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Laurence Vielle

Laurence Vielle lit "Ode à la progéniture qui ne verra jamais le jour" de David Van Reybrouck

Laurence Vielle lit "Ode à la progéniture qui ne verra jamais le jour" de David Van Reybrouck

Laurence Vielle nous offre les paroles de David Van Reybrouck, une ode issue du nouveau livre de l'auteur belge, encensée par la critique et récemment coup de cœur de la chronique littérature de Sophie Creuz. 

Critique de Sophie Creuz : "Odes" de David Van Reybrouck, recueil de courtes célébrations du quotidien et des artisans de la culture

Laurence Vielle lit la poésie

"Ode à la progéniture qui ne verra jamais le jour" de David Van Reybrouck

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Ode à la progéniture qui ne verra jamais le jour

Parfois je les vois jouer sur le tapis vide

Je sors les sapins de Noël dépouillés de leurs décorations

sur les photos de famille d’amis je les reconnais

assis le ventre à l’air à de longues tables couvertes de fruits

quatre bouches rouges béantes qui rient

mes adorables enfants que je n’ai pas

Pour eux j’allume la lumière dans les pièces de cette maison

pour eux je remplis le bain d’une mousse que crachent des grenouilles

ils font des puzzles de villes où j’ai été sans eux

ils pleurent d’un chagrin qui n’a heureusement jamais existé

je ne garde leurs dents de lait sous aucun oreiller

Leur vie est insouciante, j’y ai personnellement veillé

ils ignorent tout des rêves sombres

car ils sont restés des rêves sombres

c’est par amour pour eux que je ne les ai jamais eus

Allez donc vous asseoir ailleurs sans retirer vos manteaux,

ne dites rien à d’autres tables de la journée que vous avez passée

entendez mon rabâchage sortir d’une autre bouche

envoyez du lointain Tyrol des cartes postales avec une croix

 

Et quand plus tard des broussailles pousseront en dedans

quand mes branches craqueront et que la charpente sera hantée

ne venez pas raconter des histoires d’autrefois

ne montrez pas de photos de vos filles au bord de la mer

ne demandez pas comment était ta purée aujourd’hui

ne venez pas, veillez à ce que je ne vous reconnaisse plus

appelez-moi monsieur  vouvoyez-moi

et hochez poliment la tête quand je vous dis

je vous ai déshérités

 


Ce poème fait partie du livre ODES paru chez Actes sud en mars 2021 traduit par Isabelle Rosselin

Le mot de Laurence Vielle

David Van Reybrouck, il y a une vingtaine d’années, fondait le collectif de poètes bruxellois et m’avait demandé d’y participer. En s’échangeant nos adresses, nous nous sommes rendus compte que nous étions voisins.

J’ai alors eu la chance de croiser de temps en temps cet homme à la curiosité et à l’érudition humaniste.

Tant de domaines le passionnent.

Il écrit et milite actuellement assidûment pour le climat, combat essentiel; il en va de notre survie.

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