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Le cas Caterpillar dans Matin Première

Caterpillar
01 mars 2013 à 03:408 min
Par Gorian Delapture

Ce lundi, nous recevons Nicolas Polutnik, le patron de Caterpillar Belgique. Nous reviendrons sur la décision de supprimer 1.400 emplois dans l'usine de Gosselies.

Texte de l'entretien:

GL              : - Et on prend tout de suite la direction de Charleroi pour y retrouver Bertrand Henne et à vos côtés, Bertrand, Nicolas Polutnik, le patron de Caterpillar.

 

BH             : - Exactement, patron de Caterpillar Belgique.

Bonjour, Nicolas Polutnik.

 

NP             : - Bonjour.

 

BH             : - Alors on va signaler à nos auditeurs que vous êtes vous-même Carolo d'origine, c'est important parce que par rapport à d'autres conflits sociaux où parfois les directions se trouvaient assez loin, ici, vous êtes Carolo d'origine.  Ce matin, la gazette locale titre : "Le Carolo qui va tuer Caterpillar", avec votre photo en une, comment est-ce que vous vivez cette situation ?

 

NP             : - Mais c'est assez pénible évidemment de toute façon mais je comprends l'émotion, donc, c'est, je comprends que nous sommes à Charleroi depuis 47 ans, nous avons toujours été un acteur important de la région et nous avons la ferme intention de le rester. Il faut simplement avoir à l'esprit que le monde dans lequel nous vivons, a changé énormément au cours des dernières années.

 

BH             : - Est-ce que vous allez être, je reprends le titre de la gazette, le Carolo qui va tuer Caterpillar ?

 

NP             : - En fait dès 2011, j'avais présenté un plan qui s'appelait et qui s'appelle toujours d'ailleurs, "Gosselies génération 2015", et qui vise à positionner l'entreprise de façon favorable, donc nous continuons à investir dans notre entreprise et si on avait l'intention d'arrêter, vous vous imaginez bien qu'on ne dépenserait plus d'argent dans des investissements assez lourds.

 

BH             : - Est-ce que vous pouvez assurer aujourd'hui que l'usine n'est pas condamnée à terme, parce que certains notamment dans le monde syndical, se dise, que ce qui s'est passé hier, l'annonce des 1400 pertes d'emploi, en fait, c'est le début de la fin mais on n'ose pas le dire. Qu'est-ce que vous répondez à ceux-là ?

 

NP             : - Encore une fois, je ne peux que me répéter, on continue, on a un plan, un plan qui consiste en trois points, tout d'abord, un plan d'investissement, on continue à moderniser nos lignes d'assemblage, d'investir dans des technologies de pointe et d'améliorer les infrastructures. Donc on va se spécialiser et simplifier l'usine pour justement renouer avec la compétitivité et puis on doit aussi trouver une organisation du travail qui soit adaptée à ces nouveaux investissements. Donc en fait, c'est tout le contraire d'un plan qui consisterait à mourir à terme.

 

BH             : - Ca veut dire qu'au-delà des pertes d'emploi, vous dites aux travailleurs qui vont rester, qu'il faudra faire des efforts, il faudra peut-être travailler plus pour gagner moins ?

 

NP             : - Alors on n'a aucune intention de toucher aux salaires tout d'abord ; il faudra travailler autrement parce que nous avons des lignes de fabrication qui, qui sont aujourd'hui un peu plus tirées, en flux tirés, et ça réclame une organisation du travail adaptée.

 

BH             : - Ca veut dire qu'il faut plus de flexibilité quoi, c'est ce que vous dites ?

 

NP             : - Nous sommes une entreprise conjoncturelle et effectivement nous avons des hauts et des bas, vous le savez, on a résolu pas mal de problèmes dans le passé, avec certaines mesures qui étaient du type conjoncturel. Donc effectivement il faut pouvoir s'adapter à la conjoncture mais ici le problème que nous avons à résoudre, est un problème structurel.

 

BH             : - Est-ce qu'il y a eu une réunion hier, avec le Premier ministre, les syndicats, Jean Claude Marcourt, Monica De Coninck, la Ministre fédérale de l'Emploi, est-ce que les autorités en Belgique, quelque part, peuvent poser aujourd'hui, on ne va pas parler de contexte économique global, mais posent aujourd'hui des gestes pour vous aider à investir ? Est-ce qu'il y a des choses que les autorités peuvent faire, peut-être, peut-être pas pour revenir sur la décision de Caterpillar mais pour aider véritablement Caterpillar à s'installer, à garder une activité industrielle ?

