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Belgique

L’automne social de tous les dangers

Philippe Walkowiak

 

80.000 personnes dans la rue. Inquiètes pour leur pouvoir d’achat. La mobilisation des trois syndicats (chrétien, socialiste, libéral) est une réussite. Mais quelle suite politique donner à cette inquiétude sociale générale ?

Divergences sociales

La crise covid aura perturbé les relations entre patrons et syndicats, des relations déjà tendues et teintées de méfiance.

Le dernier Accord Interprofessionnel, négocié en pleine pandémie, a tourné au désaccord patenté, ne laissant au gouvernement que la seule possibilité d’entériner, la marge salariale établie par le Conseil Central de l’Économie à 0,4%, au-delà de l’indexation. Trop peu pour les travailleurs mais qui arrangeait très bien les entreprises, souvent malmenées et connaissant des réalités contrastées.

Les dernières négociations sociales, notamment sur une enveloppe destinée aux frais de déplacement, ont généralement tourné court.

Dans le même temps, le gouvernement fédéral se garde bien d’intervenir, soucieux d’éviter les tensions en son sein. Pourtant, une crise sociale existe.

Divergences politiques et à nouveau sociales

Cette crise prend des tours particuliers avec la fois un pouvoir d’achat en berne, une pénurie de main-d’œuvre inédite, plusieurs secteurs réalisant des bénéfices plantureux, une inflation galopante ou un prix de l’énergie affolant. Ce cocktail est potentiellement détonnant.

Face à cela la réponse politique demeure ténue. Le gouvernement fédéral adopte un job deal minimaliste, histoire de se donner un peu d’air avant un automne de mobilisation sociale.

Au fédéral, la feuille de route sociale reste minimaliste : indexation automatique des salaires et loi de 96 encadrant les salaires demeurent les deux faces indissociables d’une même pièce. Ecolo et surtout PS se voient dès lors quelque peu " piégés " tant par la situation sociale que surtout par l’accord de gouvernement qui neutralise de fait, toute avancée effective dans ce domaine.

Le PS se retrouve ainsi sous la pression syndicale, FGTB en tête et face à un PTB qui en tire politiquement les marrons du feu, sans prendre le moindre risque.

L’avenir s’annonce de plus très incertain. Socialement et politiquement. En effet, le Bureau du Plan fait déjà savoir qu’avec l’inflation élevée et l’ajustement des salaires plus rapide en Belgique qu’à l’étranger, en raison de l’indexation automatique des salaires, "il n’y aura de facto pratiquement pas de marge de négociation pour des hausses de salaires bruts réels en 2023-2024". Le prochain Accord Interprofessionnel semble déjà mort-né. Sur fond de crise sociale profonde dès l’automne ? La hausse prévue du prix de l’énergie avant l’hiver prochain, et des marges budgétaires toujours plus réduites n’incitent guère à l’optimisme.

 

@PhWalkowiak

Bruxelles: manifestation nationale (JT 20/06/2022)

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