Le Belge a consommé pour 25 euros de produits équitables en 2020 : "Il reste du chemin à parcourir"

06 oct. 2021 à 09:15Temps de lecture4 min
Par A. Louvigny, sur base de l'invité de Sophie Brems

La semaine du commerce équitable débute ce mercredi, mobilisant des particuliers, communes, écoles, entreprises ou autres associations qui promotionneront, jusqu'au 16 octobre, une alimentation saine, durable et respectueuse de l'environnement et de l'humain.

Actuellement, le Belge dépense en moyenne 25 euros par an en produits équitables, ce qui est relativement peu par rapport à d'autres pays comme le Luxembourg (39 euros) ou la Suède (46 euros). Nicolas Lambert, CEO de Fairtrade Belgium, un des labels du commerce équitable, reconnaît qu'il y a encore du chemin à faire, mais est optimiste car la croissance des produits Fairtrade est en croissance.

"Par exemple, dans les bananes, il y a à peu près une banane sur cinq en Belgique qui est fairtrade. C'est très bien, c'est une banane sur cinq, c'est 20%, mais ça veut dire qu'il y en a encore 80% qui ne le sont pas, notamment ces fameuses bananes à un euro du kilo qui mettent une pression insoutenable sur les producteurs.

Dans le chocolat, il y a cinq ans, on était à moins de 1% du chocolat en Belgique qui était Fairtrade et on approche maintenant tout doucement des 10%, donc il y a une belle progression. Mais de nouveau, c'est 10%, donc il y a encore 90% qui ne le sont pas, donc il y a effectivement encore pas mal de chemin à parcourir.

On a parfois du mal à passer à l'action parce qu'on est dans une certaine routine, on a l'habitude d'acheter toujours la même marque

C'est donc pour ça qu'on se mobilise. C'est aussi l'utilité de la Semaine du commerce équitable, c'est de remettre ça en avant, de rappeler aux gens. On a tous des bonnes intentions, je pense vraiment que ce sont des valeurs qui sont partagées par tout le monde.

Mais on a parfois du mal à passer à l'action parce qu'on est dans une certaine routine, on a l'habitude d'acheter toujours la même marque, etc. Je crois que la Semaine du commerce équitable, c'est le moment dans l'année où on peut se dire qu'on va être un peu plus aventureux et qu'on va peut-être essayer une fois un café équitable, un chocolat équitable, une banane équitable, si on ne le fait pas déjà, évidemment, au lieu d'acheter ce qu'on achète d'habitude."

Plus équitable, mais moins écolo ?

Le concept de consommation responsable, tel que présenté par Fairtrade (par rapport à une consommation de produits locaux, qui peut également être responsable), a aussi des notions d'écologie, des normes environnementales à respecter. Or, il faut quand même toujours amener ces produits, et ce sont souvent des produits qui viennent de pays lointains, de pays du Sud. Ce qui peut être perçu comme un peu paradoxal.

"L'immense majorité des produits issus du commerce équitable, en tout cas labellisés Fairtrade, ce sont des produits qu'on ne peut pas produire ici : le cacao, le café, les bananes, le sucre de canne, etc. On ne peut pas les faire ici, donc soit on choisit de s'en priver tout à fait, mais ce serait dommage de ne plus manger de chocolat, surtout en Belgique, soit il faut effectivement les faire venir de plus loin.

Il faut savoir qu'ils viennent généralement par bateau et il faut savoir aussi, et les gens ne le savent souvent pas, que l'empreinte écologique, notamment carbone, de notre alimentation est très importante, mais le transport ne joue pas un rôle tellement important, surtout pour des produits comme les bananes ou le cacao, qui viennent par bateau. Ça représente généralement une empreinte carbone qui est très raisonnable.

Par contre, effectivement, ce qui est très important, c'est la manière dont c'est cultivé. Donc, le fait d'avoir des produits, notamment Fairtrade, et c'est encore mieux quand ils sont bio et cultivés de manière raisonnable, ça, par contre, ça va avoir un impact important sur l'empreinte CO2."

Belga Image

Des activités dans tout le pays

Durant dix jours, plusieurs dizaines d'activités sont proposées dans les différentes provinces du pays, notamment à l'initiative du Trade for Development Centre, un programme de l'agence belge de développement Enabel.

Bruxelles accueillera dimanche, dans ce contexte, la grande marche pour le climat. Une journée pour déconstruire et repenser l'industrie de la mode est également annoncée samedi par Oxfam au centre culturel du Vieux Marché aux Grains.

Liège célèbrera l'événement samedi, lors d'un marché sur la place Tivoli, avant la remise officielle du label de "commune du commerce équitable" aux autorités locales. Diverses activités impliquant plusieurs acteurs locaux sont prévues à Tournai, à Fontaine-l'Évêque et dans d'autres entités wallonnes.

En Flandre, la Ville de Bruges a créé un itinéraire téléchargeable sur smartphone, vantant notamment les produits locaux. Les Gantois affrèteront un charriot pour une distribution de café dans les rues tandis que la cité limbourgeoise de Genk célèbrera le quinzième anniversaire de l'obtention de son titre de ville équitable. Un festival de mode durable est aussi organisé à Malines.

Durant tout le mois d'octobre, et plus particulièrement à l'occasion de la semaine du commerce équitable, l'association Fairtrade Belgium sera très présente sur les réseaux sociaux et suggèrera à chacun d'offrir une "fair card" à une personne, une organisation ou une initiative qui œuvre pour la justice sociale. "Les Belges achèteraient beaucoup plus de produits durables et équitables si l'offre et la différence de prix étaient mieux connues", indiquait un responsable de Fairtrade Belgium à la veille de cette semaine, soulignant que le choix de produits du commerce équitable permet d'offrir de meilleures conditions aux producteurs.

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