 

NP             : - Mais le rôle du politique, c'est de créer les conditions, les conditions favorables à l'épanouissement de l'industrie parce que je pense que nous avons besoin d'une industrie, sans industrie, plus beaucoup de services, donc je pense que c'est un axe stratégique important. Donc tout ce que peut faire le politique pour créer les conditions favorables en terme d'infrastructures, en terme de coût pour opérer chez nous, eh bien, serait évidemment un des moyens de nous aider à nous positionner sur la scène internationale.

 

BH             : - Est-ce qu'on aurait pu, pour rester dans ce domaine-là, par une autre politique en Belgique, sur les coûts du travail, sur les coûts de l'énergie peut-être plus favorables aux entreprises, évité ces pertes d'emploi ou est-ce que c'est simplement dû au fait qu'on vend moins de machines. Je veux dire, est-ce que si on avait été plus compétitif, pour le dire en un mot, on aurait pu éviter le massacre ?

 

NP             : - Alors la seule assurance pour l'emploi, c'est la compétitivité. Alors je sais que c'est quelquefois difficile à entendre mais c'est ça la seule assurance. Donc effectivement tout ce que l'on peut faire pour nous rendre compétitifs, eh bien, ça va dans le bon sens. Alors aujourd'hui, le marché est difficile, notre manque de compétitivité, font en sorte que l'on doit avoir une stratégie défensive afin de renouer avec la compétitivité. Une fois qu'on y sera mais là d'autres options pourraient s'ouvrir.

 

BH             : - Pour l'instant, on n'y est pas et je vais reprendre ma question, si on avait eu ça, est-ce qu'on aurait pu éviter le massacre ? Ou est-ce que c'est dû simplement au fait qu'on vend moins de machines ou est-ce que c'est dû au fait que la Belgique n'est pas assez compétitive et que les conditions ne sont pas réunies ?

 

NP             : - Il y a les deux, je ne vais pas nier les réalités économiques de l'Europe, mais effectivement,

 

BH             : - Et de la Belgique en particulier, parce que on vend aussi à l'Europe ?

 

NP             : - De la Belgique, exactement, de la Belgique en particulier, il faut dire les choses telles qu'elles sont, nous sommes l'usine la plus chère au monde dans le groupe Caterpillar, c'est clair.

 

BH             : - Ca, c'était déjà le cas, il y a 4,  5 ans ?

 

NP             : - C'était un peu moins le cas, c'était un peu moins le cas et puis il y a au cours de nos 47 ans d'existence, il y avait peu d'alternatives crédibles à l'usine de Gosselies, aujourd'hui, elles existent.

 

BH             : - Oui, ça veut dire qu'il y a des gens qui font, sur le même créneau que vous, des produits moins chers. Et ça veut dire aussi, vous avez dit, c'est un peu moins le cas, ça veut dire qu'il y a 4, 5 ans,  notamment en 2008, au début de la crise, ça veut dire que depuis lors, on a dégradé notre compétitivité en Belgique ?

 

NP             : - Alors je ne peux pas le reprendre pour la Belgique, mais en tout cas, nous, on ne s'est pas amélioré comme on s'était engagé à le faire lorsque j'ai présenté le plan stratégique 2011.

 

BH             : - Pierre Cuisinier qui était votre prédécesseur à ce poste, estime, il l'a dit hier dans les interviews nombreuses qu'il a données, que la Belgique pourrait être plus productive, qu'on a un handicap salarial avec l'Allemagne, de 25% et que le prix de l'énergie est très préoccupant. Est-ce que tout ça, ce contexte-là, ça a pesé dans la décision, votre décision et la décision du groupe Caterpillar ?

 

NP             : - Oui, effectivement et nous attaquons tous les éléments du coût donc parce qu'on ne regarde pas uniquement à la variable main d'oeuvre, vous pensez bien, donc tous les éléments du coût, sont regardés, de manière à ce que nous puissions nous positionner favorablement.

