Laurence Vielle

Laurence Vielle lit un extrait de "Ridiculum Vitae" de Jean-Pierre Vergheggen

28 sept. 2020 à 10:32Temps de lecture2 min
Par Laurence Vielle

Laurence Vielle lit un extrait du poème du poète belge Jean-Pierre Vergheggen : "Ridiculum Vitae"

Le texte

Tout dire ! Tout parler ! Oser ! Tout écrire ! Tout échouer et en rire ! L’Académie ? Vingt cadavres debout discutent de l’orthographe exacte du mot macchabée ! Tout pue, jeunes gens !

Fuyez ! Hâtez le pas ! L’Institution nous rattrape, l’Établissement est à nos portes et l’Art Officiel nous colle au derche !

Fuyons tous les Cercles ! Fuyons celui des Lecteurs Disparus !

Fuyons même celui des Lecteurs de Spirou ! Fuyons tout !

Fuyons surtout celui des Poètes Retrouvés ou Assoupis pour l’Éternité,

dans les platitudes de la convivialité ! Fuyez ces mammouths !

Fuyez leurs moumoutes ! En avant toutes !

Quittez le Radada des Nouveaux Radadaïstes !

Quittez le Dernier Carré des Irréguliers déjà Régularisés !

Lâchez l’Entrée des Artistes Post-Mortem ! Adieu ! Amen ! Lâchez tout !

Oui ! Cavalez, jeunes gens ! Encourez-vous sans vous retourner ! Soyez ironiques et Iro-quois ! Y compris à votre propre endroit ! Soyez modernes et maladroits ! Fragiles et touchants ! Envahissants ! Chiants ! Chiatiques vraiment ! Soyez de votre temps !

Ayez toutes les audaces ! Ayez tous les Horaces !

Ayez tous les Désespoirs et toutes les Vieillesses Ennemies,

à vos basques !

Pratiquez toujours la Langue d’escampette ! Soyez sado-machaussettes ! Soyez ailés ! Soyez volants ! Soyez fétides et rampants ! Cultivez votre jardin d’amour interdit !

Quittez vos mères infernales, propriétaires de votre corps et de l’hygiène de vos grammaires ! Filez ! Embarquez-vous pour ne plus vous taire !

Faites la fête aux mots pour devenir illimités ! Osez parler de tout ! Osez parler de rien !

Oui ! Décampez sans délai ! Mettez les bouts ! Changez de cap !

Empruntez d’autres routes !

Faites de la poilitique, c’est plus poilant ! Votez Rimbaud !

Votez sans voter !

Votez sans " choisissez " ! Scandez : aux Urines, Citoyens !

Soyez toujours plus individu Alice au Pays des Merveilles de la Langue !

Soyez fous / plus à lire qu’à lier !

Osez vous déclarer enfant de Sa Sainteté le Pape, Magritte !

Osez vous déclarer enfant de Sa Sainteté la Pipe, Magratte !

Osez vous prétendre un descendant chair, ou un lardon blondasse,

du grand Sitting-Moules-Frites et de sa grande casserole miam-miam !

Osez, vous aussi, brandir votre tête de porc, comme tête de mort,

pour faire reculer la mort !

Et dites -lui : Mange ! Mange ! Mange, tu en mourras !

 

Et comme le dit Serge Pey :

La poésie c’est la serrure qui ouvre toutes les clefs.

Le mot de Laurence Vielle

Au tout début de mon chemin de poétesse passionnée d’oralité, il y a Jean-Pierre Verheggen. Je le rencontre au théâtre Poème grâce à Monique Dorsel, j’ai 23 ans.

La langue avec lui s’enroule sur elle-même et nous claque au visage.

Il m’encourage de sa verve, de sa logorrhée enivrante et rabelaisienne. Et il me fait rire. De mon approximative mémoire, un de ses (plus courts) poèmes :

" – Mon premier a une cigarette au bec, mon second n’a pas de cigarette au bec, mon troisième a une cigarette au bec, mon quatrième n’a pas de cigarette au bec, etc. Mon tout c’est le bruit que fait un cheval fou qui court dans le désert.

-T’as ta clope t’as pas ta clope t’as ta clope t’as pas ta clope… "

Sur le même sujet

Laurence Vielle lit un poème inédit de Lisette Lombé : "Et s’il n’en restait qu’un"

Laurence Vielle

Laurence Vielle lit un extrait de Stabat Mater Furiosa de Jean-Pierre Siméon

Laurence Vielle

Articles recommandés pour vous