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Laurence Vielle

Laurence Vielle lit "L’autre visage" de Christian Bobin

28 mai 2021 à 13:42Temps de lecture1 min
Par Laurence Vielle

Laurence Vielle interprète le poème L’autre visage de Christian Bobin.

L’autre visage de Christian Bobin Poésie Gallimard, 2008

La vérité chez vous est dans les chiffres, dans les raisons et dans les preuves. La vérité chez vous est dans le monde, devant vous, comme le paysage devant le promeneur, comme l’horizon devant le marin.

Chez nous la vérité n'est rien de semblable. Elle ne brille pas dans les lointains. Elle chante dans le proche. Elle n’est pas au bout du chemin, elle est le chemin même. Elle n’est pas en face, mais au milieu de nous.

Nous sommes dans la vérité comme des enfants dans l’eau profonde. Ils plongent, disparaissent et reviennent, une herbe entre les mains, une devinette aux lèvres :

Qui nous connaît mieux qu’une mère ? La mort.

D’où vient le vent ? D’un livre ancien qu’on a oublié de refermer.

A quoi reconnaît-on la parole juste ? A son silence.

Qu’est-ce que la neige ? un peu de froid, beaucoup d’enfance.

Qui danse jusqu’à l’aube ? L’étoile.

Qui marche en effaçant ses pas ? La bonté.

Qu’est-ce qui distingue les anges de nous ? Leur très grand naturel.

Comment s’appelle le chien qui mord son maître ? La gloire.

Qui rit après la mort ? La pluie dans le feuillage.

Qui mange dans notre main ? L’espoir.

Qui ne vient chez nous qu’en notre absence ? L’amour.

Qui a la fièvre sans jamais être malade ? Le temps.

Qui entre sans qu’on l’invite, et sort sans qu’on la chasse ? La vie.

 

Ainsi allons-nous dans la vérité, comme un enfant va dans ses jeux : perdant, gagnant Gagnant, perdant. Et toujours prêt à dire, et toujours prêt à jouer.

 

Car si chez vous la vérité est un vieillard, chez nous c’est un enfant.

 

Le mot de Laurence Vielle

J’ai lu un jour "le Très-Bas" de Christian Bobin. Depuis, souvent je m’abreuve à ses mots, source limpide.

Né le 24 avril 1951 au Creusot, Christian Bobin est un colporteur de magies quotidiennes. Dès la publication de ses premières plaquettes poétiques, il est apparu comme une voix évidente. Pourtant, il venait sans escorte, sans blindage théorique, sans corset rhétorique, sans aucun formalisme cousu de fil barbelé. Le scandale voulait qu’il ait précisément quelque chose à dire et que sa parole ait un goût de source, un goût de rosée, un goût de matin du monde.

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