 

BH             : - Est-ce qu'il y a vraiment pour un groupe comme vous, un avenir industriel, je veux dire, fort en Europe ? Quand on voit aux Etats Unis, ce qu'a fait Barack Obama à différents niveaux, avec le gaz de schiste, avec General Motors, etc, il réindustrialise, l'économie est relancée aux Etats Unis, on verra pour combien de temps. En Chine, on voit bien que ça carbure. Est-ce qu'en Europe, il y a vraiment un avenir pour une industrie lourde comme Caterpillar ou est-ce que finalement on va aller acheter nos machines bientôt ailleurs ?

 

NP             : - Moi, je pense que oui, il faut simplement que nous inventions, que nous ayons notre propre génie pour voir comment on va faire la différence. Alors quand on n'est pas les moins chers, il faut être les meilleurs et les plus rapides. Parce que pour nous, le nerf de la guerre, c'est d'être rapides. Si nous pouvons répondre plus rapidement que des concurrents qui opèrent dans d'autres régions du monde, là de nouveau, on retrouve des marges de manoeuvre. Donc c'est et on a une situation par exemple, pour revenir à mon entreprise, on a une situation logistique exceptionnelle, avec un réseau autoroutier, le port d'Anvers, donc, ça, c'est un de nos avantages. Donc on doit continuer à améliorer ces infrastructures, si j'arrive à le dire, et puis inventer notre propre manière d'être compétitif en Europe.

 

BH             : - Pour revenir au groupe Caterpillar, un autre de vos prédécesseurs, Jean Paul Faure, juste avant vous, celui-là, un Français, était assez pessimiste et il disait, chez Caterpillar, chaque entité doit, chaque usine en gros, doit plaider sa cause et un "non" est définitif. Est-ce qu'aujourd'hui Gosselies a perdu la confiance de l'Amérique ?

 

NP             : - Mais absolument pas ! D'ailleurs, c'était ma mission, ma mission en 2011, c'était de retrouver la confiance du groupe, c'est ce que nous avons fait. Nous avons décroché des investissements, quelle chance d'être adossé à un groupe comme Caterpillar, parce que ça nous protège de beaucoup de choses. On investit des milliards en recherche et développement, nous avons les bons produits, nous avons les investissements. Maintenant, il y a des choses à faire chez nous, le marché est beaucoup plus compliqué que nous le pensions

en 2010 et nous devons nous adapter. Sans adaptation, le pronostic serait réservé.

 

BH             : - Oui, est-ce qu'il n'y a pas eu de la part de Caterpillar Belgique, une décision funeste de fabriquer des machines uniquement à destination de l'Europe et qui conviennent moins aux autres marchés, Moyen Orient, Afrique ? Est-ce que ça aurait pu être évité aussi par-là ?

 

NP             : - Ca aurait pu être évité si nous avions été compétitifs mais,

 

BH             : - On en revient là, on en revient à la compétitivité.

 

NP             : - Exactement.

 

BH             : - Une dernière question sur le plan social, vous ne pouvez pas en dire beaucoup puisque c'est la procédure Renault et que vous ne pouvez pas annoncer à la radio, des choses que les syndicats n'auraient pas encore appris. Mais vous le disiez, Caterpillar, c'est un grand groupe. On se souvient par exemple de chez VW-Forest, où il y avait des primes assez importantes pour les travailleurs. Est-ce qu'on risque d'être dans ces primes, ce type de primes-là, on avait parlé alors de primes jusqu'à 140.000 Euros pour les ouvriers de chez VW-Forest ?

 

NP             : - Eh bien, je ne vais pas répondre à votre question parce qu'effectivement, nous avons déjà résolu beaucoup de problèmes avec les organisations syndicales au cours de notre vie et c'est avec elles que nous allons travailler.

 

BH             : - Encore une dernière question parce qu'on a un tout petit peu de temps, le PTB, Parti du Travail de Belgique, estimait scandaleux de licencier alors que vous affichez un bénéfice de 4 milliards 2 d'Euros, qu'est-ce que vous répondez au PTB ?

 

NP             : - Il faut voir notre réalité. En fait, chaque site est en charge de sa viabilité et de sa compétitivité.

 

BH             : - Merci, Nicolas Polutnik, d'avoir été notre invité ce matin.

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