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Lancement mondial de "Publico", dernier opéra commandé par Gerard Mortier

Lancement mondial de "Publico", dernier opéra commandé par Gérard Mortier
22 févr. 2015 à 10:192 min
Par ved

"Publico" (Public) est bien un résumé du poète andalou, une œuvre écrite en 1930, imaginée lors d'un séjour à Cuba, après un voyage à New York, en pleine crise émotionnelle.

Cette pièce aurait été confiée à un intellectuel et ami portoricain, Rafael Martínez Nadal, à qui Lorca aurait demandé de la détruire s'il mourait car selon lui, elle ne pouvait être représentée à l'époque.

En août 1936, Garcia Lorca fut fusillé non loin de Grenade par des soldats franquistes, qui jetèrent sa dépouille dans une fosse. Son corps n'a jamais été retrouvé. Le manuscrit de "Publico", en revanche, fut conservé dans sa version originale, sans épuration.

"C'est sans doute pour cela que la pièce est si complexe", avoue l'écrivain et musicien espagnol Andrés Ibáñez, qui l'a transformée en livret pour cette inédite version sous forme d'opéra commandée par le directeur d'opéra Gerard Mortier, jamais consensuel, souvent innovateur.

L'ancien directeur de l'Opéra de Paris, décédé à l'âge de 70 ans, l'avait commandée dès 2010 et il a fallu presque cinq ans pour la réaliser.

Le drame surréaliste a été joué sur les planches dans les années 1980, une poignée de représentations seulement.

"C'est comme si nous nous aventurions dans les profondeurs psychiques de Lorca, où il n'y a ni limites, ni barrières. C'est de ce fait une œuvre très difficile. Lorca lui-même disait que c'était son +théâtre impossible+ et c'est notre premier défi: réaliser quelque chose d'impossible."

Le texte est par endroits très dur et Andrés Ibáñez ne l'a pas adouci. "L'obscénité, la cruauté et l'irrévérence sont des éléments essentiels du langage poétique de Lorca. Ils n'ont été ni exagérés, ni évités."

Sans construction linéaire, l'œuvre s'organise autour d'un personnage central qui n'est autre qu'un directeur de théâtre censé se défaire des conventions bourgeoises en prenant des risques artistiques et en admettant son homosexualité.

Sur scène se croisent un sombre empereur romain, une innocente Juliette de Shakespeare et trois chevaux blancs, symboles de désir, incarnés par deux chanteurs et un danseur de flamenco au torse nu et aux longues crinières argentées. Ils dansent juchés sur de hautes bottes, sur des accords de piano ou en rythme avec le chant profond de l'âme qui déchire, le "cante jondo", quintessence du flamenco.

Le compositeur espagnol Mauricio Sotelo a voulu "un résultat sonore complètement nouveau" mais en ayant recours aux habituels instruments de l'opéra européen (arias, duos, interludes) tout en y tissant la musique et le "cante" (champ a capella) de l'Andalousie natale, si chère au poète.

Le flamenco ici "n'est pas folklore, ce sont des sonorités archaïques, comme les racines sombres au cœur du mystère de l'œuvre", explique Sotelo.

La partition est interprétée par l'orchestre Klangforum de Vienne dirigé par l'Espagnol Pablo Heras-Casado. Ce à quoi s'ajoute de la musique électronique, assortie à des effets musicaux diffusés par quelque 35 enceintes disséminées dans la salle.

Une référence à ces amphores "distribuées dans les théâtres romains pour permettre aux spectateurs de ressentir les effets sonores de manière plus intense".

La sensation onirique est complétée par les décors de l'artiste allemand Alexander Polzin, les costumes incroyables du Polonais Wojciech Dziedzic, la chorégraphie de l'Américain Darrel Grand et la mise en scène du chicano Robert Castro.

Le tout avec un seul objectif: secouer le spectateur, à partir de mardi et en huit représentations jusqu'au 13 mars, en l'honneur de Gerard Mortier.

Selon Ibánez, "l'œuvre porte ce titre, 'Public', car c'est son miroir. Il doit voir en elle ses peurs, ses désirs, ses contradictions".

 


Belga

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