RTBFPasser au contenu

Littérature

"Lanny", un tour de force littéraire

“Lanny”, un tour de force littéraire

Avec son deuxième livre, l'écrivain Max Porter signe un récit poétique et polyphonique où la vie d'un petit village anglais se confond avec le folklore local.

Aucun lecteur ne le contredira : Max Porter est un écrivain singulier. Arrivé en fanfare en 2016 avec "La douleur porte un costume de plume", dans lequel il évoquait de manière audacieuse le deuil d'un homme et de ses deux enfants, l'auteur avait immédiatement saisi le monde du livre par son style inimitable, à la fois poétique, foisonnant et cru. Déversant sans filtre les flux de pensées de ses personnages, Porter allait au cœur de leur chagrin, quitte à faire fi des conventions littéraires (phrases interrompues, ponctuation absente et grammaire en berne sont la règle), mais aussi du réalisme. Le deuil de ses protagonistes prenait ainsi la forme d'un corbeau de taille humaine, et à la langue bien pendue.

Il renouvelle cette année l'expérience avec "Lanny", un récit polyphonique qui porte lui aussi une figure fantastique et monstrueuse : le Père Lathrée Morte. Décrit dans un langage soutenu et débordant, cette créature du folklore anglais, mythique et menaçante, vit en lisière d'un petit village, dont elle écoute les échos attentivement. Des bribes de leurs phrases parcourent les pages du livre, traçant des lignes courbes qui parfois se superposent.

Mais une voix parmi les villageois se distingue, celle de Lanny, petit garçon de cinq ans, tendre et rêveur, autour desquels gravitent quelques personnages. Sa mère, une ancienne actrice pleine d'affection pour lui, son père, distant, et Pete, un peintre autrefois célèbre qui trouve en Lanny un étonnant ami. Alors que l'imaginaire de l’enfant intrigue, séduit, et inquiète de plus en plus ses proches, leur quotidien, se confondant avec les mythes locaux, prend une direction inattendue.

Situé au croisement de plusieurs genres, "Lanny" se lit parfois comme une pièce de théâtre tragique aux multiples voix, à d'autres comme un texte ancien à déchiffrer. C'est un conte hybride qui stimule l'imagination par sa prose expressive et fantasque, mais agrippe le lecteur avec autant d'intensité qu'un thriller bien ficelé. Il est facile de s'égarer parmi ses mots épineux, ses phrases qui s'entrechoquent et ses dialogues sans locuteur. Mais le voyage, qui nous fait traverser le folklore de temps immémoriaux pour saisir l'âme d'un enfant, en vaut la peine.

pour feuilleter le roman

Lanny de Max Porter, traduit par Charles Recoursé, Seuil, 240 pages.

Sur le même sujet

07 nov. 2021 à 14:02
2 min
12 déc. 2019 à 09:20
1 min

Articles recommandés pour vous