Laurence Vielle

Laurence Vielle lit "Nappe du soir" de Colette Nys-Mazure

01 mai 2020 à 07:00Temps de lecture2 min
Par Carine Bratzlavsky et Laurence Vielle

Chaque jour, la poétesse Laurence Vielle fait sonner, scander, rythmer de son souffle lumineux les mots des poètes et poétesses, et notamment de poètes belges. Découvrez un poème de la poétesse belge Colette Nys-Mazure, issu de "Feux dans la nuit", paru aux éditions La Renaissance du livre en 2003. Il figure également dans "Anthologie 1969-2002 augmentée d’un inédit, Demeure nomade", dans la collection Espace Nord, paru aux Editions Les Impressions nouvelles en 2012.


Extrait de  "Nappe du soir" Colette Nys-Mazure

Le repas du soir terminé, l'enfant aimait desservir la table. Dans le seul dessein de se réserver la nappe à secouer dehors. Il ne laissait à personne le soin de regrouper les miettes au centre de l'étoffe et l'emportait d'un pas faussement mesuré.

Il ouvrait la porte du jardin et la nuit lui sautait au visage. Il respirait profondément, comme avant de plonger en grande profondeur, puis il déployait la nappe du haut de la terrasse.

Au grand vent, le tissu flottait follement et l'entraînait dans son envol. Les soirs d'été, il goûtait l'ivresse des parfums exaltés tandis qu'au noir de l'hiver, il ressentait le frisson, la pince du gel, la suffocation brève sous le cristal coupant de l'air. La pluie le contraignait aux gestes furtifs mais, par tempête, il chantait à tue-tête dans les plis craquants du drapeau domestique. Oui, parfois la peur, mais toujours le plaisir.

S'il s'attardait exagérément, une voix éclatait dans son dos : "Rentre vite, tu refroidis tout… Ce temps qu'il te faut pour secouer une nappe !"

Sourds et aveugles… Depuis toujours ? se demandait l'enfant. Devient-on infirme en devenant grand ?

Née à Wavre en Belgique, professeure de lettres, Colette Nys-Mazure collabore à différents journaux et revues ; elle aime faire connaître la littérature de son pays au-delà des frontières. Poètesse (Feux dans la nuit, Espace Nord), nouvelliste (Tu n'es pas seul, Albin Michel), essayiste (Célébration du quotidien, Desclée de Brouwer ; Quand tu aimes, il faut partir, Invenit), elle écrit aussi pour le théâtre, la jeunesse, en correspondance avec des artistes. Ses livres, couronnés par de nombreux prix dont le prix Max Pol Fouchet et le prix Joachim du Bellay, sont traduits en plusieurs langues. Vivrelirécrire, ces trois verbes n’en forment qu’un. La vision poétique éclaire l’ensemble.

 

Ce que Laurence Vielle nous dit de Colette Nys-Mazure :

Colette Nys-Mazure, elle écrit, elle transmet, elle s’émerveille. Elle rit, elle regarde, elle se soucie, elle interpelle. Elle est poétesse et je l’aime.

 

La poésie est un frisson sur la peau de l’éternité.

Lawrence Ferlinghetti, "Poésie, art de l’insurrection", Éditions Maelström, 2012

Sur le même sujet

Laurence Vielle lit "Une main" de Arthur Haulot

Laurence Vielle

Laurence Vielle lit "Les nouveaux anciens" de Kate Tempest

Laurence Vielle

Articles recommandés pour vous