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Coronavirus

L’Angleterre s’apprête à "vivre avec le virus" en supprimant les quarantaines, une fausse bonne idée ?

L’Angleterre s’apprête à "vivre avec le virus" en supprimant les quarantaines, une fausse bonne idée ?
20 févr. 2022 à 14:205 min
Par Anthony Roberfroid

"Vivre avec le virus", c’est ce qui pourrait bientôt arriver en Angleterre. Alors que le pays avait levé la majeure partie des restrictions sanitaires fin janvier, le gouvernement de Boris Johnson s’apprête à aller encore plus loin. En raison de l’évolution positive de l’épidémie dans le pays, Downing Street pourrait annoncer cette semaine la fin de toutes les restrictions, y compris la quarantaine pour les personnes positives. Une décision accélérée alors que celle-ci n’était pas attendue avant la fin du mois de mars.

Actuellement, les personnes positives ou symptomatiques doivent s’isoler pendant une période pouvant aller jusqu’à 10 jours.

"Le Covid ne disparaîtra pas soudainement, et nous devons apprendre à vivre avec ce virus et continuer à nous protéger sans restreindre nos libertés", a plaidé le Premier ministre dans un communiqué.

Néanmoins, pour le secrétaire d’État à la santé Wes Streeting : "Boris Johnson déclare la victoire avant que la guerre ne soit terminée, dans le but de détourner l’attention de la police qui frappe à sa porte". Pour les travaillistes dans l’opposition, la levée des restrictions est une opportunité pour Boris Johnson de faire remonter sa popularité alors que les frasques du Partygate et l’enquête ouverte à son encontre l’ont déstabilisé.

Les perspectives ont changé

Selon Boris Johnson, l’évolution de la crise, grâce notamment aux vaccins et au variant Omicron - plus contagieux mais moins virulent -, a changé les perspectives : "Au cours des deux dernières années, nous avons mis en place de solides protections contre ce virus grâce aux déploiements de vaccins, aux tests, aux nouveaux traitements et à la meilleure compréhension scientifique de ce que ce virus peut faire", a-t-il déclaré.

Environ 91% des Britanniques âgés de 12 ans et plus ont reçu une première dose du vaccin, 85% une deuxième et 66% un rappel ou une troisième dose.

De plus, d’après les estimations du bureau national de statistique anglais (Office for National Statistics – ONS), une personne sur vingt en Angleterre a été infectée au cours de la semaine du 7 juillet. De quoi offrir une immunité collective face au virus, ce qui pourrait expliquer la baisse de nouveaux cas Outre-Manche.

Autre point important à noter, la hausse des contaminations n’a pas entraîné une montée importante de la courbe de décès dans le pays. Les hospitalisations ont aussi été bien gérées et les hôpitaux n’ont pas été débordés.

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Le profil des différentes vagues de contaminations a donc évolué comme le précise Marius Gilbert, épidémiologiste à l’ULB : "La politique de l’Angleterre, et plus particulièrement de Boris Johnson, a toujours été de laisser la transmission se faire. C’est ce qu’ils avaient décidé au début de la pandémie avant de faire rapidement marche arrière face aux hospitalisations et décès. Mais aujourd’hui, la situation n’est plus la même que lors des premières vagues et il leur est à nouveau possible de réguler la stratégie face au covid".

La vaccination, l’immunité naturelle et le variant Omicron ont permis à l’Angleterre d’être moins impactés qu’auparavant dans cette dernière vague. Un ensemble d’argument qui pousse le gouvernement à relâcher les restrictions.

Néanmoins, la prudence doit être de mise pour Marius Gilbert : "Ils ont davantage de marge que certains autres pays mais ils pourraient revenir à une situation plus problématique en relâchant les mesures d’un coup".

Les personnes vulnérables davantage en danger

Pour l’expert, le relâchement de la mesure de quarantaine va principalement impacter les personnes les moins résistantes au virus : "Le Royaume-Uni prend plus de risque que les autres et il est difficile de dire si ça sera payant. Les personnes vulnérables seront plus exposées qu’avant. Et la responsabilité de la protection va peser beaucoup plus qu’auparavant sur ces personnes en termes de testing et de protection individuelle."

