L'odyssée

Le cas médical de Schubert, entre syphilis, typhus et empoisonnement

© De Agostini via Getty Images – DEA / A. DAGLI ORTI

14 oct. 2022 à 13:05Temps de lecture2 min
Par Cécile Poss

Schubert est l’un des compositeurs les plus prolifiques du XIXe siècle… Et pourtant, il est mort très jeune, à l’âge de 31 ans, dès suites de la syphilis. Schubert à travers l’œil de la médecine, c’est une thématique proposée par Cécile Poss.

Les documents relatifs à l’état médical de Schubert sont peu nombreux. Il faut dire que la syphilis, que Schubert avait contractée à l’âge de 24 ans, était à l’époque une maladie que l’on cachait parce qu’elle était punissable.

Mes créations existent par la connaissance de la musique et par celle de ma douleur.

Schubert a probablement contracté la syphilis en 1822, le traitement qu’il a subi a très certainement été un moment très difficile de sa vie car, à l’époque, on faisait subir aux patients atteints de cette maladie des traitements à base de mercure que l’on administrait par toutes les voies possibles. C’était un "traitement héroïque" souligne le médecin Jean-Louis Michaux, qui a consacré plusieurs ouvrages aux compositeurs et leurs maladies.

Les traitements étaient donc très éprouvants, ils maintenaient le malade dans une hospitalisation difficile, à domicile, avec des régimes très contraignants de telle sorte qu’ils étaient coupés de la vie sociale durant plusieurs semaines voire plusieurs mois, ce qui était d’ailleurs le cas de Schubert. Il s’est alors rendu compte que c’était une maladie grave et que cela pouvait modifier sa vie.

"Je m’éprouve comme le plus malheureux et le plus misérable des hommes de cette terre. Imagine un homme dont la santé ne pourra jamais être bonne et qui par désespoir fait les choses plutôt pires que meilleures. Imagine un homme dont les plus grandes espérances sont réduites à rien, auquel le bonheur de l’amour et de l’amitié n’offre plus rien que la plus grande douleur, dont l’enthousiasme pour le beau menace de disparaître et demande-toi si ce n’est pas le plus misérable et le plus malheureux. Mon repos s’en est allé, mon cœur est lourd, je ne le retrouve plus et ne le retrouverai jamais. C’est ce que je peux bien chanter chaque jour parce que, chaque soir quand je m’endors, j’espère bien ne plus me réveiller et chaque matin m’apporte seulement l’affliction de la veille."

Franz Schubert

Théorie de l’empoisonnement de Schubert

Si nous avons très peu de documents médicaux concernant Schubert, nous disposons tout de même d’informations grâce à son frère, Ferdinand, qui nous apprend, par exemple, que trois jours avant la mort de Franz, il a vu un médecin qui lui a diagnostiqué un typhus, ce qui est tout à fait possible car le traitement au mercure qu’il recevait pour la syphilis a comme effet secondaire de détruire les reins.

Mais il existe aussi une théorie de l’empoisonnement de Franz Schubert, bien moins connue que la théorie de l’empoisonnement de Mozart. Le 30 octobre 1828 – soit 20 jours avant son décès – les frères Schubert sont allés manger dans une auberge où Schubert aurait mangé un poisson par très frais puisqu’il s’est exclamé : "ce poisson que je mange a un goût de poison". Ceci a fait dire à certains que Schubert avait été empoisonné, or Schubert souffrait de dysgueusie, à savoir une modification du goût. Comme l’explique Jean-Louis Michaux, dans son ouvrage "Le cas Schubert", "Schubert vomissait ses traitements contre la syphilis, il a dû donc recevoir un nouveau traitement au mercure qui lui a certainement donné un goût de métal en bouche, où, un des poisons utilisés à l’époque et dont Mozart pensait avoir été empoisonné, c’est l’acqua tofana qui donne justement ce goût de métal."

C'est ainsi qu'une théorie autour d'un empoisonnement de Schubert s'est créée, alimentant ce "mystère" autour de la mort du compositeur. 

Ecoutez la thématique de Cécile Poss (à partir de 1h53)

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