek. Ces dix-sept mille mètres carrés flambant neufs émergent après six ans de travaux et de réflexion sur l’aménagement, la place du personnel et la démarche thérapeutique. Trente-cinq millions d’euros y auront été investis. Pour faire quoi ? Rencontre avec deux des chevilles ouvrières qui ont porté ce projet.

On a supprimé le bureau de soin pour favoriser les échanges entre soignants et soignés

Les patients n’investiront les lieux que dans quelques jours, c’est donc Nathalie Clochard, la directrice des soins, que nous suivons aux étages. Cuisine vitrée, petit salon cosy. Ici pas de longs couloirs et des chambres à un ou deux lits. Nous voici dans l’espace qui accueillera les patients souffrants d’un double diagnostique (Handicap mental et maladie mentale). Ici comme ailleurs, "l’idée est que les soignants soient plus disponibles pour les soignés. Qu’ils partagent plus de temps ensemble. Cela va redonner du sens à la pratique soignante, avec moins de tâches administratives. C’est une question d’organisation".

Les aménagements sont presque terminés. Dans quelques jours, les patients pourront occuper leurs nouvelles chambres
Les aménagements sont presque terminés. Dans quelques jours, les patients pourront occuper leurs nouvelles chambres © Tous droits réservés

Soigner c’est permettre au patient de faire des choix comme l’heure du lever ou du coucher.

Une philosophie du soin que le directeur médical appelle "rétablissement" et qui passe par la réappropriation par le malade d’une partie de son libre arbitre. "Faire des choix, c’est parfois faire de bons ou de mauvais choix. Décider d’aller se coucher plus tard par exemple. Et cela peut avoir conséquences sur soi-même, sur les autres soignés ou sur le personnel. Ces échanges seront favorisés dans ces espaces de mixité."

 

Une salle de sport pour prendre soin de soi pour préparer la sortie
Une salle de sport pour prendre soin de soi pour préparer la sortie © Tous droits réservés

Si la contention ou les neuroleptiques n’ont pas disparu de l’hôpital, les soins passent désormais aussi par une salle de sport avec même un mur d’escalade. Une manière de cheminer vers l’autonomie et le soin de sa personne. "Prendre soin de soi, par du sport, c’est aussi préparer la sortie". Et c’est indispensable car à Bruxelles, les soins psychiatriques sont sous pression. Les demandent augmentent et les durées d’hospitalisation sont plus courtes.

Luc Detavernier, directeur de la Plateforme Bruxelloise pour la Santé Mentale, a fait ses comptes. Avec 1740 lits psychiatriques agréés sur 19.870 pour l’ensemble du pays, la région bruxelloise n’offre que 8,76% de l’ensemble des lits alors que Bruxelles représente 10,5% de la population. De plus, la précarité importante de la population régionale a un impact reconnu sur la santé mentale.

Notre hôpital est le baromètre de la réalité bruxelloise

Ces besoins en soins psychiatriques qui augmentent, c’est aussi ce que constate Pierre Oswald : "Ici, en pleine ville, nous recevons beaucoup de personnes qui arrivent sous contrainte, avec des troubles mentaux parfois sévères mais aussi avec des problèmes sociaux, familiaux, économiques. Cela dit quelque chose aussi de la souffrance dans cette ville et dans la société !".
 

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