Le Royaume-Uni va-t-il dès lors relâcher aveuglément l’ensemble des mesures ? Possible. Mais il se peut également que des mesures ciblées soient mises en place pour protéger certaines franges fragiles de la population.

Interrogé par la BBC, Boris Johnson rappelle d’ailleurs que la prudence doit rester de mise : "Je ne veux pas que les gens se fassent de fausses idées, je ne dis pas qu’il faut baisser notre garde. Le Covid reste dangereux si vous êtes vulnérable et si vous n’êtes pas vacciné, mais nous avons besoin que les gens soient beaucoup plus confiants et qu’ils retournent au travail" précisait-il ce dimanche.

Pour Yves Coppieters, épidémiologiste et professeur de santé publique à l’ULB, ouvrir les vannes à toute la population est dangereux pour les plus vulnérables : "relâcher complètement toutes les mesures sans donner de message spécifique aux personnes à risque de faire des formes graves serait une erreur. Je pense qu’il faut avoir le courage de continuer à cibler les groupes à risques liés à l’âge ou aux comorbidités en leur donnant des conseils ou à adapter des mesures particulières à ces groupes cibles."

Néanmoins, il soutient le choix de l’Angleterre : "Grâce aux vaccins et à l’immunité acquise par la population, il y a une protection répandue contre les formes graves et par la même occasion, une protection de leur système de santé. Je pense qu’il y a assez de garanties pour oser changer de stratégie, mais il faut quand même en garder une et ne pas fermer les yeux. On doit maintenir ou réactiver certaines mesures si l’épidémie reprend. Mais à ce stade-ci, ils peuvent se permettre un relâchement plus franc".

Cette stratégie pourrait permettre une immunité de groupe selon Yves Coppieters : "Le fait qu’Omicron continue de circuler dans la population va entretenir l’immunité de groupe. On va rerecontrer en continu ce coronavirus, redévelopper une immunité qui va se maintenir dans le temps. Et si on développe une immunité de qualité, les symptômes seront de moins en moins forts. Cela ne sera peut-être pas le cas pour tous mais sa circulation 'à bas bruit' fera en sorte qu’une partie de la population le rencontrera comme toutes les autres infections respiratoires communes".

La prudence reste le maître mot

Néanmoins, la prudence reste la maître mot pour nos deux experts, car il est difficile de savoir si le relâchement complet des mesures est la bonne solution.

Selon Marius Gilbert, tout dépendra de l’évolution de la situation : "Il est compliqué de faire des pronostics sur cette stratégie-là parce qu’elle dépend de deux choses : le maintien dans le temps de la protection immunitaire conférée par la vaccination ou les vagues d’infections successives et les variants", détaille l’épidémiologiste.

"On sait que l’immunité a tendance à diminuer avec le temps et il faudra voir si cela se maintient. Ensuite, il n’est pas certains que de futurs variants vont suivre le schéma d’Omicron en étant moins vulnérables. Il y a notamment des résultats préoccupants avec le sous-variant BA.2 et si d’autres variants plus virulents apparaissent, la décision de tout relâcher pourrait se traduire par des hospitalisations et des décès en hausse. Il est possible que le gouvernement décide de revenir sur ses décisions dans le futur en fonction de l’évolution de l’épidémie", ajoute-t-il.

Néanmoins, selon Yves Coppieters, une bonne gestion de crise pourrait permettre de relâcher la plupart des mesures tout en protégeant les plus vulnérables : "On peut très bien imaginer, en fonction des observations et de la périodicité du coronavirus, instaurer des campagnes de prévention comme c’est le cas avec la grippe, en activant des campagnes de vaccinations dans les populations à risques au moment de la recrudescence du virus par exemple".

La gouvernement anglais réalise donc ici un pari risqué. L’opportunité d’en finir avec les restrictions est bien là mais l’évolution de l’épidémie pourrait bien forcer Boris Johnson à faire marche arrière après plusieurs semaines.

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